‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 846 sur 1164 · MONASTÈRE PRISON · texte numérisé non relu

MONASTÈRE PRISON

d'adultère se retire dans un monastère qu'elle avait construit en sa propriété, afin de s'y consacrer au service de Dieu1.

Bien plus fréquente est la relégation dans un cloître prononcée par ordre du souverain. Très souvent, un monastère est une prison pour les rois déchus 2, des princes rebelles 3, les compétiteurs tombés aux mains -du monarque 4, des frères 5 ou même des fils6 qui ont éveillé ses soupçons ou encouru sa disgrâce. D'ordinaire, leur tête est rasée et plus ou moins volontiers ils prennent l'habit monastique, quitte à s'enfuir, comme Charles et Pépin d'Aquitaine. Ce dernier, considéré comme un moine en rupture de ban, sera repris et de nouveau gardé à vue par les soins d'une communauté 7. Mais revêtus

i. Reginon, 887, SS, I, 597.

2. Le dernier roi mérovingien, Hildéric, est tondu et relégué à Sithiu (Ann..Lauriss., 758, SS, I, 138 ; Fuld., 752, p. 346). En 833, Lothairemet son père sous bonne garde au monastère de Saint-Médard de Soissons (Ann. Berlin., 6 ; Vita Hludow., SS, II, 636). Charles le Simple prisonnier est conduit d'abord « ad sanctum Quintinum » (Flodoard, A tin., éd. Lauer, 39).

3. Hunald d'Aquitaine est enfermé à Saint-Philibert dans l'île de Rhé, où il fait profession monastique (Ann. Mett., 744, SS, I, 328). Tassillon de Bavière est tondu à Saint-Goar (Ann. Naz. contin., 788, p. 44 ; Ann. Chesnii, p. 33) et exilé à Jumièges (Ann. Naz. cit. et Gesta abb. Fontan., 16, II, 291). Son fils, Teudon, est tondu à Saint-Maximin de Trêves ; de ses filles l'une est envoyée à Chelles, l'autre à un monastère de Laon (Ann. Chesnii, loc. cit.).

4. En 852, Pépin d'Aquitaine est tondu à Saint-Médard (Ann. Bertin., 41 ; Fuld. 851, SS, I, 367). Son frère Charles est aussi tondu et envoyé « in custodiam » à Corbie (Ann. Fuld., loc. cit.; Berlin. 854, p. 44). En 885, Hugues, bâtard de Lothaire II et qui a essayé, en s'alliant avec les Normands, de saisir le royaume de son père, est aveuglé sur l'ordre de Charles le Gros, envoyé au monastère de Saint- Gall (Réginon, 885, SS, I, 596), puis sans doute à Fulda (Ann. Fuld., p. 402), plus tard enfin, sous le règne de Zvventibold, à Priim, où il fut tonsuré par les mains de Réginon (p. 596). Cf. Parisot, Le roy. de Lorraine, 477.

5. Après la conspiration de Bernard, Louis le Pieux prend des précautions contre ses frères bâtards, Drogon, Thierry et Hugues : « cleriros fïeri jussit et per singula misit monasteria » (Chron. Moissiac, SS, 1, 313) ; « totondit ac per monasteria sub libéra custodia commendavit » (Nithard, I, 2, SS, II, 651). Ils fui'ent probablement confiés à Frothaire,évéque de Toul.et accueillis à Saint-Epvre (Froth. ep., 4, V, 279 ; cf. Pfister, L'arch. Drogon, dans les Mélanges P. Fabre, 103). En 833, Lothaire envoie son jeune frère, Charles, à Priim (Ann. Bertin., 6; Vita Hludow., 48, p. 636).

6. En 792, un fils de Charlemagne, Pépin, qui a conspiré, est tondu et enfermé au monastère de Priim (Ann. Lauriss. min., SS, I, 119). L'un des fils de Charles le Chauve, Carloman, véritable factieux, est enfermé au monastère de Corbie (Ann. Bertin., 873, p. 123).

7. Charles, déjà ordonné sous-diacre, s'enfuit du monastère de Corbie (Ann. Bertin., 854, p. 44) ; « de custodia Corbeiensis monasterii lapsus », il est accueilli par son oncle, Louis le Germanique, qui le fait archevêque de Mayence (Ann. Fuld., 856, SS, I, 370). En 853, on jugea et on dégrada deux moines qui avaient comploté avec Pépin de le faire évader de Saint-Médard (Ann. Bertin, 42). Pépin dut prêter serment de fidélité au roi, prendre l'habit monastique et promettre d'observer la règle (p. 43). Mais il s'enfuit l'année suivante (p. 44). Les Aquitains feignent de voir un roi qui a échappé à sa prison (eductum custodia, regem simulant, p. 46), en la personne du défroqué. En 864, l'apostat, qui a passé aux Normands, est pris et enfermé à Senlis (p. 72). Au sentiment d'Hincmar de Reims, il convient de le

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