PERTES SUBIES PAR LES ÉVÊCHÉS
être, à part le comitatus, chaque bénéfice pris à part comporte, au IXe siècle, un moindre lot de biens qu'au VIIIe, le nombre des bénéficiers possessionnés aux dépens des églises n'a pas diminué. Il s'élève au contraire à mesure que les royaumes se rétrécissent et que le fisc des souverains s'appauvrit. L'insistance des prélats à réclamer des rois une restitution, à exiger l'acquittement des charges qui incombent aux vassi royaux détenteurs de biens d'église, marque suffisamment que les comtés et bénéfices en absorbent une fraction considérable. Il ne s'agirait même pas, si on prenait à la lettre les plaintes présentées à Ver par les évêques, d'une simple portion de la fortune ecclésiastique ; ces prélats déclarent que présentement les ressources des églises sont retenues à l'usage des séculiers 1 ; on pourrait croire, à les entendre, que tout est confisqué.
De maintes églises, surtout des églises épiscopales, il est dit, au IXe siècle, que leurs propriétés sont ou ont été absorbées en grande partie par les bénéfices. Le dénombrement de ceux qui, à notre connaissance, grèvent l'avoir de plusieurs églises suffit, quelque incomplet qu'il soit, à faire apprécier l'étendue de leurs pertes. En 867, Charles le Chauve a constaté que le temporel d'églises sises au diocèse de Nevers a été diminué et rongé par les bénéfices abusivement taillés sur les biens destinés à sustenter les serviteurs de Dieu 2. L'évêché de Nevers fournit à l'entretien de maints vassaux du souverain, en même temps qu'une part des biens de l'église constitue la dotation du comte 3. Devant Lothaire I, l'archevêque de Lyon, Amulus, s'est plaint qu'une part non modique des biens de Saint-Étienne a été mise au pouvoir des séculiers 4. Cette église était autrefois très riche et pourvue de biens-fonds dans un vaste rayon, mais les biens qui avaient été accumulés à son profit ont été divisés et aliénés de toutes manières 5. De nombreux diplômes montrent en effet des comtes et des vassi