ABBÉS SÉCULIERS SUBSTITUÉS A DES RÉGULIERS
taine où il a fait campagne pour le roi au prix de grandes fatigues et des plus graves dangers, est saisi du bruit que son monastère est donné à un certain Ibert. Aussitôt il écrit aux amis qu'il compte au palais : qui a servi le roi plus fidèlement que lui ? quelle iniquité de le comparer avec cet Ibert ! x Loup réussit à confondre ses adversaires 2. C'est peut-être encore aux intrigues des séculiers qui voudraient lui ravir son abbaye qu'il fait allusion quand, vers la même date, il se plaint que ceux qui voudraient envahir son monastère ne lui laissent pas de repos 3.
D'autres furent moins heureux. Au IXe siècle, les abbés réguliers de Saint-Gall ont été souvent déposés pour faire place à un séculier. Louis le Germanique qui, au début de sa campagne contre Lothaire, avait substitué le moine Engilbert à Bernwicus, attribua l'abbaye, sitôt que la guerre fut finie, au séculier Grimaldus 4. Un peu plus tard, Charles le Gros dépose l'abbé Bernard qui régissait le monastère par le don du roi et l'élection des moines, pour attribuer l'abbaye à son chapelain Salomon 5. La disgrâce d'un abbé régulier entraîne le plus souvent sans doute l'attribution de l'abbaye à un séculier. Aussi l'abbé régulier, qui soucieux de se garantit contre une éviction, prend soin de se faire confirmer son abbaye sa vie durant, fait renouveler en même temps en faveur de sa communauté le privilège d'élire après sa mort son successeur 6.
Ii Lettre à Louis, abbé de Saint-Denis : « Cum a tantis calamitatibus quas pro régis fidelitate passus fueram, vellem aliquantulum requiescere, fama dispersit datum nostrummonasteriumEgilberto...,praesertimcura et meam fidem in regem et servitium cognoscatis et fieri magnam indignitatem facile comprehendatis me cum praedicto Egilberto conferri, nedum mihi eum praeferri » (Ep. 92, p. 82). M. Desdevises dans son édition des lettres de Loup, 101, n. 2, observe que l'abbé de Ferrières, ayant été fait prisonnier à Angoulême, a peut-être passé pour mort et que des prétendants ont pu briguer son abbaye. Mais même s'il en est ainsi, Loup ne croit pas que la nouvelle qu'il est vivant et de retour à Ferrières, suffise à écarter les candidatures prématurées. Puisqu'il déclare inique de mettre ses mérites en balance avec ceux d' Ibert, c'est que cette comparaison a été faite et quVn continue d'intriguer contre lui.
2. h'ep. 65, p. 65, écrite aux moines de Ferrières leur fait part que leur abbé l'a emporté sur ses adversaires, sans doute sur ses compétiteurs à la jouissance de l'abbaye de Ferrières.
3. Loup aurait la paix, « nisi quod saeculares quidam, qui vellent nostruminvadere monasterium, nobis moliuntur insidias » {Ep. 91, p. 81).