‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 632 sur 1164 · CONTRAINTE EXERCÉE SUR LES ROIS · texte numérisé non relu

CONTRAINTE EXERCÉE SUR LES ROIS

qu'un certain Génies se soit emparé d'un domaine de son église. Le roi demande au comte de Nîmes, Raimond, comment une telle usurpation a pu être commise dans son ressort. Raimond réplique que Génies lui a présenté des lettres du roi par lesquelles commandement lui était fait de remettre le bien en telles mains. Tous les personnages présents déclarent au contraire que jamais Raimond n'avait reçu du roi ordre d'investir du bien l'occupant 1. S'ils ont dit vrai, il faut admettre ou bien que Génies a commis un faux et a trompé le comte, ou bien que Raimond, de connivence avec lui, a feint d'avoir reçu un mandat du roi.

A la vérité, il est possible aussi que le roi, en effet, ait ordonné la remise du bien aux mains de Génies et que, décidé à faire restitution à l'église, il désavoue ses agents. Pépin d'Aquitaine n'était peut-être pas en droit et se garde' en effet de démentir formellement ceux qui rétendaient tenir de son bienfait des terres de l'église d'Angers. Nicolas I paraît bien supposer que les détenteurs de biens d'église étaient souvent sincères quand ils se retranchaient derrière une concession du roi. Il est des usurpateurs qui invoquent à tort une largesse du monarque ; mais parfois aussi, celui-ci rejette l'odieux sur les bénéficiaires d'une spoliation qu'il a décrétée et le clergé, en accusant les occupants d'être des menteurs et des faussaires, cherche à conjurer l'effet d'une sécularisation dont on ne croit pas prudent de désigner l'auteur responsable.

Il se peut que les rois se disculpent et que la diplomatie du clergé les excuse trop aisément, mais incontestablement la royauté subit comme l'Eglise une contrainte. Souvent sans doute, le roi cède en bénéfice des biens d'église, parce qu'il n'ose ou ne peut les refuser, à des gens qui ou bien se sont nantis déjà, ou bien s'apprêtent à dépouiller une église et lui demandent seulement de couvrir leur usurpation, résolus à se passer de son agréement s'ils ne l'obtiennent pas : « Combien il est détestable, écrit Nicolas I à Charles le Chauve, que les biens donnés à Dieu par les rois pieux et les hommes dévots, soient enlevés par votre permission et députés à des usages profanes » 2. Le loi est coupable aux yeux du clergé surtout en tant qu'il autorise, ou qu'il tolère un pillage qu'il devrait empêcher.

i. : « Raimundus cornes dixit, quod ex vestra parte prefatus Genesius literas miclii detulit, in quibus coutinebatur ut de ipsa villa eum revestirem. Quo audito, omnes qui adstabaut, dixerunt quod nequaquam ex parte régis preceptum tibi fuit in présentera episcopum de rébus sue ecclesie » (Germer-Durand, Cari, du, chapitre de Nîmes, 5, p. 10).

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