SPOLIATION D'ÉGLISES APPARTENANT A UN ÉVÊCHÉ
fait corps cette maison religieuse1. Comme Yabbatia de ce monastère est aux mains des évêques, le roi ne se fait pas scrupule d'en aliéner des parcelles ; il ne rogne pas par là le bénéfice à'un miles, c'est sous cette forme encore l'évêché qui est atteint.
3. — Importance du dommage souffert par les églises et nombre des bénéficiers royaux
La sécularisation imputable aux Carolingiens a détaché successivement du temporel ecclésiastique trois tranches de biens confisqués ; la première date de Charles Martel, la seconde est taillée par Pépin et Charlemagne, la troisième est contemporaine de l'époque où l'empire carolingien est démembré et se dissout, où décline le pouvoir des rois. A chaque temps d'arrêt, des restitutions s'opèrent et il s'en produit encore tandis que la sécularisation sévit de nouveau. Par là oscille sans cesse la balance et un décompte intervient dans le même temps où s'élève la somme des biens-fonds enlevés aux églises. Ceux qui ont été sécularisés sous les premiers Carolingiens et n'ont pas été restitués font corps avec ceux qui sont dérobés plus tard ; anciens et nouveaux bénéfices forment une masse où les rois puisent en faveur de leurs serviteurs et dont il est souvent difficile de distinguer les diverses couches.
L'état des pertes ainsi subies par l'avoir d'une église ne peut être établie que suivant la succession des dates où il en est fait mention. Le plus souvent en effet, celle où l'église a recouvré son bien est seule indiquée ; la spoliation est rapportée en termes vagues à des temps anciens, de même qu'elle est attribuée aux intrigues des méchants et à l'incurie des recteurs. Si l'on pouvait chronologiquement dresser l'échelle des violences faites à la propriété ecclésiastique, on ne saurait dire encore quel est, à une date donnée, le lot de biens effectivement alors désaffectés. Le jeu des restitutions interrompt et brouille celui des sécularisations. Tel domaine enlevé à une époque inconnue est recouvré par une église à telle date, perdu de nouveau plus tard et peut être récupéré encore par la suite 2. Le bilan des biens sécularisés au détri-
1. Tels les bénéfices constitués aux dépens de Saint-Epvve (cf. fasc. 1, p. 153, 1 75, n. 1) qui appartient à l'évêché de Toul ; Willibertus tient en bénéfice une villa de Saint-Vincent, propriété des évêques du Mans (p. 69).
2. C'est le cas pour l'église de Reims du domaine de Neuilly (De villa Novil., SS, XV, 1 168-9), pour l'église d'Autun de la villa de Tillenay (plus haut, p. 217, n. 3).