‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 499 sur 1164 · ABBAYE CONVOITÉE PAR DES SÉCULIERS · texte numérisé non relu

ABBAYE CONVOITÉE PAR DES SÉCULIERS

le ducatus du Mans. Aldric a recueilli alorsl'abbaye.En 840,Sigismond ne manqua pas d'adhérer à la faction qui dans le Maine se déclarait contre Chai les. Le jeune roi a cherché à rallier à sa cause ces opposants ; au printemps de 841, il traita avec eux, leur céda les honores qu'ils réclamaient ; Sigismond recouvra ainsi son abbaye. Toutefois l'abbé de Saint-Calais se garda bien d'assister Charles. Quand après sa victoire le roi vint dan? le Maine, Sigismond ne se serait pas présenté devant lui. Aussi, par un diplôme délivré à Bannes le Ier août, l'abbaye aurait été rendue à Aldric 1. Lothaire I, au cours de cette crise, ne s'est sans doute pas fait scrupule, plus que ses frères, d'établir ses fidèles aux dépens d'abbés réguliers peu favorables à sa cause 2.

Au reste, en tous temps, les moines qui gouvernent une communauté ont à compter avec les séculiers avides qui, suivant l'expression de Benoît d'Aniane 3, se ruent à l'assaut des monastères. L'abbé régulier est particulièrement en défiance vis-à-vis de la milice envahissante des clercs du palais4. Eudes de Ferrières se sentait personnellement enveloppé par leurs intrigues et priait le chancelier Louis de détourner de lui cette menace 5. Le moine qui, de son mieux, remplit, envers son souverain les obligations de la charge abbatiale, se sent toujours sous le coup d'une disgrâce. Elle éclatera si, mettant en balance ses services avec ceux qu'il peut attendre d'un autre fidèle, le roi juge plus avantageux de faire passer l'abbaye en d'autres mains. Loup de Ferrières revenant d'Aqui-

1. Memoriale (Gesta Aldrici, 158-160). C • récit renferme certainement des données exactes. Nithard parle aussi des négociations de Charles avec le parti hostile qui s'agite dans le Maine (II, 5, SS, II, 658). Le clerc manceau sait que l'abbaye fut restituée à Aldric le ier août, au cours d'un séjour du roi dans le Maine, à Bannes. Ces précisions sont confirmées par l'itinéraire de Charles le Chauve en 841 (cf. F. Lot, L. Halphen, Le règne de Charles le Chauve, 40). Toutefois, à Verberie, on affirma qu'Aldric n'avait tenu l'abbaye que deux ans et demi (Cart. Saint-Calais, 21, p. 38), délai qui représente au plus la durée du premier abbatiat dont parlent les Gesta (30 avril 838-prin temps 841) ; on n'admettait donc pas que l'abbaye ( ût été rendu* le Ier août à Aldric. Au reste, cet évêque,mort en 857, n'en jouissait certainement plus dans les dernières années de son épiscopat, puisque dès le 24 mai 850, apparaît dans les diplômes l'abbé Rainaldus (Cart. Saint-Calais,!^,, p. 24). Peut-être l'abbaye fut-elle enlevée à Sigismond le ier août, mais donnée par le roi à un autre qu'Aldric. Si Aldric l'obtint, il en fut privé par la suite pour une raison qui nous échappe.

2. M. Parisot suppose (Le roy. de Lorraine, 84) que Lothaire I a autorisé l'usurpation par le clerc Hubert du monastère de Lobbes sur l'abbé régulier Hartbert, qui peut-être avait embrassé le parti de Charles. Toutefois cette hypothèse est en contradiction avec les Annales de Lobbes (864, 5S,IV, 14). qui placent en 864 l'envahissement de Lobbes par Hubert (cf. R. Poupardin, Le roy. de Provence, 48, n. 2 ; J. Warichez, L'abbaye de Lobbes, 37).

3. Vita Bened., 39, SS, XV, 217 ; cf. fasc. 1, Les étapes de la sécular., 140.

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