‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa (volume 2)Chapitre 10 sur 189 · AUTRE CHANSON · texte numérisé non relu

AUTRE CHANSON

Nous avons saut6 le Long-Saut,

L’avons sautd tout d’un morceau.

Quand un chrdtien se determine

A voyager dans les pays d’en haut,

11 faut qu’il quitte sa famille

Pour aller se faire manger par les brulots.

* Ce mot, d^shonnete.

dans les chansons canadiennes, n’est jamais pris dans un sens

Qu’il nous soit permis de citer ici une page charmante de M. Fabb6 Proulx.

“ Nous avions pris sept heures pour monter le Long-Saut. Nous le descendimes, je crois, en une demi-heure.

“ Notre bateau se lance au milieu des bouillons et est emport^ avec la rapidity de la flfeche ; il fournit une course effrenee. Les mains saisissent fortement la planche du siege, le regard se fixe sur l’abime, les levres sont muettes et le cceur palpite d’emotion. Chaque fois que le bateau, comme pour s’effondrer, descend dans une cave, les Sauvages poussent du fond de leur poitrine un cri de joie sourd, le frisson vous passe par tout le corps. Vous diriez que l’embarcation emportee l’epouvante, va se briser sur un rocher ; d£j k elle n’en est plus qu’fi quelques pieds, mais soudain l’homme d’avant et le timonier l’ont viree bout pour bout, et elle continue sa route, sautant, bondissant, longeant un autre abime, montant et descendant sur le dos des vagues qui l’emportent comme des chevaux au galop. ”

“ Nos guides sont devenus d’autres hommes ; ils ont perdu leur attitude lente et un peu non chalante ; 1’ceil dominateur, la tete haute, la chevelure au vent, Fair inspire, ils sont debout k leur poste. Leur commandement est bref, leurs mouvements sont vifs et saccadfis ; ils se penchent sur la rame, se baissent et se reinvent, et sautent d’un bord F autre du bateau. Puis, quand le pas p6rilleux est pass6, quand l’abime est franchi, il faut voir comme ils se redressent dans leur fiert^, une main sur la rame, le poing sur la hanche, triomphants ; ils sont sublimes. Une fois dans ma vie j’aurais desire etre guide de grand canot, q’aurait £te pour sauter le Long-Saut. ” *

Tel 6tait le voyageur canadien. Il a disparu avec la traite, ou plutot il s’est transform^ ; il est devenu bucheron, homme de chantier. Nous le reverrons sous cette nouvelle forme.

M. Benjamin Suite nous fait rdellement connaitre le role et le caract^re de ce type Strange et unique au monde, et qu’il est bon de buriner avant qu’il ne s’efface.

* Voyage k l'Abbitibi, ou visite pastorale de Mgr Duhamel dans le haut de l’Ottawa, par J.-B. Proulx, pretre.

“ Qui dit voyageur, dit nomade. Le jeune homme quitte sa famille dans une paroisse du Bas-Canada, s’enfonce dans la foret, reparait un instant chaque annee, amasse ou n’amasse pas d’argent pour sTtablir ; mais il finit par retourner se marier et vivre dans le voisinage du clocher natal. Tel est notre voyageur. Rien en lui ne ressemble au type de l’aventurier. S’il s’absente, s’il court le monde, s’il endure follement miseres et fatigue, il n’en reste pas moins attache k la patrie, la patrie dans le sens du mot ancien : le village, la paroisse oil resident ses affections d’enfance. Nous avons tous nu nous avons tous eu des voyageurs dans nos families. La race canadienne vagabonde estrangement, dit-on, et semble eparpiller ses forces au lieu de les concentrer. Erreur. Tout ce mouvement part et revient au sol primitif. Et alors meme qu’un voyageur se lance dans les expeditions les plus lointaines, on le voit conserver sa marque distinctive. Il ne revient pas toujours k la “ maison ”, celui-14 ; les glaces de la baie d’Hudson le connaissent, les plaines de l’ouest sont ses domaines, la rdgion pastorale des nouveanx Etats americains l’a vu arriver le premier. Mais qu’importe? Il est toujours ce qu’il etait ; bon sang ne peut mentir. Ces voyageurs, perdus pour nous, croit-on, parce qu’ils ne sont point revenus, fondent des colonies, de grandes villes meme, et, en tout cas, ils ont portd jusqu’aux confins du monde habite, ce sentiment franpais, cette langue imp^rissable, cette gaiete de tous les instants, cette vigueur de muscles, cette connaissance et ce mepris du danger que la civilisation s’^tonne d’apercevoir k son avant-garde. Le voyageur, e’est l’416ment le plus manifeste de notre destin^e en Amerique. Encore une fois il n’a rien de l’aventurier ; il ne marche pas comme ce dernier, pour faire le tour de la terre, en enfant perdu, et laisser ses os quelque part, sans avoir rien accompli de durable ; non ! il essaie ses ailes, parcourt ses “ territoires ”, donne de Fair k ses poumons, mange une ration suffisante de vache enrag^e “ ce qui ambliore toujours 1’homme bien intentionn£ ; ” puis se fixe, tantot prbs de la terre paternelle, e’est le plus grand nombre, tantot sur un site plus lointain qui l’a sdduit et auquel il ne demande pas une vie de paresse, soyez-en certains. Tous les voyageurs dtablis sont actifs.

Ils ont connu la vie, et ils savent comment s’y prendre quand il s’agit de se faire respecter. *

Void le fameux chant des voyageurs de Thomas Moore, ou il est parR de l’Ottawa, riviere dont le poete n’a vu, d’ailleurs, que l’emboucoure en 1813.

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