WRITTEN ON THE RIVER ST. LAWRENCE
Faintly as tolls the turning chimes
Our voices keep tunes and our oars keep time.
Soon as the woods on shore look dim We’ll sing at St. Ann’s our parting hymn.
Row, brothers, row, the stream runs fast,
The Rapids are near, and the day light’s past !
Why should we get our sail unfurl !
There is not a breath the blue wave to curl !
But when the wind blows off the shore,
Oh ! sweetly we’ll rest on our weary oar.
Blow, breezes, blow, the stream runs fast,
The Rapids are near and the daylight’s past !
Utawas’ tide, this trembling moon Shall see us float over thy surge soon,
Saint of this green Isle ! hear our prayers,
Oh ! grant us cool heavens and favouring airs.
Blow, breeze, blow, the stream runs fast,
The Rapids are near, and the daylight’s past !
Nous ne terminerons pas ce chapitre sans offrir 4 nos lecteurs un regal littdraire qui les ddassera des aridities de l’histoire. C’est la Rgende de Cadieux, due 4 la plume du docteur Tachd dont les lettres pleurent encore la perte. f
* Benj. Suite. CEuvres diverses.
f Forestiers et Voyageurs , par le docteur Tachd.
“ En remontant la grande riviere des Outaouais, on ne manque pas de s’arreter au “ Petit-Rocher de la haute montagne ” qui est au milieu du portage de cette chute, en bas de 1’ile du “ Grand-Calumet” : c’est lh qu’est la fosse de Cadieux, dont tout le monde a entendu parler.
Chaque fois que les canots de la compagnie passent au Petit- Rocher, un vieux voyageur raconte aux jeunes gens l’histoire de Cadieux ; les anciens voyageurs qui Font dej& entendu raconter aiment k l’entendre quand ils ne la redisent pas eux-memes. Cette fois-lh, ce fut le vieux Morache, un ancien guide, qui nous deroula le r6cit des aventures de Cadieux.
Cadieux etait un voyageur interpr&te marie k une Algonquine ; il passait d’ordinaire l’hiver k la chasse, et, Fete, il traitait avec les sauvages, pour le compte des marchands. C’etait au temps des dernieres expeditions des Iroquois : Cadieux avait passe la saison de chasse au portage des Sept-Chutes oh il etait cabane avec quelques autres families : on 6tait alors au mois de mai, et Cadieux attendait des sauvages de File et des “ Courte-Oreille (Outaouais), qui devaient descendre en meme temps que lui jusqu’h Montreal avec des pelleteries.
La plus grande tranquillite rdgnait dans les cabanes du Petit Rocher, lorsqu’un beau jour un jeune sauvage, qui etait alie roder autour des rapides et en bas du portage, arriva tout essouffld au milieu des families dispersees autour des cabanes, en criant : Nattaoue ! Nattaoue ! les Iroquois ! les Iroquois !
En effet un parti de guerre iroquois etait, en ce moment, k environ une lieue en bas du portage des Sept-Chutes : ils savaient que c’etait le temps oil les canots descendaient la Grande-Riviere venant des pays de chasse, et ils voulaient “ faire coup
Il n’y avait qu’un seul moyen d’echapper, c’etait de tenter de sauter les rapides, chose k peu pres inoui'e ; car, comme le disait le vieux Morache, “ ils ne sont pas drus les canots qui sautent les Sept-Chutes.”
Mais ce n’etait pas tout cependant, il fallait encore que quelqu’un restdt sur place pour operer une diversion, attirer les Iro-
quois dans le bois et les empecher ainsi, une fois engages dans le portage, de porter leur attention sur les rapides et de connaitre ce qui 6tait arrivtL Pour qui sait ce que c’etait que les Iroquois dans ce temps 14, il sera facile de comprendre que sans un pared stratag&me, l’examen des traces toute fraiches laissdes par les feuilles les eut fait de suite partagd en deux bandes dont l’une eut remontfi et l’autre descendu la riviere, 4 la poursuite des fugitifs-
Cadieux comme le plus capable et le plus entendu de tous, se chargea de la perilleuse mais gfinereuse mission, prenant avec lu} un jeune Algonquin dans le courage et la fidelity duquel il avait une grande confiance. Leur but atteint, Cadieux et son compagnon se proposaient de prendre le chemin le plus sur pour rejoindre leurs gens, qui devaient envoyer 4 leur rencontre en cas d’un trop long retard.
