ABBAYES DE L'HONOR COMTAL
comtal comprend parfois des abbayes qui, étant propriété du fisc, sont attribuées au comté ; d'autre part le comte jouit souvent, à titre d'honor distinct du comitatus, mais qui l'accompagne d'ordinaire, d'une ou de plusieurs abbayes.
Des abbayes ont été incorporées à Yhonor comtal. Le monastère de Saint-Maixent avec tous ses biens avait été par le bienfait des rois prédécesseurs de Louis le Pieux placé pendant quelque temps au pouvoir des comtes. L'empereur a mis fin à cette domination qui s'est exercée au détriment du monastère ; il le ramène à la condition ancienne. A l'avenir, Saint- 'Maixent ne sera soumis au pouvoir de personne, sauf au sien et à celui de ses fils 1. Saint- Julien de Brioude faisait aussi partie dans le même temps du bénéfice comtal. Le comte Bérenger restaure l'église, y établit un chapitre, dote les chanoines et l'abbé des biens de son beneficium, à savoir des propriétés de Saint- Julien 2. Donzère appartenait au comté d'Orange au temps où Lothaire I en sépara cette abbaye pour la céder à l'église de Viviers 3. En 865, Saint-Lubin appartenait au comté de Blois que détenait Robert le Fort 4. En 902, l'abbaye de Saint-Martin d'Ambierle dépendait du comitatus de Lyon 5. A titre de propriété royale, ces abbayes constituaient une part de la tranche des biens du fisc que le roi affectait à l'entretien du comte.
Souvent aussi, outre les comitatus qui leur sont attribués, les grands laïques obtiennent, à titre de bénéfice personnel, une ou plusieurs abbayes. Elles ne sont pas sises nécessairement au comté dont dispose le comte abbé. Toutefois le plus souvent, le roi met dans les mêmes mains le comté et une
1. 10 oct. 827 : « per beneficium regum antecessorum nostrorum in potestate comitum aliquamdin constitutum — sub nullius potestate aut ditione nisi sub nostra filiorumque » (H F, VI, 553).
2 . 4 j uin 825 . Le comte Bérenger, après avoir reçu de Louis le comitatus, reconstruisit l'église, y établit des chanoines, « quibus dédit res ex beneficio suo, scilicet de rébus praedictae ecclesiae sancti Juliani mansos centum » (p. 547). La leçon rex au lieu de res, que donne le Cart. de Brioude (éd. Doniol, 339, p. 403) est inadmissible. Comment Louis le Pieux pourrait-il dire plus loin que le comte a concédé des biens à l'abbé et aux chanoines ? Le comte du Mans, Rorgon, restaure semblablement Glanfeuil ; mais ce lieu désolé lui a été donné, avec un petit nombre de villae, en toute propriété, semble-t-il, par Louis le Pieux. Rorgon accomplit la restauration avec l'aide de sa femme, qui paraît être propriétaire avec lui ; par leur don (eorum dono), un certain Bertingus et sa femme possédaient le monastère bencficiario jure (Mirac. s. Mauri, 2, 3, SS, XV, 465, 467).