VIOLENCE FAITE AUX ÉGLISES
domaine a été saisi et remis directement au nom du roi à l'un de ses fidèles. Le verbum régis n'est pas exclusivement le mandat verbal ou écrit adressé à un prélat et qui lui enjoint de se dépouiller lui-même, c'est aussi la décision royale qui, notifiée d'ordinaire par l'intermédiaire de quelque agent laïque, met les vassi royaux en possession des biens d'église. Quand les solliciteurs demandent un domaine ecclésiastique au roi et que celui-ci le leur accorde, crainte de déchaîner des colères, il semble bien qu'il les leur remette de sa seule autorité, sans consulter ni prévenir le représentant de l'église, lui faisant ainsi violence.
Violence était commise aussi aux dépens d'une église lorsqu'un souverain en cédait les biens en bénéfice sans l'intermédiaire du prélat et de sa seule autorité, comme il l'eût fait des biens du fisc. La violente ablation que dénonce l'épiscopat n'est pas autre chose que la confiscation. Le bien saisi par le roi, incorporé au fisc, ou bien est retenu par le souverain pour ses propres usages, ou bien cédé par lui en bénéfice comme un bien fiscal. D'un domaine de l'église de Lyon, Lothaire II dit qu'il l'a donné en bénéfice, sans faire aucune mention de l'intermédiaire du prélat 1. Lothaire I s'en était certainement passé quand il dépouillait l'église de Lyon en raison des difficultés survenues entre l'évêque et lui 2. Les fidèles du roi sont nécessairement mis directement en possession quand le roi divise une abbaye, un évêché, retenus dans son indominicatum, quand il distrait du temporel épiscopal une abbaye pour la céder à un bénéficier ou la partager entre plusieurs.
Souvent, lorsque le roi accorde à l'un des siens une terre ecclésiastique, un missus royal est chargé de l'en mettre en possession. Le comte d'Arras, Thibaut, qui veut joindre à son bénéfice comtal une propriété de Saint- Vaast, demande au prince de lui envoyer des hommes qui auront reçu plein pouvoir pour faire violence aux moines 3. Un missus de Charles le Chauve a investi l'homme de Nortman des biens de l'église de Laon que ce roi lui cède en bénéfice. A en croire Génies, le comte de Nîmes avait reçu du souverain ordre de le mettre en possession d'un bien de l'église de cette cité 4. Investiture était alors donnée sur place par l'agent royal qui notifiait ainsi à tous la volonté du monarque. C'est sans doute sous
i. Cf. fasc. i. Les étapes delà sécul., p. 182, n. 6.