PREMIÈRES RESTITUTIONS OBTENUES
mettant pour l'avenir restitution intégrale 1. Peu de temps sans doute après la promotion de Tilpin en 748 au siège épiscopal de Reims, Pépin, au rapport d'Hincmar, rendit à cette église comme aux autres évêchés, une part des biens dont elle avait été dépouillée 2. A une époque où le prince des Francs a ceint la couronne, des communautés qui dépendent de l'évêché de Mâcon obtinrent la « consolation » promise à Soissons à l'institut monastique. Aux termes d'une notice contemporaine, les missi du roi Pépin ont ordonné de mettre aux mains de religieux du diocèse de Mâcon les ressources qui leur permettront de se procurer le vivre et le vêtement et d'alimenter le luminaire de leurs églises. Ils tiendront ces biens, nonobstant toute opposition de qui que ce soit, réserve faite seulement de la soumission due au roi et à l'évêque 3. Les religieux de Saint-Denis ont été « consolés >> au temps où Pépin n'était encore que maire du palais. L'abbé Fulrad, qui gouvernait déjà ce monastère à la date du 17 Août 749 4, avait envoyé maintes fois au palais soit des religieux, soit les agents des villae du saint pour réclamer les biens que des méchants avaient enlevés par cupidité, malveillance et en profitant de la tiédeur des abbés ou de la négligence des juges. Très probablement, on l'a vu, ces expressions déguisent l'intervention de Charles Martel dans les spoliations dont les moines furent victimes. Elles se sont produites sous son principat et dans la plupart des cas sans doute par son ordre ou avec sa complicité. Pépin a fait examiner les chartes et préceptes royaux qui lui furent présentés et a décidé que là où ils font foi, les moines rentreront en possession. Deux missi du prince se sont rendus à la prière des moines dans les différents pagi pour enquêter sur place, avec ordre de restituer partout où ils reconnaîtront que la cause des religieux est juste et appuyée sur des titres valables. Il en fut fait ainsi et
1. Ann. Berlin. : « Pippinus, monente sancto Bonifacio, quibusdam episcopatibus vel medietates vel tertias rerum (rcddidit). promit tens in postmodum omnia restituera » (éd. in usum schol., i).
2. Vita Remigii, Préf. : « Pippinus, sicut et aliarum aecclesiarum episcopiis, huic Remensi episcopio partem de rébus aecclesiasticis reddidit et Tilpinum in hac urbe Remorum episcopum ordinari consensit » (SS. merov., ni, 252).
3. : « ... suprascripti missi in eleemosina domini régis dare jusserunt unde ipsi victuni et vestitum habere, vel luminaria ecclesie preparare valeant et hoc -absque ullius hominis contradictione teneant prêter tantum subjussionem domni régis et episcopi » (Ragut, Cari. Saint- Vincent-, 67, p. 55). Une lacune dans le texte mutilé de cette notice ne permet pas de déterminera qui grammaticalement se rapporte ipsi ; mais le sens du membre de phrase conservé marque clairement qu'il s'agit de communautés de clercs ou de moines du diocèse de Mâcon.
4. DD maj. domus, 21, p. 106. Le n février 747, Amalbert était encore abbé de Saint-Denis (18, p. 104).
RESTITUTION SEULEMENT PARTiELLE 51
un diplôme du maire du palais délivré en 750 ou 751, confirme à Saint-Denis l'ensemble des biens ainsi récupérés, soit 47 localités expressément énumérées dans l'acte et divers autres domaines qu'il a paru superflu de mentionner *.
A prendre à la lettre la teneur de cette pièce, le monastère aurait recouvré tous les biens dont il avait été précédemment frustré. Des actes de date postérieure conservés aux archives de Saint-Denis démontrent pourtant que tout n'a pas été rendu à cette date et que d'autres biens enlevés aussi par les méchants sont restés encore aux mains des fidèles de Pépin. En 754, les religieux après avoir semblablement produit au plaid leurs titres de propriété, en particulier des précaires accordés à la requête de Childebert III et de Grimoald, obtiennent restitution de la villa de Taverny ravie par des hommes malintentionnés et que tient en bénéfice de Pépin son vassal Teudbert. Ainsi encore fut rendue en 766 après examen des titres la villa d'Essonnes soustraite aux moines par les méchants, telle que l'avait possédée précédemment le comte Rauchon par le bienfait de Pépin. Enfin le 26 Juin 775, Charlemagne confirmant aux moines la propriété, des biens rendus en 750 ou 751, joint à la liste des domaines restitués plusieurs localités, en particulier Taverny rendu en 754, le domaine de Cuisinas qu'a tenu un vassal de son père et celui de Madriu que le frison Gabbi a eu en bénéfice. Tous les biens ainsi rendus successivement avaient été, semble-t-il, soustraits aux moines à l'époque de Charles Martel 2. Il s'en faut donc qu'en 750 Pépin leur ait accordé restitution intégrale. Il s'est contenté alors de leur remettre une part que sa bienveillance a faite d'ailleurs assez large et à laquelle luimême et son successeur ont ajouté par la suite des compléments, qui néanmoins ne représentent sans doute pas toute l'étendue des pertes subies par les moines'.
En 755, les évêques assemblés au palais de Ver rappellent que le roi a fait remettre aux communautés des monastères réguliers ce qui leur est nécessaire pour subsister. Dans un synode précédent dont la date ne nous est pas connue, l'épis-