PARTAGE DE L'ÉVÊCHÉ
siège de Vérone par le roi Hugues, sans forme de procès, parce qu'il avait manqué à la fidélité 1.
Des conflits s'engagent entre le souverain et les grandes familles au sujet des évêchés usurpés par elles comme les autres regalia. Parfois même, on s'avise de partager l'évêché pour satisfaire à la fois le roi et un grand, ainsi que leurs créatures à tous deux. Au temps où la maison de Vermandois dispute aux Carolingiens la disposition de Y episçopium de Reims, un accord intervient à plusieurs reprises fractionnant l'évêché. Une première fois en 940, l'archevêque Artaud consent à se démettre de l'administration et du pouvoir qu'il exerçait sur Y episçopium, mais on lui en concède une part, à savoir Yabbatia de Saint-Basle et le monastère d'Avenay 2. Rentré en possession de Y episçopium, Artaud tombe, en 941, entre les mains d'Herbert de Vermandois et de Hugues le Grand qui le contraignent de renoncer aux biens de l'évêché 3. Mais cette fois encore, une part lui est faite et aux deux abbayes on ajoute Vendresse, l'une des villae de l'évêché 4. Louis IV, en 943, promet à Artaud de lui restituer son évêché, mais se prête à un nouvel accord avec la maison de Vermandois. Les deux abbayes seront rendues à Artaud ; ses frères et parents recouvreront les honneurs qu'ils avaient tenus de l'évêché. Enfin un autre évêché est promis en dédommagement à l'archevêque 5, qui d'ailleurs rentre avec le roi à Reims en 946 6. Il n'est pas rare au reste, quand l'évêché est retiré à un prélat, qu'on lui en abandonne du moins une portion, d'ordinaire une abbaye. En 929, Adalbéron a obtenu l'évêché de Metz, mais on a laissé à Bennon, son prédécesseur évincé pour lui faire place, une abbaye qui permette au prélat déchu de subsister 7. Lorsque le roi Hugues eut chassé Rathier du
1. : « a rege Hugone episcopatu pulsus quia Baivariis faverat » (Sigib. chron., 932, SS, VI, 347 ; cf. Liudprandi Antap., III, 52, SS, III, 314). Rathier parait reconnaître lui-même qu'il a manqué à la foi jurée : « abjurata Hugoni pro ûde » {Confess., 2, Migne, CXXXVI, 396). Maintes fois, il s'est plaint d'avoir été chassé par des laïques « absque audientia » {Ep. 5, col. 659 ; Praelog., IV, 5, 7, col. 251-3 ; V, 13, col. 298).
2. Flodoard, Ami., 940 : « episcopii se procuratione vel potestate abdicare, concessaque sibi abbatia sancti Basoli et Avennaco monasterio » (p. 77). Cf. Hist., IV, 28, SS, XIII, 581 ; Richer, II, 22, SS, III, 592.
3. Plainte d'Artaud : « episcopii tandem rébus abrenuntiare compellor» (Flodoard Hist., IV, 35, p. 587). A l'entendre, Artaud n'a pas résigné sa fonction, il a renoncé seulement aux biens de l'episcopium. Flodoard, en 940, donne d'ailleurs la même note.