ABBAYES BÉNÉFICES DE CLERCS PALATINS
ni à la discipline canonique du clergé assujetti aux évêques \ Le bruit s'est répandu à Ferrières, écrit l'abbé Eudes au chancelier Louis, que les clercs palatins convoitent et briguent maints monastères, afin de satisfaire leur avarice aux dépens des serviteurs de Dieu 2. Souvent, en effet, on voit les Carolingiens concéder des abbayes à leurs chapelains 3, à un diacre du palais 4.
Dans l'entourage .des rois on trouve aussi des religieux, même ayant fait profession de stricte observance, qui, comme les chapelains séculiers, obtiennent du palais des abbayes. Sous Charlemagne, Alcuin qui,àla vérité, n'est probablement pas un régulier en a été comblé 5. Hincmar qui, à l'exemple des autres religieux de Saint-Denis, accepte en 832 la règle de saint Benoît 6, est dans les dernières années du règne de Louis le Pieux et sous son successeur l'un des familiers du palais. Charles le Chauve lui a attribué Notre-Dame de Compiègne et Saint-Germer de Flaix 7. Ce dernier monastère lui a été cédé par le roi en usufruit pour récompenser ses services ; c'est un bénéfice qu' Hincmar entend bien garder, alors qu'il est devenu archevêque par la grâce du monarque 8. Loup de Ferrières se fait honneur près des moines de Saint-Amand de n'avoir pas prétendu cupidement au gouvernement de leur monastère et de ne pas l'avoir refusé insolemment. Ses fréquentations au palais, qui lui ont valu Ferrières, lui auraient
1. C'était le thème ordinaire des plaintes de Wala : « Praesertim et militiam clericorum in palatio quos capellanos vulgo vocant... denotabat plurimum, qui non ob aliud serviunt nisi ob honores ecclesiarum et quaestus saeculi... ; quorum itaque vita neque sub régula est monachorum neque sub episcopo militât canonice » {Vita Walae,U, 5, SS, 11,550).
2. Lupi ep. 25 : « fama versatur inter nos, clericos palatii diversorum coenobiorum sibi dominium optare atque poscere, quibus nulla sit alia causa nisi ut suae avaritiae oppressione servorum Dei satisfaciunt » (Ep., VI, 32).
3. Sous Charlemagne, Saint-Wandrille est donné à Gervoldus, chapelain de la reine Bertrade ; Witholdus, chapelain du roi, obtient Saint-Serge (Gestaabb. Fontan., 16, SS, II, 291). Louis le Pieux avait donné Kempten « Ratulfo presbytero atque capellano nostro » (Dipl. du 18 avril 839, Migne, CIV, 1304). Arnoul a cédé Saint- Gall à son fidèle chapelain, Salomon (2 juill. 892, Wartmann, 685, II, 287).
4. Charles le Chauve, en 864, confie Saint-Martin de Tours « Ingelwino diacono palatii sui » (Ann. Bertiu., 74). Le n août 875, Louis le Germanique accorde le monastère de Faurndau, en reconnaissance de son service (memores servitii) au diacre Liutbrand (Wartmann, 590, II, 202), qui appartient probablement à son palais.