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La "Minerve", 16 mars

accompagnant cette ordonnance réparatrice (Remédiai Otder) avertit que, en cas d'insoumission de la législature manitobaine, le gouvernement d'Ottawa proposerait au Parlement fédéral une législation spéciale. En même temps, la Chambre des communes et le Sénat étaient convoqués pour le 1 8 avril.

On allait juger les répercussions de ce geste dans une bataille électorale.

Déjà une élection mouvementée venait de se tenir, mais sur le terrain provincial.

La nouvelle friction entre les deux races, provoquée par la question scolaire manitobaine, aggravait le mécontentement des Anglais contre le cabinet Taillon dans lequel ils n'étaient plus représentés. Hall et plusieurs députés anglais, naguère partisans de la politique provinciale sous la seule réserve de l'emprunt français, tendaient à généraliser leur opposition. Ils insistaient, en groupe, pour être représentés dans le ministère, et se dérobaient, individuellement, aux offres de portefeuille. Le 4 février, dix-sept hommes d'affaires parmi les plus importants de Montréal : directeurs ou gérants de banques, de compagnies d'assurances et d'établissements industriels, prièrent Taillon de nommer un trésorier, qui soit un Montréalais de langue anglaise. Puis on apprit que le premier ministre offrait un portefeuille à un député des cantons de l'Est, M.- F. Hackett.

Le choix n'était pas maladroit, au point de vue tactique. Hackett, excellent tribun, formait équipe, à la Législative, avec le député montréalais Alexander-Webb Morris. Dès le retour des conservateurs au pouvoir, en 1892, Morris et Hackett avaient esquissé une dissidence, en demandant l'abolition du Conseil législatif. Taillon s'était dépensé, avec succès, pour empêcher cette dissidence de tourner à la coalition avec les libéraux. ' En prenant Hac-

kctt dans le ministère, Taillon supprimait une menace. Mais Hackctt était irlandais et catholique. Le 18 février, les députés Hall, Cooke, England. Simpson, Spencer et Morris protestèrent à l'avance et par écrit, réclamant les deux portefeuilles de Hall et de Mcintosh pour des Anglais protestants. Mais Morris se ravisa, et retira sa signature en disant qu'il n'entretenait pas de préjugé religieux. Il paraissait donc plus conciliant. A vrai dire, il ne voulait pas rompre sa collaboration avec Hackett. Celui-ci approcha son ami et le décida. A la fin de février, Taillon put faire entrer dans son gouvernement : A.-W. Morris (Montréal-St-Laurent) comme ministre sans portefeuille, et M.-F. Hackett (Stanstead) comme président du Conseil exécutif. Parmi la députation anglaise, les nouveaux ministres furent traités en lâcheurs, en transfuges. '

Quand Hackett, par suite de son entrée dans le ministère, dut se représenter devant ses électeurs. Hall et Cooke se joignirent à l'opposition pour le combattre. Cooke se justifia ainsi :

"J'ai été élu comme partisan du gouvernement actuel, sur sa promesse de réduire les dépenses publiques, de ne pas contracter de nouvel emprunt, de ne pas imposer de taxes nouvelles, d'éviter toute transaction véreuse.

"Le gouvernement Taillon ayant violé toutes ces promesses, je me considère délié de mon allcgeavce."

Quatre autres députés anglais : England (Brome) James King (Mégantic), Simpson (Argenteuil) et Spencer (Missisquoi) , sans participer à la campagne, approuvèrent publiquement Hall et Cooke. Le Stat les appuya.

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