A METZ ET TOUL
Louis le Pieux fera à l'église de Reims des libéralités pour expier la faute commise, lit-on dans l'un de ses diplômes, par son père et ses prédécesseurs, qui ont dépensé pour leurs propres besoins les biens de l'évêché. A son sentiment ou à celui d'un interpolateur, qui est sans doute Hincmar de Reims *, Charlemagne ne serait pas le seul coupable ; Pépin comme Charles Martel a contribué à dépouiller l'église rémoise.
Le temporel de l'église de Metz a servi aussi sous Pépin et ses successeurs à constituer des bénéfices royaux. En 770, l'évêque Angilran attribue au monastère de Gorze des biens appartenant à Saint-Etienne, que Frédélaigus, vassal du roi Carloman, frère de Charlemagne, tient en précaire de l'église et de l'évêque, ainsi que d'autres domaines qu'a reçus en bénéfice un autre homme du roi 2. L'évêché de Toul a subi
de l'église de Reims, mais n'appartenait pas au diocèse. Le Juviniacmn de Flodoard est sans doute la Juviniaca villa d'Hincmar, dite sans doute aussi Juviniaca cortis, qui aura donné la forme moderne de Juvincourt, localité sise dans l'ancien diocèse de Reims et qui appartenait à Saint- Rémi. Les bénéficiers qui, au rapport de Flodoard, y ont été installés par ordre de Charlemagne, ont eu peut-être pour successeurs lespersonnagesqu'Hincmar signale (cf. p. 67, n. 2). LeGibuinus mentionnédans cette liste est peut-être le Gilbuinus cité parmi les fidèles royaux dont les bénéfices sont restitués à l'église de Reims le 1er octobre 845 (ni, 4, p. .177*. Le texte d'Hinemar montre d'ailleurs que les évêques de Reims jouissent, sur l'église de Juvincourt, de droits semblables à ceux que l'évêque del.aon prétend exercer sur la chapelle, dont l'église Laonnaise est propriétaire à Aguilcourt. En 870, époque où écrit Hincmar, l'église de Reims, à la différence de celle de Laon, ne paraît pas être rentrée en possession de son bien. Si Hincmar ne le revendique pas ici, c'est que la seule question controversée qu'il traite est celle des droits curiaux possédés par le prêtre de Juvincourt sur la chapelle et le domaine d'Attolae curtis, qui sont de la potestas de l'évêché de Laon. Peut-être aussi la propriété était-elle partagée originellement entre le fisc royal et les églises de Reims et de Laon. Charlemagne ou l'un de ses prédécesseurs, sans égard aux droits de l'église de Reims à Juvincourt, de l'église de Laon à Aguilcourt, aurait cédé en bénéfice à ses milites les deux villae, comme si son fisc en avait été l'unique propriétaire.
1. Dipl. 816-825. :« Pro remedio animae domni ac genitoris nostri atque caeterorum praedecessorum nostrorum,'qui eumdem episcopatum contra salutem suam aliquamdiu tenuerant et in suosusus, contra ecclesiasticas régulas, et res ac facilitâtes ecclesiae ipsius expenderant » (Flodoard, Hist., n, 19, p. 469). L'éditeur des Regesia imperii (B M 801, 2e éd. 1899) fait observer que ce passage exprime des idées familières à Hincmar, qui peut être soupçonné d'avoir interpolé ce diplôme.
2. : «Res illasde ratione sancti Stephani.. villam quam nunc per beneficium sancti Stephani vel nostrum, Fredelaigus, vassus domni Carolimanni régis, per precariam nostram tenere videtur, neenon et villam aliam de ratione ipsius sancti Stephani... quam Godfridus, similiter homo dominicus per beneficium sancti Stephani vel nostrum per precariam tenere videtur » (d'Herbomez, Cart. de Gorze, 13, p. 33). Il s'agit ici de vassaux du frère de Charlemagne, Carloman. Ce prince pourvoit donc, lui aussi, ses fidèles de biens d'église ou laisse les anciens vassaux de son père qui se sont recommandés à lui en possession des bénéfices ecclésiastiques qu'ils détiennent déjà. Cette pratique n'est donc nullement un trait particulier de la politique de Pépin et de Charlemagne elle s'impose à tous les Carolrngiens.