‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 784 sur 1164 · IMPUISSANCE DU ROI A RESTITUER · texte numérisé non relu

IMPUISSANCE DU ROI A RESTITUER

personnage a méprisé l'ordre du maître et a laissé ses hommes retenir par force les biens qu'il leur avait donnés. C'est seulement en 844, après la mort du comte, que Charles le Chauve put effectivement restituer aux moines leur propriété l. 11 s'agissait en cette occasion de biens d'église usurpés par le comte sans que le roi y fût pour rien ; mais les bénéficiers du monarque faisaient semblablement obstacle à une restitution effective. Loup de Ferrières écrit à un ami que le roi lui a fait restitution de Saint- Josse ; mais la partie n'est pas gagnée ; il faut à présent mettre un frein à l'avidité d'Odulfus, qui demeure en possession et refuse de faire place à l'abbé 2. Parfois du 1 este, dès le début du IXe siècle, comme le montrent les agissements du comte Bernard, les grands qui détiennent du roi en bénéfice des biens d'églises en ont distrait eux-mêmes des parcelles en faveur de leurs propres fidèles et ne peuvent renoncer au bien qu'ils ont reçu, attendu qu'ils en ont disposé. Aussi, lorsque plus tard les églises eurent à traiter non plus avec le roi, mais avec les seigneurs, la restitution rencontra les mêmes obstacles ; les vassaux du seigneur n'entendent pas se laisser dépouiller. Les chanoines de Saint-Martin de Tours ont réclamé près du comte Bérenger un bien détenu par Patéricus, qui est son vassal et celui du comte abbé Robert. Bérenger s'empresse de déclarer qu'il leur remet, quant à lui, tout ce qui lui appartient et somme son vassal de déguerpir*. Mais Patéricus s'y iefuse et les chanoines n'obtiennent justice que grâce au comte abbé Robert qui prononce la restitution, en chargeant l'avoué de se battre, s'il en est besoin, avec le rebelle. Conrad le Roux, duc de Lorraine, avait inféodé à Raimbaud des terres de Saint- Rémi, qu'il tenait lui-même de l'archevêque Artaud. Le bien ne fut restitué qu'après la mort de Raimbaud qui, en maltraitant les colons de l'église, avait attiré sur sa tête la colère du saint. L'obstacle ainsi supprimé, Conrad, effrayé du châtiment, se rendit à Reims et restitua le bien *. Hugues Capet et Robert obligent Albert de Verman-

1. 30 juin 844 : « quia contemptu et superbia Bernardus quondam cornes... jussionem implere neglexit et suis hominibus, quibus ipsas res dederat, violenter habere permisit » (HL, II, Pr., 122, col. 251).

2. Ep., 88, p. 79. La restitution royale qu'il invoque est sans doute celle que consigne le dipl. du 27 déc. 843 (plus haut, p. 327, n. 6). Loup en étendrait la portée, puisque l'usufruit est réservé en faveur du bénéficier. Il ne peut accuser expressément Odulfus de résister au commandement royal, mais il lui reproche de faire obstacle à une restitution qui est voulue par le roi.

3. Notice du 13 juin 891 : « Hoc autem quod ad ipsum pertinebat propter amorem sancti Martini statim reddidit dicens : Si de meo beneficio voluerit gaudere, amplius ex terra sancti Martini nil retinebit » (Gall. Christ., XIV, In9tr., col. 53).

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