‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 688 sur 1164 · IMPORTANCE DU DOMMAGE SUIVANT LES TEMPS · texte numérisé non relu

IMPORTANCE DU DOMMAGE SUIVANT LES TEMPS

dénoncent pour les temps antérieurs une spoliation dont l'ampleur n'a plus jamais été égalée, puisque jamais, même sous Louis le Pieux, il ne fut question d'opérer un si vaste règlement de comptes.

A la vérité, les compensations nouvelles ordonnées par Pépin en faveur des églises dont il partageait la fortune, la promesse faite par Louis le Pieux de ne plus la diviser, les réclamations si pressantes que lui présentent Agobard et Wala semblent faire tomber sur ses prédécesseurs immédiats l'accusation d'avoir porté un immense détriment à l'avoir ecclésiastique. Pépin et Charlemagne ont peut-être infligé aux églises des coups plus sensibles que les successeurs de Louis le Pieux, car le pouvoir royal était alors plus fort et irresponsable ; la divisio de 751 eut un caractère méthodique et par conséquent implacable. Le préjudice ne fut sans doute d'ailleurs si sensible, que parce qu'il s'ajoutait à celui que les églises avaient antérieurement souffert et dont la royauté carolingienne abandonnait la réparation.

Pendant la deuxième moitié du IXe siècle, si la somme des biens ecclésiastiques sécularisés s'accroît encore, les rois, obligés de ménager leurs fidèles ecclésiastiques, n'en portent qu'en partie la responsabilité. Les biens qu'ils cèdent à leurs bénéficiers ont été déjà pour la plus grande part enlevés aux églises sous leurs prédécesseurs. Ce que perdait nouvellement Y indominicatum des églises lui était arraché plutôt par la violence des grands que par celle des rois. Quand le souverain est agent ou complice de la sécularisation, il cède le plus souvent à la pression exercée par ses serviteurs ; la ruée des assaillants cesse d'être contenue par la puissance royale débordée. A la masse des biens d'église désaffectés par le verbum régis et qui, en dépit des restitutions qui la diminuent d'une part, s'est d'autre part toujours accrue par de nouvelles spoliations de même caractère, vient se souder la coulée formidable des violences infligées aux églises par la féodalité naissante. Le tout forme un alliage dont les éléments sont difficilement reconnaissables et qu'on ne saurait dissocier.

Le nombre des séculiers que la fortune ecclésiastique entretient au cours de l'époque carolingienne sous la formule du précaire verbo régis a été certainement très élevé. Toute la militia du royaume a vécu et s'est équipée, pour la plus large part peut-être, aux frais des églises. Chaque comté a une dotation constituée, en partie au moins, à leurs dépens. La plupart des vassi des Carolingiens, du VIIIe au Xe siècle, détenaient en bénéfice une ou plusieurs terres d'église. Si peut-

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