ABBAYES RETENUES AUX MAINS DES ROIS
que les rois invoquent pour excuser leurs entreprises sur les biens des églises, leur inspira aussi l'idée d'économiser à leur profit personnel la source abondante de revenus que représente une abbaye vacante retenue entre leurs mains. Charles le Chauve s'avisa peut-être le premier d'accroître ses maigres moyens de subsistance en ramenant dans son indominicatum des abbayes comme des comtés 1. Le même roi qui eut la pensée de constituer, au moyen d'abbayes, un établissement aux fils dont il ne voulait pas faire des rois, songea sans doute à les garder pour lui-même. A partir de 859, il ne craint plus de confier à des laïques maints monastères épargnés jusque-là 2. C'est aussi vers le milieu du IXe siècle, qu'il commence à les retenir à ses usages personnels.
Après la mort du comte Vivien, abbé laïque de Saint-Martin de Tours, tué le 22 août 851 3, le roi retint en ses mains cette riche abbaye. Le 6 novembre, siégeant au monastère même, il confirme à l'un des chanoines la concession qu'il lui a faite en bénéfice de la cella de Sainte-Colombe, que ce prêtre tiendra sous le dominium et la potestas du recteur, sa vie durant, aussi longtemps qu'il restera fidèle à Charles. Ce bénéficier paiera un cens de 2 livres d'argent au compte du trésor royal ou au profit de l'abbé qu'il aura plu au monarque d'établir au monastère 4. Il est clair que le roi tient en cet instant la place de l'abbé ; c'est lui qui confère en bénéfice les biens monastiques et c'est sa caméra qui perçoit provisoirement les cens dus au futur abbé. Le roi ne s'est pas pressé de l'établir ; il a gardé l'abbaye en ses mains pendant au moins trois ans 5.
1. A la mort de Renoul Ier, comte de Poitiers, en 866, Charles le Chauve paraît s'être réservé le comté ou l'avoir employé à entretenir son fils Louis, qu'il fait roi d'Aquitaine en 867 (cf . Richard, Hist. des comtes du Poitou, I, 28 et 31 ).
2. Ami. Berlin., 85g : « Karlus quaedam monasteria, quae antea clerici habere solebant, laicis distribuit » (p. 51).