FORTIFICATIONS CONTRE LES NORMANDS
Pitres, avec de nombreux ouvriers et chariots, afin d'y construire des retranchements qui fermeront le fleuve aux Normands *. Parmi ces grands figuraient évidemment les détenteurs des évêchés et des abbayes. Deux ans plus taid en effet, Charles le Chauve donne des instructions pour la poursuite du travail 2. Or une lettre adressée alors au roi par Hincmar était relative à l'œuvre du pont fortifié que le roi construisait à Pitres avec l'archevêque de Reims et ses autres fidèles. Une autre lettre d'Hincmar à Ganelon de Rouen traitait des ouvriers occupés au travail qu' Hincmar y avait entrepris 3. D'autres ouvrages analogues furent commandés ailleurs aux fidèles du prince4. Le clergé y prit évidemment la même part. En 869, fut ordonnée, en vue de l'achèvement de travaux de fortifications, une corvée nouvelle qui, pour les prélats comme pour les laïques, fut exactement proportionnée au nombre des tenures dont se composaient les grands domaines de leur honor. Le roi prescrivit d'abord de dresser l'inventaire des manses dont chaque évêque, abbé, abbesse, les comtes et vassaux du roi avaient la jouissance. Chacun apportera au plaid le bref qui aura été rédigé 5 ; pour chaque centaine de manses il fournira un corvéable, pour chaque millier de manses un chariot traîné par deux bœufs, en dehors des autres exenia qui grèvent les sujets du roi, c'est-à-dire sans doute des dons annuels apportés, comme de coutume, au plaid. Les
1. Ann. Bertin. : « omnes primores regni sui ad locum qui Pistis dicitur... cum multis operariis et carris convenire facit et in Sequana munitiones construens, ascendendi vel descendendi navibus propter Nortmannos aditum intercludit » (p. 58).
2. Op. cit., 864 : «in loco qui Pistis dicitur générale placitum habet ; — firmitates in Sequana ne Nortmanni per idem fluvium possint ascendere, ibidem fieri jubet »
3. Hincmar a écrit au roi « de opéra pontis quem rex cum ipso ac caeteris nonnullis fidelibus suis faciebat ad Pistas in Sequana » (Flodoard, Hist., III, 18, p. 510) ; à Ganelon : « de operariis et opéra quam faciebat ad Pistas in Sequana » (21, p. 517)-
4. Edict. Pist., 37 : « Et quoniam fidèles nostri in istis quae in Sequana fiunt et in aliisoperibuslaborant » {Cap., II, 327).
5. Ann. Bertin. : « per omne regnum suum litteras misit ut episcopi, abbates et abbatissae brèves de honoribus suis, quanta mansa quisque haberet, futuras kalendas Mai déferre curarent, vassalli autem dominici comitum bénéficia et comités vassallorum bénéficia inbreviarent et praedicto placito aedium brèves inde déferrent » (p. 98). Le roi qui pour les comtes et vassaux ordonne un contrôle mutuel des brevia, ne prescrit rien de semblable pour les évoques, abbés, abbesses. Le roi aurait-il confiance dans les indications fournies par le clergé, suspecterait-il au contraire la bonne foi des bénéficiers laïques ? Mais nombre d'abbayes sont tenues par des laïques, des comtes abbés. Un traitement différent est ordonné peut-être pour les deux sortes û'honores laïques et ecclésiastiques, parce que le récolement des uns et des autres ne réclamait pas les mêmes soins. L'inventaire des évêchés et abbayes était renouvelé souvent et parfois par dos missi du roi; le travail qu'on lui apportera cette fois se trouve en fait contrôlé par les brefs antérieurs. Les terres des honores laïques ne sont pas soumises aussi fréquemment à un récolement ;ilen faut faire une descriptio d'une parfaite exactitude et n'en pas charger les intéressés.