PROFIT TIRÉ DE LA VISITE DU ROI
fois aussi sans doute, les évêques exigeaient des prêtres ruraux l'acquittement d'un droit pour se défrayer des dépens qu'entraîne la réception du souverain. Hincmar, délivrant à l'élu du peuple et du clergé de Laon les lettres canoniques, rappelle à l'évêque qu'il lui est interdit d'exiger, sous un tel prétexte, de ses prêtres aucun secours l.
Si les prélats souhaitent épargner à leurs domaines le dispendieux séjour du roi et de sa suite, ils ne peuvent que marquer grande joie quand il leur fait l'honneur d'être l'hôte de leur episcopium ou de leur monastère. Alors qu'il est bruit de la prochaine arrivée de CharJemagne à Tours, Alcuin écrit : « Plaise à Dieu qu'il me soit donné de le voir dans la maison de saint Martin » 2. Le poète Ermoldus se croit tenu de féliciter les abbés, les évêques qui reçoivent la visite du pieux empereur. L'abbé Irminon s'applaudira de voir arriver le César, dont si souvent il a demandé la visite 3. Frédégise, à Saint- Martin, se réjouit de l'arrivée de Louis 4, comme Alcuin lorsqu'il recevait Charlemagne. Arrivant à Angers pour y vénérer saint Aubin, l'empereur verra accourir au devant de lui le cher Hélisachar, le cœur palpitant de joie5.
De tels sentiments sont commandés par les liens de fidélité qui unissent les abbés et les évêques à leur seigneur. Au reste, si la visite du souverain occasionne des dépens, elle peut aussi rapportei bénéfice. Le moine de Saint-Gall raconte qu'à un évêque qui l'a reçu à grands frais, Charlemagne aurait dit : « Si je sais vider, je sais aussi remplir ». Il lui aurait fait don alors d'un fisc royal, voisin de son évêché 6. Louis le Pieux, en 822, arrive au Mans trois jours après l'ordination d'Aldric et y célèbre Noël. Il restitue à cette occasion à l'église la villa de Neuville qui en avait été longtemps distraite et mise aux
1. Ep. 52 : « Xe etiam quasi ad receptionem régis vel legationem... adjutoria quasi petendo, potius autem exigendo denarios vel caballos.aut verres seu friskingas aut ad iter aliquod paravedos aut alia quaelibet accipiat, id est rapiat » (Migne, CXXVI, 272). Suivant Waitz (IV, 21, n. 2), il faudrait peut-être lire legatioms ou legatorum et comprendre que la contribution est exigée pour la réception du roi ou des députés ; il s'agit plutôt d'une redevance perçue quand les évoques sont chargés d'une mission.
2. Ep. 164 : «.Utinam videamus illum in domo magni protectoris sancti Martini • (p. 266).
3. : « Irmino plaude libens, quod saepius ecce rogasti Caesaris adventum, dante toaante, vides » (In hou. Hludow., II, 147, Poetaclat., II, 28).