Cf. p. 473 et
6. On a vu plus haut (p. 473), qu'à Saint-Germain-des-Prés, au temps où fut rédigé le polyptyque, à la fin du règne de Charlemagne, cette redevance était due par les manses ingénuiles et lidiles, à l'exclusion des manses serviles. Le polyptyque de Saint-Bertin signale plusieurs fois (Folquin, II, 25, éd. Guérard, 101 ; 27, p. 102 ; 29, p. 103 ; 30, 31, p. 104 ; 34, p. 106), l'acquittement d'un droit ad hostem. Peut-être, n'est-il réclamé que des ingenui, dont mention est faite dans la phrase précédente. Peut-être aussi, la redevance est-elle acquittée déjà par tous les manants, servi et
l'« hostilitium » 495
Vraisemblablement à l'origine, cette charge n'était imposée à la jamilia que lorsque l'église était tenue d'envoyer son contingent r. La fréquence des convocations a contribué à donner aux redevances ad hostem un caractère régulier, à en faire une coutume annuelle. Elle constitue pour les hommes du domaine une sorte d'abonnement, un rachat fixe des charges militaires. A l'église d'en supporter le poids variable, d'équilibrer, si elle le peut, bon an mal an, ses dépenses et ses recettes. Ces redevances ne suffisaient pas à couvrir les frais ; les moines de Ferrières et les hommes libres du monastère devaient, on l'a vu, consacrer à cette charge d'autres revenus ordinaires, parfois même épuiser toutes leurs ressources. L'église étaitelle dispensée de ses obligations militaires, les tenanciers continuaient vraisemblablement de payer Y hostilitium, devenu une redevance coutumière. La charge disparue engendrait un profit. Quand une mense est établie en faveur de la communauté des moines ou chanoines, on stipule que le prélat ne pourra prélever aucun hostilitium sur les terres affectées à la mensa 2 ; il devra satisfaire à ses charges militaires avec le reste de Yabbatia, se contenter de Y hostilitium payé par la jamilia des domaines laissés à sa jouissance. Néanmoins, les hommes vivant sur les terres assignées aux besoins de la communauté acquittent cette redevance au profit des moines ou des chanoines 3.
Souvent, les tenanciers sont astreints à fournir pour l'ost des bœufs, des chars, ou bien le bois nécessaire à la construction des chariots. C'est cette contribution qui est le plus souvent désignée sous le terme à' hostilitium4'. La redevance qui met
ingenui. En tous cas, à Saint- Rémi de Reims, vers la fin du IXe siècle, les manses serviles sont frappés de ce droit, comme les autres (Guérard, Préf . au Polypt. de Saint- Remi, XVII).
i. On a vu (p. 473, n. 5), que sous Charlemagne, les tenanciers de l'église d'Augsbourg paient la redevance ad hostem quand ils ne se rendent pas à l'ost.
2. Dipl. de Louis le Pieux du 2 avril 830 pour Saint-Riquier : « aut paratas, aut lidimonium, aut hostilicium, aut alias quaslitet redhibitiones exigere aut exactaie praesumat » (Hariulf, Chron. Centul., III, 2, éd. F. Lot, 85). Cette clause dans les diplômes de Charles le Chauve (16 mai, 24 nov. 844, 7, p. 108 et ni) n'est plus à l'adresse de l'abbé, mais prend une portée générale : « nulli unquam liceat ».
3. Les homines fratrum, dans les domaines attribués par Francon I et Aldric au chapitre de l'église du Mans, payaient hostilense et carnaticum (Gcsla Aldr., éd. Charles, p. 162-3). Les hommes des domaines attribués à la communauté de Lobbes (ad opus fratrum), d'après la Descriptio villarum de 866, ont aussi des charges militaires (Bull. comm. roy. d'hist., LXXVIII, 1909, p. 249 et suiv.) ; de même un certain nombre au moins des domaines attribués par Adalard aux moines de Saint- Bertin (Folquin, II, 15, p. 97).
