CONFIRMATION ABUSIVE DES PRÉCAIRES
contre l'arbitraire des abbés de l'avenir et la cupidité de leurs vassaux.
Ainsi le précepte royal assurait parfois la durée, voire la perpétuité d'une concession en précaire au mieux des intérêts de l'église. Il y avait abus, au contraire, quand en sollicitant un précepte de confirmation, le prélat ne servait que ses vues personnelles et prétendait obliger un successeur à maintenir une concession due à la faveur et au caprice. Peut-être Einhart a-t-il donné l'exemple de ces complaisances injustifiées visà-vis d'un fidèle. A un certain Bébon, dont il appréciait les bons offices, cet abbé laïque avait accordé en bénéfice des biens de son monastère de Saint-Cloud ; il recommanda ce serviteur à Lothaire et pria l'empereur de confirmer à Bébon, sa vie durant, son bénéfice1. En dépit de cette précaution, Einhart craignait encore que la cupidité de certaines gens ne parvînt à dépouiller cet excellent serviteur et il priait l'abbé Gozbert de le protéger contre ces méchants. Vraisemblablement, Einhart s'est démis du gouvernement de Saint-Cloud, mais avant de se dessaisir de l'abbaye, il s'est avisé de recommander à l'empereur son familier, et de faire confirmer par le prince la concession en précaire, attendu qu'il ne sera plus désormais en état de gaiantir à son serviteur un bénéfice fort convoité et sur lequel d'autres-ont jeté déjà leur dévolu.
Peut-être Einhart a-t-il eu recours au même procédé en faveur d'un autre familier, qu'il avait récompensé au temps où il détenait Saint-Wandrille. Après avoir résigné cette abbaye, il prie son successeur de laisser ce bénéficier en possession, jusqu'au jour où lui-même pourra lui procurer un autre bénéfice par la largesse des souverains. Ce fidèle d' Einhart est devenu lui aussi l'homme du seigneur Lothaire. Le prince a été peut-être prié à la fois de le recevoir dans sa recommandation et de confirmer la concession en précaire faite par Einhart à ce fidèle 2. Le nouvel abbé de Saint-Wandrille serait poliment averti par son prédécesseur qu'il ne peut être question de priver ce personnage de son bénéfice, aussi longtemps que le roi ne lui en aura pas fourni un autre.
Il arrivait donc qu'un prélat sollicitât une confirmation royale afin de rendre irrévocable la cession qu'il avait faite
i. Einh. ep., 39, à Gozbert, abbé de Saint-Gall, 816-36 : «ego beneficium illi dedi de monasterio saucti Chodowaldi, propter hoc quia mihi bene serviebat, sed postquam eum domno Hlothario commendavi, impetravi a domno imperatore ut ei confirmationem facoret de eodem beneficio ad dies vitae suae » Œp., V, 129).
2. Ep. 1, à Anségise, abbé de Saint-Wandrille, 823-5 '■ « eum beneficium quedego illi dedi... usque dura nos illi de altero beneficio ex largitate dominoruin nostrorum aliquara consolationem... facere potuerimus » (p. 109).