‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 777 sur 1164 · DOLÉANCES GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

DOLÉANCES GÉNÉRALES

mais quand le souverain l'avait commise lui-même, les églises en sollicitaient la réparation suivant la même tactique. Il fallait gagner d'abord les bonnes grâces du souverain : « Que Saint-Remi, écrit l'archevêque Adalbéron à l'impératrice Théophano, ressente, s'il est possible, la faveur d'une si grande reine, en recouvrant ses biens, grâce d'abord aux mérites du saint et aussi par égard à nos services, si nous avons pu en rendre qui soient appréciés » 1. On disait à Rathier de Vérone : « Allez trouver l'empereur et demandez-lui de vous rendre les biens enlevés à votre église sous votre épiscopat ». L'évêque répond que la mort déjà le guette, qu'il n'est plus temps pour lui de commencer à faire campagne, à ramener du butin, à veiller sous les armes pour le compte du prince 2.

Les diplômes qui restituent à une église des biens détenus par des fidèles duroi ont été presque toujours délivrés à la prière du prélat. L'abbé séculier, le comte abbé lui-même épouse volontiers la cause de ses moines, qui est aussi la sienne; il la plaide auprès du roi avec d'autant plus d'autorité qu'il jouit au palais d'uneplusgrandeinfluenceet peut en imposer davantage aux vassi royaux qui détiennent des biens de son abbaye.

Les revendications individuelles se fondent parfois en une doléance générale. L'année qui suit la promesse faite personnellement à Hincmar, l'archevêque de Reims suggère au roi, terrifié par l'invasion normande et pénitent, d'émettre en l'église de Saint-Denis le vceu.de restituer les biens d'église. A l'appui de leurs revendications particulières, les prélats invoquent ce serment solennel ; Loup de Ferrières y fait appel3. Réunis à Meaux, les évoques reprennent au compte collectif de toutes les églises les demandes qu'Hincmar a présentées pour la sienne à Beauvais. En transcrivant dans leur programme l'article souscrit en faveur de l'église de Reims, les évêques lui attribuent une portée générale. On veut que le roi s'engage à restituer intégralement à toutes les églises ce qu'il leur a pris4. Mais cette requête n'a été entendue ni alors, ni plus tard 5.

i. Gerberti ep., 8.s : « Sentiat ergo beatu? R. tantae dominae favorem, si fieri potest, in recipiendis rébus amissis, cum propter sui mérita, tum propter nostra. si qua placebunt, exhibenda servitia » (éd. Havet, 77) Le 29 aov. 986, Otton III 'un firme en effet à Saint-Remi des biens sis à Meerssen et en Alsace (28, DD reg. Germ., II, 428), qui sont seuls expressément mentionnés et viennent sans doute de lui être restitués.

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