‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 847 sur 1164 · RELÉGATION DANS LES MONASTÈRES · texte numérisé non relu

RELÉGATION DANS LES MONASTÈRES

ou non du froc, ces suspects sont le plus souvent placés sous une custodia libéra, confiés aux moines qui devront les nourrir et les surveiller 1. Souvent aussi, des reines ou des princesses sont enfermées dans un monastère comme dans une prison où elles devront faire pénitence 2. De moindres personnages, clercs ou laïques, compromis dans une révolte deviennent aussi malgré eux les hôtes des moines 3. Au reste, la relégation dans les monastères est la peine prononcée par les Capitulaires à l'égard de certains coupables qui ont transgressé des lois à la fois religieuses et civiles4. Des prisonniers et otages sont mis aussi quelquefois sous la garde d'évêques et d'abbés 5. Les gens ainsi confiés aux moines sont pour eux une gêne et leur occasionnent des frais. Ces hôtes ou ces prisonniers,

réconcilier, de le tondre, de lui faire revêtir l'habit monastique et de le faire garder, sous libre custodia, par de bons moines et chanoines. Des gens sûrs seront préposés à sa surveillance, crainte qu'il ne parvienne de nouveau à corrompre ses gardes (De pœnitcntia Pippini regis, Migne, CXXV, 1122).

1. Le jeune Charles le Chauve, en 833, est simplement confié à un monastère, « Prumiae commendato nec tamen attonso » (Vita Hludow., 48, SS, II, 636). Lothaire laisse son père à Saint-Médard « in custodia » (Ami. Bcrtin., 6). Pour Charles et Pépin d'Aquitaine ,il est question aussi d'une custodia m. précéd.). Louis le Germanique a fait enlever de Corbie Carloman, fils de Charles le Chauve : « Karlomannum caecum Liutberto archiepiscopo pascendum in monasterio sancti Albani apud Mogontiam commendavit » (Ann. Berlin., 873, p. 23).

2. En 830, les fils rebelles de l'empereur enferment l'impératrice Judith, « vêlantes eam », à Sainte- Radegonde de Poitiers (Ann. Bcrtin., 1 ; Vita Hludow., 44, 5S, II, 633), à Sainte-Croix, affirme sans doute par erreur l'annaliste de Metz (I, 330). En 860, Theutberge, épouse de Lothaire II, contrainte de confesser un prétendu crime d'adultère, est condamnée à la pénitence et enfermée dans un monastère (Ann. Bertin., 53). Il lui fut permis de prendre le voile (Hincmar, De divortio, Interr. I, Migne, CXXV, 637) En 894, Hildegarde, fille de Louis II de Germanie, à la suite d'une accusation, est aussi reléguée quelque temps au monastère de Chiemsee (Reginon, SS, I, 606).

3. Des évêques, complices de Bernard, ont été déposés et envoyés en des monastères. Les autres coupables ont été exilés ou tondus et enfermés dans un monastère (Ann. Fuld., 818, SS, I, 356). Adalhard a été exilé à Noirmoutier, son frère Bernier à Saint-Benoît de Eleury (Vita Hlud., 34, II, 626). De même, en 830, des laïques ont été tondus, des clercs mis sous garde dans les monastères (Vita Hludow. , 45, II, 634). Plus tard, on leur fit grâce ; ils purent ou bien rester dans les monastères ou rentrer dans le siècle (46, p. 634) ; en particulier, deux frères de l'impératrice Judith' sont tonsurés et relégués dans les monastères (Ann. Bcrtin., 830,

4. Le capitulaire de Pavie de 832 ordonne aux évêques d'envoyer dans des monastères, si leur diocèse en possède, les prêtres ou diacres déposés pour y faire pénitence (3, Cap., II, 60). Un capitulaire italien ordonne de séparer de leur époux les femmes qui se sont mariées en dépit de leur profession religieuse. Les deux coupables entreront également dans un monastère, en remettant à la communauté leurs biens et l'amende qu'ils doivent aux tribunaux publics. S'ils ne possèdent pas de quoi vivre dans le monastère, leurs parents les plus proches les nourriront (Cap. Italica, 1, I, 215).

5. Sous Charlemagne, des otages sont reçus (istos recipiet, habuit) par divers évêques, abbés, comtes ou simples particuliers. Ces otages devront venir à Mavence à une date fixée, sans doute sous l'escorte du personnage à qui ils sont confié* (Indic. obsidum, Cap., I, 233).

Page 1