LES PRÉLATS FONT ESCORTE AU ROI
quittent le palais que quand ils en ont reçu licence du roi, dans une sorte d'audience de congé l.
Les évêques et les abbés vont rejoindre leur souverain soit à l'une de ses résidences coutumières, soit à l'étape d'un voyage 2. S'ils en sont requis, ils lui feront escorte 3 ou accompagneront quelque membre de la famille royale 4. Ils viennent prendre ses instructions, rendre compte d'une mission5, remplir le devoir de conseil 6. A son départ pour l'Italie, Charles le Chauve décide que son fils Louis aura près de lui assidûment pour le conseiller quatre évêques et trois abbés. Si le jeune prince gagne les pays de la Meuse, les évêques de Liège et de Cambrai l'escorteront. S'il passe la Seine, il sera accompagné par Hugues l'abbé, les évêques d'Orléans, d'Auxerre, de Chartres 7.
La fréquentation du roi absorbe une part considérable du temps et des soins des évêques. L'assiduité d'Ebbon, archevêque de Reims, au palais suscitait, s'il faut en croire un historien du Xe siècle, au monastère de Saint-Remi des critiques et des craintes que l'événement n'a que trop justifiées 8. Aldric, évêque du Mans, fait auprès de Louis le Pieux des séjours si prolongés, s'emploie si habituellement au service du prince, qu'il lui est impossible, déclare-t-il, de remplir son ministère pastoral 9. Frothaire, évêque de Toul, s'est rendu,
i. Agobard écrit à Adalhard, Wala et Hélisachai" : « Nuper cum a palatio tempùs redeundi nobis jam fuisset indultum » ; il s'est entretenu des Juifs avec eux. Ces grands personnages l'ont quitté pour entrer « in conspectu principis ». Agobard est resté devant la porte : « Post paululum fecistis ut ingrederer. Sed nihil audivi ni>i absolutionein discedendi » {De baptismo judaic. mancipiorum, Ep. 4, V, 164).
2. Le ri août 840, Eudes de Ferrières écrit que le chancelier Louis «mandare mihi àtuduit, ut aut ad urbem Turonum aut certe Aurelianorum domino régi occurrerem, sic temperans hortamentum : si tamen per urbem Aurelianensium iter habuerit « {Lupi ep., 28, VI, 34). Loup a été convoqué pour le 11 nov. 845 à Saint-Martin, mais le roi n'a pu venir (31, p. 39).
3. Lupiep., 51 : «Ego quoniam cum rege ad Trajectum, Deo volente, iturus sum, quo ei ad colloquium fratres occurrent » (p. 56). Voir plus loin l'exemple d'Alcuin.
4. L'abbé Hilduin et l'évêque Erancon escortent, en 876, l'impératrice Richilde jusqu'au palais d'Héristal (Ann. Berlin., 132).
5. Lupi ep. 63 : « Heribaldus episcopus (d'Auxerre) paulo ante regressus a rege mandavit mihi ex praecepto ejusdem régis ut quoniam se ipse legationis functiontj absolvisset, eandem nos strenue ac celeriter exequeremur » (p. 63). Cet évêque revient du palais, où il est évidemment allé rendre compte de sa legatio.
6. De ordine palatii, 25 : « semper esset ornatum palatium et consiliariis condignis mmquarn destitutum fuisset » {Cap., II, 526).