‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 653 sur 1164 · IMPORTANCE DE LA DOTATION COMTALE · texte numérisé non relu

IMPORTANCE DE LA DOTATION COMTALE

auquel ont procédé les premiers rois Carolingiens. Toutefois, il semble bien qu'au cours du IXe et dû Xe siècles, le comitatus se soit encore parfois enrichi de biens d'église. Les propriétés de l'église de Vienne que le comte Gérard a obtenues de Lothaire I furent vraisemblablement rattachées alors au comté 1. Quand il est dit que les comtes ou leurs prédécesseurs ont dépouillé une église 2, on a en vue sans doute des biens qui ont été inclus à diverses époques dans la dotation du comté.

Au reste, dès le IXe siècle, ce n'est plus seulement par l'ordre des rois, mais aussi par l'usurpation des comtes que s'enrichit le comitatus aux dépens des églises 3. Les grandes familles accroissent leur patrimoine et leur clientèle de fidèles en dépouillant le clergé et les moines. Comme les rois, les grands seigneurs retiennent dans leur indominicatum ou distribuent en bénéfice les biens spoliés. Les comtés et duchés se substituent au fisc royal en incorporant, comme lui, desbiens d'église que le grand seigneur a confisqués, dont il jouit en personne ou qu'il distribue aux siens.

Les domaines ecclésiastiques qui ont été incorporés au comté à l'époque carolingienne représentent une très large part des biens d'église sécularisés. Au temps de Louis le Pieux, le comitatus comprenait une tranche de biens ecclésiastiques qu'on pouvait comparer à la portion des biens restés en la jouissance de l'évêque ou de l'abbé4. Les instructions relatives aux charges qui pèsent sur les détenteurs de biens d'église sont notifiés aux comtes d'abord, puis aux simples vassi royaux 5. Toutefois, tous les biens d'église qu'on trouve aux mains des comtes n'ont pas été assignés par le souverain à leur comté ; ils tiennent en bénéfice des propriétés d'église dans les mêmes conditions que les autres fidèles royaux.

i. Cf. plus haut, p. 236, n. 7.

3. Pour l'époque de Charlemagne et de Louis le Pieux, voir fasc. 1, p. 87 et suiv. Le 4 juin 881, Carloman confirme à l'église de Narbonne les fiscs « a potestate comitali injuste usurpatos » (H L, V, 3, col. 70) ; cf. dipl. de Charles le Simple, 6 juin 899, 24, col. 104. Si Saint-Julien de Tours a été dépouillé, au Xe siècle, au profit du comté p. 839, n. 6), c'est sans doute par usurpation seigneuriale.

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