‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 443 sur 1164 · ÉVÊCHÉ DONNÉ SANS ÉLECTION RÉGULIÈRE · texte numérisé non relu

ÉVÊCHÉ DONNÉ SANS ÉLECTION RÉGULIÈRE

culiei parmi les clercs attachés au service du palais l. La liberté d'éUre un nouveau pasteur est une faveur que fait le roi au clergé et au peuple de l'église vacante et on ne peut procéder à une élection qu'après en avoir obtenu de lui permission. Déjà Wala se plaint près de Louis le Pieux que Y episcopatus ne soit plus donné selon l'autorité canonique et que la pratique de l'élection soit abandonnée 2. Les rois remettent les évêchés de leur royaume aux clercs qu'ils ont recommandés ou imposés aux électeurs et qui après un simulacre d'élection, ou même sans autre formalité qu'un ordre venu du palais 3, recevront des mains du métropolitain ou du plus ancien évêque de la province la consécration épiscopale. Dans l'entourage de Loui9 le Bègue, on tient qu'après avoir obtenu du roi liberté d'élire un pontife, les évêques, le clergé et le peuple doivent accorder leurs suffrages au personnage que le souverain veut pour évêque et qu'il ordonne d'élire 4. De ses évêchés le souverain fa it peut-être parfois trafic simoniaque 5 ; il en dispose dans tous les cas en faveur du candidat qui lui agrée.

i. Maints évêques ont fait d'abord carrière au palais et sont encore au service du roi quand ils reçoivent de lui un évêché. C'est le cas, sous Charlemagne d'Austrannus de Verdun, sous Louis le Pieux d'Ebbon de Reims, d'Aldric du Mans, de Claude de Turin (cf. fasc. I, Les étapes de la sécularis., p. 138, n. 2 et 3) , sous Charles le Chauve d'Hincmar de Reims. Encore en 908, l'archevêque de Narbonne, Arnuste, intronisant à Girone l'évêque Guignes, déclare qu'il a été « regio palatio enutritum » (H L, V, Pr., 35, col. 125).

j. Souvent au Xe siècle, les historiens qui rapportent la promotion d'un évêque. signalent simplement le don de l'évêché accordé par le roi, sans mentionner l'élection dont il n'était plus fait qu'un simulacre. Richer note que Séulf monte sur le siège de Reims « donatus ab Rotberto » (I, 41, p. 580). A la mort de Dadon, évêque de Verdun, « episcopatus ejus Hugoni ab Rodulfo rege conceditur » (Flodoard, A un., 923, p. 19). Le roi, en 932, «de episcopio Noviomensi cui esset dandum deliberabat » ; Walbert « ab rege donatus » fut consacré (Richer, I, 63, p. 585-586). En 945, à la mort de l'évêque de Liège, Richier, « idem episcopium rex Otho Hugoni... nolenti atque refugienti dédit, eumque ordinari fecit episcopum » (p. 99-100). En 962, Brunon demande au roi Lothaire l'évêché de Reims pour Odelric et s'informe près de celuici : « an rege largiente episcopatum suscipere audeat ». Odelric répond qu'il le recevra et défendra contre tous, « si rex largiatur » (Richer, Hist., III, 18, p. 612). C'est dans ces conditions qu'a lieu l'élection rapportée par Flodoard : « elegimus ad episcopatum Remensem Ode ricum » (Ann., 153). Suivant le témoignage du successeur d'Ode'ric, Adalbéron, l'évêché de Reims lui a été livré par la libéralité royale : «nobis episcopio gratia Dei ac benignitate regia contradito » (Charte d' Adalbéron, 972, Mansi, XIX, 33). En 977, un autre Adalbéron « donum episcopii Laudunensis aecclesiae in ipsa accepit aecclesia, Lotharii régis largitione » (Cont., 163). En 980, « dédit rex Brunoni episcopatum Lingonicae civitatis » (Chron. s. Benigni Divion., Migne, CLXII, 815).

3. Vita Walae, II, 4 : « detestatus est quod episcopatus secundum canonicam auctoritatem non rite darentur, neque electio servaretur » (SS, II, 550).

4. Hincmar, Ep. 19 : « Nam si quod a quibusdam dicitur, ut audivi, quando petitam apud vos electionem conceditis, illum debent episcopi et clerus ac plebs eligere, quem vos vultis et quem jubetis, — quae non est divinae legis electio sed humanae potestatis extorsio » (Migne, CXXVI, un).

5. Écrivant la vie d'un ancien évêque de Trêves, Loup de Ferrières estime que s

Page 1