‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 46 sur 1164 · LES PRINCES MÉNAGENT LEURS SERVITEURS · texte numérisé non relu

LES PRINCES MÉNAGENT LEURS SERVITEURS

ble-t-il, l'ancien occupant résista non sans succès à l'évêque désigné par les réformateurs 1. A Langres, le frère de Pépin, Rémi, fut écarté pour laisser place aux évêques légitimes 2, mais seulement sans doute au temps où lui-même fut ordonné à Rouen comme successeur régulier de Réginfride 3.

Visiblement, les princes francs, tout en souhaitant la réforme du clergé franc dans sa tête, l'épiscopat, comme dans ses membres, répugnent à sacrifier des serviteurs de leur famille, dont les bons offices leur sont encore indispensables. Nous ne connaissons qu'un seul évêque prévaricateur dont Boniface ait obtenu la déposition du pieux Carloman, celle de Géwilib de Mavence. Encore fut-elle prononcée non pas au début de la réforme, mais en 745 à la suite d'une campagne où l'évêque, ajoutant le meurtre à maints scandales, aurait tué de sa main le meurtrier de son père 4. Quant à Pépin, il ne se décida à chasser du siège de Rouen Réginfride, dont le cierge de cette

1. Il semble qu'à Rouen, Grimon ait réussi à se faire reconnaître, ainsi qu'Hartbert à Sens. L'un et l'autre figurent sur les listes épiscopales de ces deux églises (Duchesne, Fastes episc, n, 203 et 392-3). M. Tangl (Studien zur Ausgabe des B<>nifafiits Uïiefc, dans le Neues Archiv, XL, 1916, p. 782) estime qu'Hartbert a dû rencontrer à Sens un adversaire semblable à Milon : mais nous n'avons aucun renseignement sur son cas. On peut se demander si Grimon n'a pas été évincé par le personnage qui, suivant les Gesta abb. Fonlan. (12, SS, 11, 285), lui a succédé, qui figure après lui sur les listes épiscopales, est tenu par le pape Zacharie, le 1 mai 748, pour évêque de Rouen 'Ep. 82, p. 362), mais qui, dans le récit du chroniqueur, fait exactement la figure d'un évêque du type de Milon. Peut-être même Réginfride occupait-il déjà indûment l'évêché quand Grimon y fut promu. Suivant les Gesla, Réginfride, devenu abbé de Saint-Wandrille en 739, fut en même temps évêque de Rouen. En 742, après trois ans d'abbatiat, Pépin lui retira son abbaye, mais lui laissa son évêché qu'il garda 13 ans encore, jusqu'en 755. A ce compte, Réginfride aurait été, au temps de l'avènement de Pépin, l'un de ces clercs vivant séculièrement et qui détiennent un évêché sans avoir reçu le sacre. Pépin, d'accord avec Boniface, a désigné Grimon pour occuper le siège. M. Tangl (p. 781) estime qu'il a été établi archevêque à Rouen entre 739 et 743, attendu qu'il n'est pas question de lui à Soissons. Mais Zacharie écrit à Boniface de lui comme des deux autres archevêques: « quos per provincias constituisti, — per singulas metropolhn ordinasses » {Ep. 57, 58, p. 313 et 315). Boniface est donc l'auteur de sa promotion à Rouen. Si elle n'est pas signalée au synode de Soissons, c'est qu'elle n'a été sans doute obtenue de Pépin qu'au lendemain du concile, à l'instant où Hartbert part pour Rome avec la lettre perdue de Boniface, à laquelle répondait Zacharie et les capitulaires des princes (cf. La Hiérarchie épiscopale, n. 2 de la p. 43). Mais Grimon, désigné pour un siège qu'occupait un intrus, n'aurait pu s'y maintenir ; par la suite, Réginfride aurait pris de nouveau possession du siège et se serait fait reconnaître avant le 1 mai 848 pour évêque légitime. C'est alors seulement qu'il aurait recule sacre «de seculari quidem habitu commutatus» (Gesla, loc. cit.). Abe avait été moine à Lobbes (Folcuin, Gesta abb. Lob., y, SS, iv, 58), Grimon abbé de Corbie (Fredeg. contin., 22, SS merov., 11, 179) ; les moines faits évêques n'ont pu l'emporter sur les laïques détenteurs d'évêchés

Page 1