4. Dipl. faux du 23 avril 802 et du 31 déc. 832 pour l'église du Mans : « excepto hostilense, id est de bobus et conjectoadcarros construendos » (Actus pont. Cencm., 21, p. 286 ; Gesta Aldrici, 43). Vers 810, des hommes de l'évêché d'Augsbourg
496 « CARNATICUiW, HERBATICUM»
à la disposition du maître des moyens de transport, voitures ou bœufs, est remplacée pour certains tenanciers plus pauvres par le carnaticum 1, qui consiste en une livraison de viande ou d'autres approvisionnements 2. Il y a quelquefois alternance entre ces contributions. La première année, le tenancier acquitte l'hostilitium, la seconde année un droit réduit, le carnaticum. Quelquefois, une troisième année, la redevance est amoindrie encore ; elle prend parfois en ce cas le nom d'herbaticum 3. Dans d'autres cas, carnaticum, herbaticum sont
doivent fournir à deux pour l'os t un bœuf quand ils ne vont pas à la guerre (plus haut , p. 473, n. 5). A Saint-Germain des Près, la quotepart d'un tenancier est d'un bœuf (Polypt. Irminonis, II, 2, p. 6), d'un demi bœuf (IX, 9, p. 77 ; XVIII, 3, p. 197 ; XIX, 8, p. 200 ; XXII, 4, p. 228 ; XXV, 3, p. 271), d'un tiers de bœuf iXXI, 4, p. 214). Le fisc de Jouy produit 4 chars ou 20 bœufs (I, 42, p. 5) ; celui de Palaiseau 6 chars (c, p. 23) ; Celle-les-Bordes fournit 1 char ou 6 bœufs (III, 62, p. 52). La descriptio des villas attribuées par l'abbé Adalard, vers le milieu du IXe siècle, aux usages des moines de Saint-Bertin, signale pour plusieurs domaines une redevance due soit par les ingenui seulement, soit par tous « Ad host carrum dimidium « (Folquin, II, 25, p. 101 ; 29, p. 103 ; 30, p. 104 ; 32, p. 105) ; « ad host carros II » (27, p. 102). A Saint-Maur des Fossés, les hommes rachètent (hairbannum) pour 20 sous les deux bœufs qu'ils doivent (Append. au Polypt. Irtn., 6, p. 284). Dans un autre domaine, chacun paie « de hostileso, id est pro bove » 5 sous (9, p. 285). D'après le polyptyque de Prum, dont le fonds ancien date de 893, tel tenancier doit en hostilicium 1 char et 4 bœufs de la mi mai à la mi août (i,Beyer, 135, 1,146), un autre 2 bœufs qui seront relayés chaque semaine (6, p. 148), un autre 2 bœufs et la moitié d'un char, tandis qu'au même domaine, 3 hommes doivent 2 bœufs et un char (8, p. 149). D'autres doivent un bœuf (25, p. 158) ou se mettent à plusieurs pour le fournir (10, p. 150 ; 23, p. 153 ; 57, P- 176 ; 104, p. 192). Les 14 manses d'un domaine sont exempts du bos hostilicius (16, p. 152).
1. Dans le fisc, que Saint-Germain possède à Secqueval, un certain nombre de manses ingenuiles sont dits exempts de l'hostilitium : « De is qui tenent mansos ingenuiles et non solvunt hostilicium sed carnaticum » (p. 236) ; dispensés de donner des bœufs ou de les racheter, ils acquittent néanmoins ad hostem un carnaticum en moutons : « solvit ad hostem multones II » (XXII, 70, p. 236). A Villemeux : « si habuerint unde, solvunt ad hostem dimidium bovem ; si vero non habuerint unde possint ipsum dimidium bovem solvere, solvunt multones IIII » (9, P- 77). Dans un même domaine, les uns sont tenus habituellement à l'hostilitium, d'autres au carnaticum. A Combs la ville, les uns paient 4 sous ad hostem (XVI, 3, p. 179 ; 22, 182), d'autres 2 moutons (37, p. 183 ; 52, p. 185). Aussi la récapitulation signale une redevance ad hostem de 2 chars, ou 8 bœufs, ou 3 livres et 4 sous et un carnaticum de 1 livre, 14 sous (93, p. 189).
2. Cf. Prolégom., 670. Le plus souvent, sur les terres de Saint-Germain, la redevance est acquittée en viande, moutons (n. préc), génisses (XVII, 49, p. 196), porcs (XX, 3, p. 208) ; elle l'est en vin par un tenancier du domaine de Nogent (VIII, 3, p. 70) et dans un bénéfice (15, p. 282). Les tenanciers d'un domaine de Prum l'acquittent en seigle (Beyer, 135, XLVII, p. 172-3). La redevance ad hostem paraît être parfois convertie en corvée de labour : « in hostilicium aut très bove s mittunt aut unusquisque jugeram I facit ».
3. Quelquefois l'hostilitium, la fourniture des bœufs de charroi et le carnaticum, la fourniture des bêtes à viande se succèdent par alternance et la redevance de la 2e année, le carnaticum, est moitié moindre de la première. Gagny rapporte in hostilicio, une année, 4 livres et 10 sous et l'année suivante, propter carnaticum, 2 livres et 5 sous (IV, 35, p. 37 ; cf. 2, p. 33). A Celle-les-Bordes, des tenanciers paient, une année 2 sous, la suivante 1 (111,2, p. 24). Souvent, il y a triple alternance. Un autre tenancier de Celle acquitte, la 3e année, un porc valant un sou (37, p. 29). Un tenancier de Secqueval acquitte, une année un demi bœuf, la seconde année 2 moutons ;