‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 93 sur 1164 · SÉCULARISATIONS FAITES SANS L'AVEU DU PRINCE · texte numérisé non relu

SÉCULARISATIONS FAITES SANS L'AVEU DU PRINCE

tombé au pouvoir des comtes, puisque Louis le Pieux dut remettre toutes choses en état et affecter à l'abbé régulier qu'il y installa et à sa communauté une portion des biens du monastère 1, L'église Saint-Vrain sise à Gennes, où reposait le corps du saint, n'était en 845 qu'une simple église rurale desservie par un prêtre unique et possédée par le roi à titre d'église de son fisc 2. Or, on se souvenait en ce temps que les biens de Saint-Vrain avaient été autrefois tenus successivement par les différents comtes angevins 3 L'ancienneté de cette occupation, le fait qu'au temps de Charlemagne le bénéfice comtal se constitue surtout aux dépens des églises, suffisent à dater cette sécularisation qui fut à peu près totale et qui fit tomber cette basilique, autrefois sans doute opulente, au rang d'une modeste chapelle.

Du préjudice souffert par les églises au temps de Pépin et de Charlemagne, comme du vivant de Charles Martel, une partie n'est sans doute pas imputable au prince. Sous Pépin, un certain Gaidulfus aurait fait main basse sur tous les titres de propriété des moines de Glanfeuil, afin de pouvoir les dépouiller à son aise 4. Vraisemblablement maints pillards se jetaient comme lui sur les biens d'église. Dans son capitulaire aquitain, Pépin prescrit de restituer aux églises les biens qu'on aurait détachés par la suite de la part qu'il leur avait faite 5. Charlemagne ordonne à ses missi, en 789, de rechercher si depuis que l'Aquitaine a passé en ses mains, il n'a pas été fait soustraction de biens d'église 6. Toutefois, l'ordre rétabli par Pépin, la police faite au temps de Charlemagne par un gouvernement fort, épargnèrent sans doute en général au clergé les spoliations que le roi n'autorisait pas ; la plupart des pertes qu'essuyèrent les églises leur furent infligées, semble-t-il, de l'aveu et par l'ordre du souverain.

1. Dipl. de Louis le Pieux 10 oct. 827 : « idem monasterium, cum quadam portione rerum ad se pertinentium, ad statum pristinum revocasse et abbatera regularera constituisse » {H F, vi, 553).

2. Dipl. de Charles le Chauve, 21 oct. 845, attribuant à Saint-Maur : « res juris nostri... ecclesiam constructam in honore sanctveterini, quo ipse corpore requiescit, cum. facto uno quem presbyter ibi deserviens... habere dignoscitur » et divers biens « ibidem aspicientes », sis en divers lieux {HF, vin, 480).

3. Dipl. du 15 août 850, cédant aussi à Saint-Maur des biens sis en Anjou et en Poitou, à savoir: «quicquid... Andegavinus quicumque cornes ex rébus sancti Veterini olim habuisse... cognoscitur » (p. 515).

Page 1