LE CLERGÉ DISCULPE PÉPIN ET CHARLEMAGNE
Pépin et Charlemagne ont donc largement usé des biens d'église et sécularisé maints domaines épargnés avant leur règne. Pourtant, à la différence de Charles Martel et sans doute pour les mêmes raisons qui rirent charger sa mémoire, la leur a été entièrement disculpée par les générations ecclésiastiques qui suivirent. Si, aux yeux d'Hincmar, Charles Martel est le premier qui divisa les biens d'église, c'est Pépin qui répara en partie le dommage en publiant le capitulaire d'Estinnes. Quant à Charlemagne, on lui a fait honneur du capitulaire de Louis le Pieux qui abolissait la pratique des sécularisations, dont son prédécesseur avait fait si large la mesure. Au milieu du IXe siècle, Pépin et Charlemagne sont tenus, comme Louis le Pieux, pour des princes parfaitement soucieux de la stricte discipline canonique. Le clergé de ce temps opposait la conduite de ces trois souverains d'une part à celle des rois contemporains qui abusent eux aussi des biens d'Église, d'autre part à l'incurie et à la violence des princes qui avaient précédé le père du grand empereur. Les évêques assemblés à Yùtz, en 844, pour protester contre des sécularisations nouvelles, estiment que l'ordre ecclésiastique avait jadis dépéri au temps où commandaient des princes peu religieux ; il a ressuscité sous des souverains pieux et zélés, pour être détruit de nouveau sous le règne des rois fils de Louis le Pieux \