On leva les cabanes : une fois les preparatifs faits, Cadieux et son jeune compagnon, armes de leurs fusils, haches et couteaux, munis de quelques provisions, partirent pour aller au-devant des Iroquois. Il etait convenu que les canots laisseraient le couvert de la rive pour se lancer dans les rapides, des qu’on aurait entendu le rapport d un ou de plusieurs coups de fusils dans la direction du portage.
Une heure ne s’^tait pas 4coulee qu’un coup de fusil retentit, suivi bientot d’un autre, puis de plusieurs. Pendant cette lutte, au bruit des detonations, les canots engages dans les terribles courants, bondissaient au milieu des bouillons et de l’ecume, plongeaient et se relevaient sur la crete des vagues qui les emportaient dans leur course. Les habiles canotiers, hommes et femmes, aux deux bouts de chaque canot, regularisaient leurs mouvements, 6vitaient les pointes acfir^es des rochers, et tenaient avec leurs avirons ces freles canots d’^corce dans les “filets d’eau propices,” indiqu^s par l’fitat de la surface des ondes et la forme du courant.
On s’fitait recommand^ en partant 4 la bonne Sainte-Anne, et on priait de cceur tout le temps. — “ Je n’ai rien vu dans les Sept- Chutes, disait ensuite la femme de Cadieux, qui 6tait une pieuse
femme, je n’ai rien vu qu’une “grande dame blanche” qui voltigeait devant les canots et nous montrait la route ! ”
Les canots furent sauv^s, et rendus en peu de jours hors d’atteinte des ennemis au lac des Deux-Montagnes. Mais que faisait Cadieux et son sauvage pendant tout ce temps, et que devinrent-ils ? Voici ce qui s’etait passd, comme on l’a su plus tard de quelques Iroquois et des gens envoyes au-devant du brave interprete.
Cadieux avait d’abord laissd les Iroquois s’engager dans le portage. Apr£s avoir choisi l’endroit le plus favorable pour les tenir hors de la vue de la riviere, il s’etait placd en embuscade k petite portee du sentier, bien cache dans d’dpaisses broussailles : il avait de meme embusque son sauvage k quelques arpents plus haut pour faire croire & la presence de plusieurs partis, une fois l’affaire engagee.
Cadieux laissa passer les dclaireurs Iroquois, qui furetaient de l’ceil les bords du sentier, et les premiers guerriers porteurs des canots, jusqu’d ce que les ennemis ayant atteint l’endroit occupe par le jeune Algonquin, il entendit le coup de celui-ci et le cri d’un ennemi atteint.
Les Iroquois ainsi subitement attaqu^s, bondirent de surprise et firent halte k l’instant ; mais avant meme que les porteurs ne se fussent delivres de leurs charges, un second coup de fusil, tire par Cadieux au milieu du convoi, abattit un second guerrier. Il est probable que Cadieux avait donnd rendez-vous k son sauvage dans une savane peu eloignee du portage ; car c est vers cet endroit que tous les deux se dirig&rent, en faisant avec succds le coup de feu k l’abri des taillis.
Les avantages avec lesquels les deux braves faisaient la guerre k leurs nombreux ennemis, n’empSchdrent pas cependant le jeune Algonquiu de tomber sous leurs coups. Il ne rejoignit pas Cadieux au lieu du rendez-vous, mais il vendit cherement sa vie.
Pendant trois jours les Iroquois battirent la foret pour retrouver les traces des families, ne s’imaginant pas meme qu elles eussent entrepris la descente des rapides ; pendant trois joins
aussi ils traqu^rent le brave voyageur dans le bois. Trois jours et trois nuits qui furent sans sommeil et sans repos pour le brave Cadieux ! Au bout de ce temps les envahisseurs, ddsesp^rant de rejoindre les families et de se rendre maitres de leur imprenable adversaire, convaincus du reste qu’ils etaient frustr^s du fruit de leur expedition remirent leurs canots 4 l’eau pour redescendre la Grande-Riviere.
