Le tribut normand
En plus des charges ordinaires, les Carolingiens, dans la seconde moitié du IXe siècle, ont fait peser sur leurs sujets, en particnliei sur les gens d'Église, un vectigal extraordinaire, pour l'acquittement soit de la rançon qu'exige une bande de païen?, soit du prix qu'elle met à son alliance contre d'autres envahisseurs, le tribut normand 2. A partir sans doute de 845 3, cette contribution a été perçue maintes fois et sous diverses formes, mais surtout aux dépens des églises.
L'une des taxes est ordinairement assise sur la propriété foncière. Il est rapporté sans plus, qu'en 860, pour acheter le concours des Normands de la Somme contre ceux de la Loire, Charles le Chauve établit une imposition sur tous les manses *, que Lothaire II, en 864, paya tribut à un chef normand en levant quatre deniers sur chacun des manses de son royaume 5. En 866, pour s'acquitter vis à vis des Normands de la Seine, Charles le Chauve perçoit une série de taxes6, parmi lesquelles figure un impôt foncier sur les manses, mais qui ne frappe que
1. : « et de centum mansis unum haistaldum et de mille mansis unum earrura cum duobus bobus praedicto placito cum aliis exeniis quae regnum illius admodum gravant, ad Pistas mitti praecipit, quatenus ipsi haistaldi castellum quod ibidem ex ligno et lapide fieri praecepit, excolerent et custodirent «(loc.cit.).
2. Cf. E. Joranson, The Danegeld in France ; F. Lot, Les tributs aux Normands et l'Église de France au IXe siècle, dans la Bibl. Ec. chartes, 1924, p. 58-78-
3. En 845, Charles le Chauve achète 7.000 livres la retraite des Normands de la Seine {Ann. Bertin., 32). Cf. F. Lot, L. Halphen, Le règne de Charles, 138. Une taxe a certainement fourni cette somme, cf. Joranson, p. 35, n. 6 ; mais nous ne savons pas comment elle fut établie. Le roi a usé sans doute de l'un des moyens signalés en 860, 866, 877, etc.
4. Ann. Bertin., 860 : « exactionem de thesauris ecclesiarum et omnibus mansis ac negotiatoribus etiam paupertinis... fieri jubet » (p. 53).
5. 864 : « de omni regno suo quattuor denarios ex omni manso colligens » (p. 67).
6. 866 : « de unoquoque manso ingenuili exiguntur sex denarii et de servili très et de accola unus et de duobus hospitiis unus denarius et décima de omnibus quae negotiatores videbantur habere ; sed et a presbiteris, secundum quod unusquisque habuit, vectigal exigitur et heribanni de omnibus Francis accipiuntur. Inde de unoquoque manso, tam ingenuili quam et servili, unus denarius sumitur et demum per duas vices, juxta quod unusquisque regni primorum de honoribus habuit conjectum tam in argento quam et in vino... » (p. 81). M. F. Lot (Une année du règne de Charles le Chauve, dans Le Moyen âge, 1902, p. 399) estime que l'accola est un hôte et qu'après avoir payé un denier, il se joint à un autre pour acquitter ensemble un autre denier. L'annaliste distingue bien, nous semble-t-il, Vaccola qui, à lui seul, paie autant que deux hôtes (cf. Joranson, p. 73, n. 71 et Vogel, Die Nortnannen und das frânkrische Reich, n. 2 de la p. 215).