‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 483 sur 1164 · RÉGALE ET DIVISIO DES ÉVÊCHÉS · texte numérisé non relu

RÉGALE ET DIVISIO DES ÉVÊCHÉS

qu'en pareil cas, l'ordination d'un évêque est différée et les biens de l'église divisés 1. Quand le temporel d'un évêché est placé dans le dominicatum royal, l'exploitation qu'en font les souverains consiste essentiellement, semble-t-il, à nantir leurs fidèles de bénéfices. C'est sans doute surtout à la faveur de la vacance des sièges que se continue au IXe siècle la divisio des évêchés, commencée sous Charles Martel et qui n'a guère cessé, pendant toute l'époque carolingienne, de désoler le clergé des Gaules.

L'attribution faite par le roi de bénéfices aux dépens du temporel épiscopal tombé en ses mains, n'a nullement, en effet, le caractère de mesures régulières que peut se permettre l'administrateur de l' évêché vacant. Les concessions en précaire consenties à ces bénéficiers ne sont pas des précaires ordinaires, tels qu'en délivrent les légitimes détenteurs de l'évêché. Après la mort de Tilpin, l'évêché de Reims étant retenu dans le dominicatum royal, la villa de Neuilly est donnée par Charlemagne à Anscher, moyennant nones et dîmes 2. Ce personnage tient par conséquent ce bien en vertu d'une précaire semblable à celles que les capitulaires d'Estinnes et d'Héristal prescrivent de rédiger et qui ont pour objet les biens sécularisés verbo régis. Charles le Chauve explique qu'au temps où il tenait l'évêché de Reims, il en a donné les biens à ses fidèles, en raison d'une grande nécessité et tout à fait malgré lui. Il s'agissait donc d'un abus de pouvoir commis par le roi à la faveur de l'exercice du droit de régale.

Dans les régions frontières, les rois rivaux se disputent ce droit, comme l'évêché lui-même. En 976, à la mort de l'évêque de Cambrai et Arras, Tebdon, le roi Lothaire occupe les biens de l'évêché d'Arras et le bruit court qu'il va se porter sur Cambrai 3. Le souverain du royaume occidental a mis la main sur le temporel qui appartient à ses États et qui est à sa portée et s'apprête à en occuper le reste, en pénétrant dans la cité où siègent les évêques. Mais les grands lorrains ne le lui permettent pas. Charles de Lorraine accourt à Cambrai, sous prétexte de protéger la ville. Il y entre en qualité de représentant du roi de Germanie, car il est chargé de contraindre les vassaux de l'évêché à prêter à l'empereur serment de fidélité 4.

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