‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 608 sur 1164 · CONFIRMATION DEMANDÉE PAR LE PRÉLAT · texte numérisé non relu

CONFIRMATION DEMANDÉE PAR LE PRÉLAT

et de garantir son bénéficier contre une éviction, en raison soit du mauvais vouloir d'un successeur, soit des intrigues ourdies par ceux qui convoiteraient le bénéfice. Une telle pratique pouvait être parlaitement justifiée dans un cas particulier, mais elle ouvrait la porte à des abus. Si d'une part il est équitable que les hommes d'une église soient couverts vis-à-vis de l'arbitraire des prélats qui se succèdent, défendus contre les jalousies de leurs pairs, d'autre part, la domesticité personnelle d'un abbé, richement pourvu d'ailleurs, doit être rémunérée par lui et non par ceux qui recueillent après lui un siège qu'il a délaissé. Aussi, à Meaux, l'épiscopat stipule qu'une demande de confirmation des précaires ne devra pas être adressée au roi, sans motifs raisonnables.

Einhart a recommandé ses hommes au roi, en même temps qu'il lui faisait garantir ses précaires. L'intervention du roi réclamée dans de telles conditions, avait pour effet de faire passer les hommes du prélat et de l'église dans la vassalité royale. Dès lors, ils tenaient leur bénéfice non plus de la grâce du prélat, qui ne pouvait plus le leur retirer, mais de la volonté du roi. D'une concession en précaire régulièrement faite par le prélat la confirmation du souverain faisait sortir un bénéfice royal et on s'explique qu'au sentiment des évêques réunis à Meaux, quand le roi confirmait des précaires ecclésiastiques, il enlevait des biens à l'église.

Si ce résultat est juridiquement obtenu, même quand le roi est d'accord avec le chef de l'église, à plus forte raison le droit de l'église est violé quand le roi confirme une précaire, en dehors du prélat qui a exaucé cette prière, à la seule requête du bénéficier qui l'a souscrite et qui, de la sorte, pourra invoquer le précepte royal comme titre de possession à l' encontre des volontés du chef de l'église. Les précaires cessaient ainsi d'être révocables à son gré. L'homme de l'église devenait le recommandé du roi et pas plus que les serviteurs d'Einhart placés sous la sauvegarde royale, il ne pouvait plus être privé de son bénéfice par le prélat, même s'il remplissait mal ses obligations envers l'église.

Tel est probablement l'objet des difficultés d'Hincmar de Laon avec l'un de ses hommes, Éloi. L'évêque lui avait enlevé son bénéfice. Le roi fit dire à Hincmar qu'il eut à le lui rendre ; Éloi apporta un indiculus du monarque signifiant à l'évêque sa volonté. Comme Hincmar citait Éloi à comparaître devant ses fidèles pour l'examen de l'affaire, le rebelle répliqua qu'il n'acceptait aucun délai, attendu que le souverain lui avait

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