PRÉLATS DISPENSÉS DU SERVICE PERSONNEL
Lorsqu'on marchera à l'ennemi, l'essentiel est que le contingent de l'église soit fourni par les soins du prélat.
Quand le ban royal est publié, soit dans tout le royaume, soit dans une région seulement, il n'atteint pas toujours tous les prélats. Tel peut être dispensé cette fois par faveur spéciale ; il suffira qu'il envoie les siens à l'armée. Loup de Ferrières demande à ses amis de travailler près du roi, afin que la prochaine convocation ne le touche pas personnellement. Parfois même, le roi étend très largement cette grâce. En décembre 844, les évêques réunis à Ver se félicitent d'avoir cette fois obtenu du roi, les bien portants comme les malades, un repos très désiré. Ils ne partiront pas, mais ils ont souci que le service du roi ne souffre pas de leur absence ; préoccupés sans doute de maintenir les privilèges de leur immunité et de ne pas confier leurs hommes au comte du pays, ils demandent au roi de les autoriser à désigner l'un de ses fidèles qui prendra le commandement de leur contingent 1.
Au prélat qui s'est rendu à l'ost il sera parfois donné congé avant que la campagne ait pris fin. Une telle faveur n'est sollicitée sans doute qu'en raison de la fatigue et de la mauvaise santé du privilégié. Grâce à l'appui du chancelier Louis, l'abbé de Ferrières, Eudes, a reçu permission de quitter le théâtre des opérations en Aquitaine ; une grave maladie le contraignait au retour 2.
Ce n'est pas toujours par l'effet de la bienveillance du souverain ou de la négligence du prélat, que les siens partiront sans lui ; un commandement royal peut le retenir et l'occuper ailleurs. Suivant le rapport fait par Charles le Chauve au concile de Douzy, lui-même avait fait dire à Hincmar de Laon, comme aux autres évêques, de venir au synode avec peu de monde ; le reste de leurs hommes, en effet, devaient se tenir prêts pour défendre le pays contre les Normands. L'indocile prélat a fait au contraire armer tous ses gens pour l'escorter. Le roi a envoyé alors ses missi non pas à l'évêque, mais directement aux hommes de l'église pour leur renouveler ses instructions. Ils doivent faire leurs préparatifs pour se rendre, sitôt qu'ils en recevront l'ordre, au lieu où la militia de l'évêché
1. Cf. texte cité plus haut, p. 462, n. 1. La dispense est accordée, semble-t-il, aux malades et à tous les autres (aliis cunctis), non pas à un certain nombre seulement (F. Lot et L. Halphen, Le règne de Charles le Chauve, 127). Les premiers sont dispensés de droit, les autres le sont par Vindulgentia du monarque. Deux évêques figuraient parmi les prisonniers faits le 14 juin précédent, lors de la victoire remportée par Pépin sur l'armée royale. L'épiscopat était las de ces expéditions.
2. Lupi ep. 24 : « postquam vobis auxiliantibus impetrata licentia ab expeditione Aquitanica gravatus infirmitate redii » (p. 31).