CIRCONSPECTION DES PRÉLATS
A partir du milieu du IXe siècle, les papes en même temps qu'ils protestent contre la pratique des sécularisations, ne cessent de réclamer soit auprès des rois, soit auprès des grands, la restitution des biens enlevés aux églises. Tantôt ils interviennent" en faveur d'une église particulière et tantôt au nom de toutes les églises dépouillées. Souvent ils agissent à la prière du prélat, mais parfois aussi ils prennent l'initiative de revendiquer au nom des saints canons les propriétés sacrées, détournées de leur destination. Les évêques sent pressés par eux de faire leur devoir, c'est-à-dire de poursuivre la restitution des biens de leur église et de frapper d'anathème quiconque se refuse à leur faire justice 1.
Hincmar de Laon. qui s'autorise desinstructions d'Hadrien II, mais s'inspire surtout des doctrines du pseudo-Isidore, n'a pas craint d'entrer en conflit avec Charles le Chauve et de revendiquer, neuf ans durant, des biens enlevés par le roi à son église a. Mais en général, quelque pressantes que soient les réclamations des prélats, elle? sont présentées au souverain avec grande circonspection. Il importe en effet de ne pas blesser le roi, de ne pas alarmer l'aristocratie laïque. Aussi, les évêques et abbés procèdent-ils avec mesure et par étapes ; d'ordinaire, ils se gardent de présenter à la fois plusieurs réclamations ; chaque domaine ou chaque groupe de biens fait l'objet d'une requête spéciale présentée opportunément et d'un précepte particulier de restitution. Il est rare que les rois déclarent rendre à la prière du prélat tous les biens de son église qu'ils ont cédés en bénéfice et quand ils accordent une telle restitution, on verra qu'elle est d'ordre théorique et ne rend que la nue propriété 3. C'est lambeau par lambeau, que les évêques et les abbés doivent arracher les biens de leur église des griffes de vulgaires oiseaux de proie ; à plu? forte raison, quand les ravisseurs sont domestiqués au service du prince. Frothaire de Toul ne réclame, dit-il, pour le présent, que deux manses retenus par un miles, afin de ne pas importuner le monarque ; d'autres biens aussi ont été soustraits à son église ; il en entretiendra plus tard de vive voix les gens
qiu suivent (Conc. Tichi., 855, Mansi, XV, col. 18 ; Conc. Valent., 855, 8, col. ,s ; canons du synode de Langes confirmés à SavonnièreSj 859, 13, p. 540).