‹ Histoire de la province de Québec (volume 5)Chapitre 2 sur 17 · Non · texte numérisé non relu

Non

U- On ne le sait pas encore ; un officier en service a droit à la solde attachée à son grade.

De simples escarmouches, et sur la scène fédérale. Mais elles traduisaient et entretenaient l'état d'esprit anti-impérialiste de la population de Québec. A ce titre, elles nous intéressent fort. Les jeunes intellectuels canadiens-français : les anciens rédacteurs des Débats, les étudiants de Laval, et même les jeunes philosophes des collèges, admiraient Bourassa, se passaient le texte de ses interpellations et de ses discours.

L'ancien ministre Costigan, député du Nouveau- Brunswick, demanda la suppression des passages anticatholiques contenus dans le serment traditionnel prononcé par le roi d'Angleterre à son avènement. Bourassa l'appuya dans un beau et solide

discours. Le Roi, dit-il, couronne l'édifice constitutionnel, non seulement de l'Angleterre, mais du Canada. Il fait partie de notre constitution, de notre système exécutif, comme la Chambre et le Sénat. Il est donc normal que nous demandions la suppression, dans le serment royal, d'un passage injurieux pour nos sentiments les plus chers. D'ailleurs, le Roi ne prend sûrement aucun plaisir à prononcer, le jour de son avènement, des paroles blessantes pour un grand nombre de ses loyaux sujets.

Clarke Wallace répliqua : le Parlement impérial a seul qualité pour traiter une pareille question. Le Stac de Montréal approuva le député ontarien. Mais la Presse de le réfuter : Si les choses impériales ne nous regardent pas, pourquoi avons-nous envoyé des soldats en Afrique ? Est-ce que, par hasard, les catholiques et les coloniaux "ne sont bons qu'à se faire tuer pour la défense du royaume, sans avoir, en même temps, le droit de demander justice ?"

Le député de Labelle poursuivit sa guérilla. Il déposa une importante motion, appuyée par Charles Angers :

"Tout en affirmant sans réserve le principe fondamental de l'autonomie canadienne, et en refusant de reconnaître que l'intervention du Canada dans l'Afrique australe ait pu lier ce pays à une participation future dans les guerres et la politique de la Grande- Bretagne ;

"Cette Chambre croit que la contribution du Canada en secours effectifs et en deniers publics à la guerre sud-africaine donne au peuple canadien le droit d'exprimer une opinion sur la question en conflit.

"... Cette Chambre exprime donc l'espoir et le désir que le gouvernement de Sa Majesté s'efforcera de conclure dans l'Afrique du Sud une paix honorable, assise sur la loi des nations, qui garantit l'indépen-

dance à tous les peuples civilisés, et sur les vraies traditions britanniques, gui respectent toutes les convictions nationales et religieuses et le principe de l'autonomie coloniale.

"Cette Chambre déclare de plus qu'il n'est pas nécessaire d'envoyer de nouvelles troupes canadiennes dans l'Afrique australe et que l'enrôlement de recrues pour le corps de gendarmerie sud-africaine ne devrait pas être permis au Canada."

Indiquer à l'Angleterre le genre de paix qu'elle devait accorder aux Boers, voilà qui parut trop audacieux aux esprits modérés, aux citoyens "loyaux" — à ceux, disait dédaigneusement Bourassa, chez qui subsiste une trace d'esprit colonial. La majorité anglo-canadienne ressentirait comme une bravade cette sommation à l'Angleterre. La Presse recula, blâmant Bourassa, appelant son intervention "une suprême inconvenance" :

"L'avis de motion donné à la Chambre des communes par M. Henri Bourassa n'a pas besoin de commentaires. Une démarche aussi intempestive comporte une telle absence de tact que les mieux disposés en sa faveur déplorent cette erreur de jugement. On peut nourrir des sympathies pour les Boers sans être justifiable de recourir à une manifestation qui, par la manière dont elle est présentée, devient particulièrement odieuse à nos compatriotes anglais et nuisible au bon renom des Canadiens français, si jaloux de passer pour loyaux, sages et modérés en tout. Quand on sait jusqu'à guel point la majorité est devenue sensitive à ce sujet, notre devoir est de nous rappeler gue nous nous devons des égards entre races, entre compagnons d'armes comme entre particuliers.

"M. Bourassa sait gu'il donne un coup d'épée dans l'eau, puisque le gouvernement anglais a déclaré officiellement, en pleine Chambre, gu'il n'accordera pas l'indépendance aux Boers. Le sachant, il n'a pas le droit, pour son simple amusement ou l'amour de la gloriole, de jeter un trouble profond dans nos relations sociales, politigues et nationales." 1

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