SÉCULARISATIONS A REIMS
Charlemagne aurait obtenu en précaire la villa de Douzy, à condition que l'évêché retiendrait les chapelles du domaine, aurait droit aux dîmes et nones et percevrait un cens de 12 livres d'argent \ Le paiement de la double dîme marque clairement, comme on le verra plus loin, que le domaine de Douzy n'a pas été spontanément cédé par Tilpin ; il s'agit d'un bien sécularisé par Charlemagne, qu'il retient dans son indominicatum, aux conditions ordinaires imposées par luimême aux détenteurs de biens d'église, propriété dont les évêques de Reims ont été dépouillés et dont il leur sera fait plus tard restitution 2. C'est vraisemblablement aussi par ordre de Charlemagne, qu'au temps de Tilpin, Raoul, aïeul de Pardulus, évêque de Laon, tint en bénéfice une villa de l'évêché de Reims, Follembray, qui resta dès lors aux mains des membres de cette famille 3. Les villae de Juvincourt et d'Aguilcourt sont tenues en bénéfice royal dès le temps de Charlemagne ; or l'église de Reims était certainement propriétaire de la première et peut-être de la portion du domaine d'Aguilcourt qui n'appartenait pas à l'église de Laon 4.
1. Hincmar écrit à Louis III de Germanie : « Quomodo Karolus Pippini régis filius eamdem villam apud Tilpinum... obtinuerit in praestariam, ea conditione ut capellas ad ipsam pertinentes, cum nonis et decimis, episcopus Remorum retineret et rex duodecim libras argenti in luminaribus ecclesiae daret » (F'odoard, Hist. m, 20, SS, xiii, 513).
2. Hincmar écrit à Lothaire II « pro villa Duodeciaco quam pater ejus reddiderat ecclesiae Remensi » (loc. cit.). Il semble d'ailleurs que la restitution faite par Lothaire I ait consisté à reconnaître qu'il devait à l'église, pour cette villa, le cens payé au temps de Charlemagne et qu'il avait jusque là négligé d'acquitter. Lothaire I n'a pas rendu à l'église la jouissance de cette villa, car elle est encore aux mains de ses successeurs, qu'Hincmar n'accuse pas d'une nouvelle spoliation.
3. : «Tempore Tilpini Rhemorum archiepiscopi, quando Rodulfus, avus Parduli Laudunensis episcopi, ipsam villam in beneficio habuit » (Hincmar, Lettre à Hincmar de Laon, Migne, cxxvi, 538). Cette villa devient en fait un bénéfice héréditaire dans la famille de ce Raoul. M. Stutz estime (Gesch. des kirch. Bencjizialwesens, 87) qu'il s'agit d'un bénéfice spontanément accordé par les archevêques de Reims. Hincmar cède à la vérité ce domaine à l'un de ses fidèles ; mais c'est sans doute après l'extinction de la descendance de Raoul, à une époque où le clergé s'efforce de substituer des bénéficiers de l'église à ceux du roi.
4. Voir plus haut p. 67, 11.2. Juviniaca villa appartient à la parochia d'Hincmar. Cette villa et la portion d'Aguilcourt que ne possède pas l'évêché de Laon, sont-ils la propriété de son église ? Il ne le dit pas expressément. Il marque au contraire que Follembray, sis au diocèse de Laon, appartient à l'église de Reims (col. 537) et signale la restitution faite à l'église de Laon, à la prière de Pardulus, des manses qui, à Aguilcourt au diocèse de Reims, appartenaient à cet évêché. Vraisemblablement, Hincmar ne nomme le propriétaire que quand il est étranger au diocèse : faute d'une autre indication, l'ég'ise rurale signalée appartient à l'évêque du lieu. Nous savons par Flodoard (Hist., 11, 17, p. 464) que Juviniacum était terre de Notre-Darhe et de Saint-Remi. Tilpin a précisément obtenu sous Charlemagne un privilège pour les milites de cette localité (loc. cit.). L'éditeur allemand de Flodoard et l'éditeur rémois Lejeune l'identifient à Juvigny (Aisne, canton Soissons) qui pouvait être propriété