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ABBAYES RETENUES AUX MAINS DES ROIS

Telle fut sans doute aussi, pendant trois ans, la condition de Saint-Germain d'Auxerre, lorsque le roi eut évincé de l'abbaye Hugues l'abbé, disgracié en 861 x. C'est seulement en 824 que les religieux reçurent un abbé en la personne d'un fils du roi, Lothaire 2. La prolongation de la vacance laissa l'abbaye dans Y indominicatum royal. Maintes fois, au cours de ces trois années, les religieux s'adressent au roi et en obtiennent des faveurs ; la communauté ne dépendait en effet que du monarque qui administrait directement l'abbaye 3. Encore le dominicatum du roi n'a-t-il pris fin en quelque sorte qu'avec l'abbatiat de son fils : sous cette forme, l'abbaye restait encore consacrée aux dépenses de la maison royale. Il semble aussi que, vers le même temps, la vacance de Saint-Germain-des- Prés *, se soit prolongée au profit de Charles le Chauve.

Une pratique si avantageuse à des rois besogneux a peutêtre été aussi inaugurée en même temps dans plusieurs royaumes. Il semble en effet que Lothaire II en ait usé vis-à-vis de Stavelot comme, à la même époque, Charles le Chauve vis-à-vis de Saint-Germain d'Auxerre. Le sénéchal Alard, qui gouvernait encore Stavelot le 28 novembre 857 5, a quitté le service de Lothaire en 861 6 et paraît bien n'être pas remplacé encore, lorsqu'au 13 avril 862, le roi règle la mense des religieux. Aucune mention n'est faite d'un abbé dans ce diplôme 7.

1. Encore abbé de Saint-Germain, le n septembre 859 (Quantin, Cart. de l'Yonne, 38, p. 72), il ne l'est plus le 14 septembre 861, car son nom ne figure pas dans le diplôme accordé à cette date aux moines par Charles le Chauve (39, p. 73-4). Les religieux se font confirmer la possession d'une vigne qu'ils ont tenue jusque-là de la largesse de leur abbé ; ils ont j ugé prudent sans doute de faire ratifier par une nouvelle administration la libéralité faite par celui qui vient de perdre l'abbaye.

2. Le nom de Lothaire apparaît dans les diplômes des 20 et 25 juin 864 (45 et 46, p. 87 et 91).

3. Une série de diplômes royaux délivrés aux moines (14 sept. 861, noct.862, 18 janv.et2 déc. 863, Quantin, Cart. de V Yonne, 39-42, 1,74-8) leur accorde des dons, leur confirme des biens, approuve les échanges qu'ils ont passés, sans faire aucune mention d'un abbé. Le roi s'occupe sans intermédiaire des intérêts de la communauté.

4. Les annales de Saint-Germain-des-Prés ne placent aucun abbé entre Hilduin II (859, SS, III, 167) et Josselin (872, loc. cit.). Le 5 septembre 867, Charles le Chauve concède aux moines une villa de refuge, sans faire aucune mention d'un abbé (H F, VIII, 603). Hilduin, sans doute décédé, n'était pas encore remplacé à cette date et ne le sera probablement qu'en 872 par Josselin (Ami. cités et Dipl. d'avril 872, Tardif, Mon. h ist., 208, p. 133). Cf. F. Lot, art. cit., 258, n. 1. Le roi a gardé sans doute les deux abbayes en se« mains au cours de ces vacances.

5. A cette date, Alard, cornes et abba, souscrivait encore un précaire (Halkin et Roland, Recueil des chartes de Stavelot, 33, I, 80).

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