CHAPITRE VII Le monastère bénéfice royal, l'abbatia d'un séculier
i. — Le monastère, l'abbaye bénéfice
Au lieu d'attribuer l'abbatia à l'élu de la communauté, le roi cède très souvent la jouissance du monastère à un favori, religieux, clerc ou laïque, qui même s'il fait régir la communauté par un abbé, que lui-même prenne ou non ce titre, exerce exclusivement les droits qui appartiennent au chef légitime du monastère et en possède par conséquent l'abbatia, retenue en ses seules mains ou partagée avec un autre 1.
Quiconque est ainsi pourvu d'une abbaye, la tient par le don du roi 2, l'a reçue de sa munificence 3, de sa largesse 4,
i. Cf. plu? haut, p. 7?-5.
2. : « Ratbaldus... qui abbatiam sancti Sulpicii dono venerabilis Karoli régis piissimi jure palatino in regimine habere videtur » (Notice extraite du cartul. de Saint-Sulpice de Bourges, B. N., Coll. Moreau, I, f° 26) : « Fridegisus (abbé séculier) abbatiam Sithiensis coenobii regia donatione susceperat gubernandam » (Folquin, Chartul. Sithiense, I, 56, éd. Guérard, Cari. S. Bertin, 74). Au temps d'Hincmar, le monastère jadis épiscopal d'Hautvilliers « per regium donum... ab externis tenebatur » (Flodoard, Hist., III, 27, SS, XIII, 549). En mai 898, Guillaume, comte d'Auvergne, déclare qu'il remplit à Saint-Julien de Brioude l'office d'abbé «regio dono » (Liber de honoribus, éd. Doniol, 309, p. 368). Soucieux de réformer Fleurysur-Loire, le comte Elisiernus « praedictam abbatiam a Rodulfo rege Francorum petiitetaccepit»(FitaCWo»îs, III, 8, Migne, CXXXIII, 81). Louis IV, le 10 nov. 949, confie à Humbert Saint-Martin d'Autun, « quia isdem locus manu regia erat dandus » (Lauer, Kec. actes Louis IV, 33, p. 79). L'attribution d'une abbaye est rapportée quelquefois à la reine. Richilde a donné à une simple novice le monastère d'Origny et c'est en vain que plainte est portée aux oreilles de Charles le Chauve (Flodoard, loc. cit.). Vraisemblablement, bien des intrigues se nouent au palais pour influencer le roi dans la distribution des abbayes. On a vu Loup de Ferrières agir auprès des palatins pour qu'ils le défendent contre ceux qui tentent de lui ravir son abbaye (p.u^ h tut, r. 127 8). Les candidats à l'abbatia font sans doute de même.
3. Aldric du Mans a tenu Saint-Calais « per munificentiam principalem ». Ingelgarius, abbé régulier, déclarait semblablement qu'il avait reçu le monastère « per munificentiam régis » (cf. plus haut p. 12", n. 5 e p. 131, n. 5).
4. Admonitio, 823-5, 10 : « Abbatibus quoque et laicis specialiter jubemus ut in monasteriis quae ex nostra largitate habent » (Cap., I, 305). Louis le Pieux adresse cet ordre à tous les abbés et en particulier aux abbés laïques. Les urs coTime les autres tiennent leur monastère de la largesse royale. Le fidèle de Louis le Pieux, Léon, tient, au dire de l'empereur, «largitionis nostrae (munere) » lacellula de Barisis
18 janvier 831, H F, VI, 569). Aux termes d'un diplôme de Charles le Chauve du