Histoire de la province de Québec
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Bourassa précise et répand sa doctrine — Calmes débuts du ministère Parent — Israël Tarte et le développement du port de Montréal — Visite du duc d'York (futur George V) — Bourassa et la jeunesse canadienne-française.
A Londres, Edouard VII succédait à sa mère, ce qui n'entraînait pas de répercussions majeures au Canada.
A Québec comme à Ottawa, les libéraux contemplaient la perspective d'une longue série de jours heureux, avec une opposition réduite en nombre dans la capitale provinciale, appauvrie en chefs dans la capitale fédérale.
La session fédérale s'ouvrit le 6 février 1901. D'après la coutume de l'alternance d'un Anglais avec un Français, le siège présidentiel, aux Communes, revenait à un Français. Ce fut Louis- Philippe Brodeur, député de Rouville. Non pas un foudre d'éloquence, mais un orateur agréable, ami de Laurier, possédant du jugement, de la prudence et de la distinction. Les conservateurs se choisirent un chef. Sur les conseils du vieux Tupper, ils préférèrent R.-L. Borden, de Halifax, à Clarke Wallace, plus brillant mais trop fanatique. Pour se con-
cilier la province de Québec, ils désignèrent un premier lieutenant du chef de l'opposition parmi les députés de cette province. Bergeron privé de mandat, les "bleus" pouvaient hésiter entre Tom- Chase Casgrain et Frederick -Debartzch Monk. Deux tempéraments opposés. Casgrain, membre des cabinets de Boucherville et Taillon. avait failli devenir premier ministre à Québec ; mais les aspérités de son caractère éloigneraient des concours ; de lui-même, il proposa Monk. Fiis d'un Anglais et d'une Canadienne française, mari d'une Canadienne française, professeur à l'Université Laval de Montréal, Monk pouvait fusionner, incarner les deux races en une seule personne. C'était un grand blond au front fuyant, légèrement voûté, paraissant un peu plus que ses quarante-cinq ans. On lui reconnaissait du talent, et surtout de la dignité.
Le nouvel élu de Bonaventure, Charles Mardi, appuya l'adresse. Charles Marcil — "Charlie" pour ses électeurs — - est un gaillard bien planté, parlant les deux langues, qui restera député de Bonaventure pendant trente-huit ans sans interruption et deviendra le doyen de la Chambre. En Gaspésie, pendant sa campagne, il a souvent invoqué le ''grand disparu" Honoré Mercier. Aux Communes, il prononce des phrases éloquentes et très applaudies sur la concorde, l'union des races — désormais assurées.
Cet optimisme officiel n'endort pas Bourassa. Le député de Labelle demande si, depuis le mois de juin dernier, le gouvernement canadien et le gouvernement anglais ont procédé à des échanges de vues sur la question sud-africaine. Le gouvernement canadien, répond Laurier, n'a pas été consulté et n'a pas donné d'opinion.
L'interpellation de Bourassa implique son in-
dépendance politique, au moins sur les questions qui lui tiennent à cœur. Et ce n'est pas une manifestation platonique, car il revient à la charge. Le gouvernement impérial recrute au Canada des jeunes hommes pour la fameuse gendarmerie de Baden- Powell, qui doit pacifier par la manière forte le Transvaaï à peu près conquis. Bourassa demande :
1. Est-il vrai que certains officiers canadiens s'occupent ou vont s'occuper de lever des recrues pour la police de Baden-Powell ?