Plusieurs jours s’^taient dcoules depuis le depart des families du Petit-Rocher ; on avait eu connaissance du retour des Iroquois, et Cadieux n’6tait pas encore arrive : trois hommes partirent done pour aller 4 la rencontre de l’interprete et de son compagnon. Ces trois voyageurs remonterent l’Outaouais jusqu’au Portage-du- Fort sans trouver de traces de quoi que ce fut ; 14 ils commenqerent 4 observer les marques du passages des Iroquois, et plus haut des signes qu’ils reconnurent comme indiquant que leur ami avait sejourne dans le voisinage.
Quand, arrives au portage des Sept-Chutes, ils trouverent un petit abri construit de branches qui paraissait avoir £t£ abandonne, ils resolurent de pousser un peu plus loin dans leurs recherches, pensant que Cadieux et son camarade avaient peut-etre ete obliges de remonter la riviere, pour prendre refuge chez les sauvages de Pile.
Deux jours plus tard, e’etait le treizieme depuis la separation de Cadieux et des families, ils revinrent sur leurs pas apres avoir consulte les sauvages qu’ils rencontrerent, certains que leurs deux amis devaient etre rendus au lac des Deux-Montagnes ou morts.
En repassant de nouveau pres du Petit-Rocher, ils aperqurent de loin, sur le bord du sentier du portage, 4 cote de la petite loge qu’ils avaient crue abandonnee quelques jours auparavant, une croix de bois dont ils s’approcherent avec un respect meie d’un etonnement etrange.
La croix etait plantee 4 la tete d’une fosse 4 peine creusee dans le sol, et dans cette fosse gisait le corps encore frais de Cadieux, 4 demi enseveli dans des branches vertes. Les mains du mort etaient jointes sur sa poitrine, sur laquelle reposait un large feuillet d’ecorce de bouleau couvert d’ecriture.
Les voyageurs prirent cette 6corce qui devait leur r^v^ler le myst&re de la mort de leur ami, et leur en expliquer les circonstances extraordinaires ; celui d’entre eux qui savait lire lut les ecritures confi6s 4 ce papier des bois et les relut plusieurs lois, en face du cadavre & peine refroidi du brave Cadieux.
De tout ce qu’ils voyaient et de ce qui £tait 6crit sur cette 6corce, les voyageurs conclurent que le pauvre Cadieux, le cerveau £puis6 par la fatigue, les veilles, l’inqui6tude et les privations, avait fini, comme c’est presque toujours le cas dans ces circonstances, par errer k l’aventure jusqu’i ce qu’il fut revenu k l’endroit meme d’ou il dtait parti ; qu’une fois 1 k, il avait v6cu “sans dessein,” suivant l’expression du vieux Morache, pendant quelques jours, se nourrissant de fruits et d’un peu de chasse, sans faire de feu dans sa petite loge de crainte des Iroquois, allant s’affaiblissant de jour en jour ; il les avait reconnus apr£s examen, mais que l’emotion de la joie avait produit en lui un choc tel qu’il dtait rest6 sans parole sans mouvement ; qu’aprfes leur depart, enfin, ayant perdu tout espoir, se sentant prfes de mourir et retrouvant un peu de force dans ces moments solennels, il avait, aprfes avoir ecrits ces derniers adieux au monde des vivants, fait les pr^paratifs de sa sepulture, mis la croix sur sa tombe, s’6tait placti dans sa fosse et avait amonceld de son mieux, sur lui, ces branches dont son corps etait recouvert, pour attendre ainsi, dans sa priere, la mort qu’il comprenait ne devoir point retarder k venir.
Cadieux 6tait voyageur, po£te et guerrier ; ce qu’il avait dcrit, sur l’^corce dont il est parle, dtait son “chant de mort.” Avant de se coucher dans cette froide tombe du portage des Sept-Chutes, l’imagination de celui qui avait tant v6cu avec la nature s’6tait exaltee, et comme il avait l’habitude de composer des chansons de voyageurs, il avait dcrit sur ce feuillet de bois son dernier chant. . .
Voici cette “Complainte de Cadieux,” 6crite par lui-meme sur de l’dcorce, au Petit-Rocher des Sept-Chutes, avant de se placer dans la fosse creus6e de ses mains : —
Petit-Rocher de la Haute-Montagne,
Je viens ici finir cette campagne !
Ah ! doux 6chos, entendez mes soupirs,
En languissants, je vais bientot mourir !
go
Petits oiseaux, vos douces harmonies,
Quant vous chantez, me rattachent 4 la vie : Ah ! si j’avais des ailes commes vous,
Je s’rais heureux avant qu’il fut deux jours !
Seul dans ces bois, que j’ai eu de soucis, Pensant toujours 4 mes si chers amis ;
Je demandais : hdlas ! sont-ils noy^s ?
Les Iroquois les auraient-ils tuds ?
Un de ces jours que m’btant dloignd,
En revenant je vis une fumee ;
Je me suis dit : ah ! Grand Dieu ! qu’est ceci ? Les Iroquois m’ont-ils pris mon logis ?
Je me suis mis un peu 4 l’ambassade,
Afin de voir si c’^tait embuscade ;
Alors je vis trois visages frangais.
M’ont mis le cceur d’une trop grande joie !
Mes genoux plient, ma faible voix s’arrete,
Je tombe. . . .hdlas ! 4 partir ils s’appretent : Je reste seul. . . .pas un qui me console,
Quand la mort vient par un si grand desole !
Un loup hurlant vient pr4s de ma cabane,
Voir si mon feu n’avait plus de boucane !
Je lui ai dit : Retire-toi d’ici ;
Car par ma foi, je perc’rai ton habit !
Un noir corbeau volant 4 l’aventure,
Vient se percher tout pr4s de ma toiture ;
Je lui ai dit ; mangeur de chair humaine, Va-t-en chercher autre viande que mienne.
Va-t-en 14-bas dans ces bois et marais,
Tu trouveras plusieurs corps iroquois ;
Tu trouveras des chairs aussi des os ;
Va-t-en plus loin, laisse-moi en repos !
Rossig-nolet, va dire k ma maitresse,
A mes enfants, qu’un adieu je leur laisse,
Que j’ai garde mon amour et ma foi,
Et desormais faut renoncer k moi !
C’est done ici que 1’ monde m’abandonne,
Mais j ai recours en vous Sauveur des horn mes ! Tr6s-Sainte Vierge, ah! m’abandonnez pas, Permettez-moi d’ mourir entre vos bras !
Les Canadiens pleurtbrent en lisant sur l’bcorce le chant de mort du brave Cadieux. I Is consoliderent la croix de bois, remplirent la fosse qui contenait les restes de cet homme fort, 61everent un tertre sur cette tombs solitaire, et prierent pour le repos de Fame de leur ami.
L’ecorce sur laquelle etait ecrite la complainte de Cadieux fut apportee au poste du Lac ; les voyageurs adapterent un air appropne k ce chant si caractbristique de la rude vie de chasseur et de guerrier des bois, si etonnant par les id^es et si digne de remarque k cause des circonstances de sa composition.
On prit la coutume d’entretenir une copie de cette complainte, aussi ecrite sur de l’bcorce, attachbe k un arbre voisin de la tombe de Cadieux au portage des Sept-Chutes. La chose se faisait encore de mon temps et c’est dans cet endroit meme que j’ai appris l’histoire de Cadieux, dont les voyageurs sont si hers. La vieille croix de bois a disparu. Un patriote, M. Joseph Bourque, entrepreneur k Hull, qui batit, en 1893, 1 e magnifique Hotel-de-Ville de Bryson, en face de File du Calumet, a voulu dlever a ses frais un monument en marbre blanc h la mbmoire de Cadieux.