‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa (volume 2)Chapitre 101 sur 189 · NATURE DU SOL · texte numérisé non relu

NATURE DU SOL

“ A Buckingham, le sol est gdn^ralement mauvais. Tout le front de la riviere appartient 4 MM. Bigelow et Bowman. Les concessions sont aux habitants. Presque tous les terrains sont pris. Les cantons de Derry et de Portland sont encore inhabits. A Cumberland, la terre est bonne et presque partout concddee. Une savane qui traverse presque tout le canton rend les communications tr4s difficiles. A Lochaber, il y a de bons morceaux et tout n’y est pas concede.

MOYENS DE SUPPORT POUR LE PRJiTRE.

“ Buckingham pourrait, dans les bonnes anndes, soutenir un pretre en comprenant les riverains de la Li4vre. Cumberland n’a rien donne. Je les ai engages 4 fournir 25 louis pour avoir une messe chaque mois. Lochaber pourra faire quelque chose si le projet de batir une chapelle se realise.

“ M. Brady fait chaque ann^e la visite dans les chantiers. Les jeunes gens donneront quelque chose. Les habitants du haut de la riviere aussi. M. Brady a sa famille qui ne lui est point 4 charge, il a lui-meme quelque bien.

“ La majority dans ces regions est catholique. Il s’op^re chaque ann^e trois ou quatre conversions. Les protestants sont en general plus riches que les catholiques, la majority des conseillers et des magistrats sont protestants. Ces protestants sont tol<L rants 4 Buckingham, fanatiques 4 Lochaber. Les canadiens se plaignent un peu de n’avoir pas d’instructions en franqais. Les jeunes gens des chantiers occasionnent des d^sordres. Il n’y a

qu’une 6cole catholique 4 Buckingham et une autre k Cumberland. Le curd va une fois par an sur le haut de la rividre. II avait coutume d’aller k Cumberland et k Lochaber, l’indiffdrence des gens l’a fait discontinuer. Des PP. Molloy et Chevalier m’avaient precede. J’ai grondd les gens de leur negligence.

Nous possddons des documents precieux pour l’histoire de Buckingham, mais comme nous avons l’intention de consacrer un chapitre special 4 l’dtude de la rividre du Lidvre, nous nous rdservons de les utiliser alors. Nous nous contenterons done aujourd’hui de raconter bridvement les evenements rehgieux qui se sont passds dans ce village de 1849 4 1861.

Le bon M. Brady dont nous avons raconte les glorieuses missions en 1838-39-40, n’etait ddj4 plus le meme homme qu’autrefois : boiteux, atteint d’une myopie qui touchait presque 4 la edeitd, brisd avant l’ige, il n’avait plus ni la force ni l’dnergie necessaires pour administrer une paroisse qui s’etendait sur toute la Lidvre, et comprenait Sainte-Malachie, Thurso et presque tout le comtd de Russell, dans le Haut-Canada. Aussi Mgr. Guigues fut-il oblige (15 juillet 1854) de lui donner un vicaire dans la personne de M. Michel, jeune pretre frangais rdeemment ordonnd, et plus tard (ier septembre 1855) de lui enlever Cumberland, pour en faire une mission sdparde dont M. Michel devint premier pretre rdsidant.

De grands abus s’implantaient dans ce village de Buckingham, la jeunesse des chantiers y etait dissolue, et le cure qui demeurait 4 prds d’un mille dans la campagne, etait dans 1’impossibilitd d’y porter remdde. Pour comble de malheur, un incendie ayant ddtruit, en 1849, le presbytdre, M. Brady au lieu de profiter de l’occasion pour venir s’installer dans le village, eut la malencontreuse idde de construire sa maison sur une terre 4 lui, d un mille encore plus dloignee. Les paroissiens mdcontents murmurferent et commencferent 4 faire entendre des recriminations qui ne finirent plus et qui remplirent d’amertumes les derniers jours de M. Brady.

Cependant le besoin de construire une nouvelle eglise devenait chaque jour plus pressant, et Mgr. Guigues, d’accord avec les habitants, exigeait qu’elle fut batie dans le village. D’un autre cotd, l’arpent de terre donne par M. Bigelow dtait bien insuffisant. Heureusement, sur ces entrefaites, M. Newman, executeur des volontds d’une pieuse chretienne, madame Burke, fit don d’un autre terrain plus considerable, ce qui leva toutes les difficultds. Le creu'sement des fondations fut commence en 1855.

Les citoyens de Buckingham, par negligence et par mauvaise volonte, affecterent de se desinteresser de l’entreprise dont tout le poids retomba sur les bpaules peu solides de M. Brady. Celui-ci qui n’entendait rien aux affaires financieres, parvint k dlever, k ses frais, un edifice en bois, vaste, et qui pouvait devenir convenable, une fois termini, mais dans la construction duquel des sommes considerables furent gaspillees, pour ne pas employer d’expressions plus severes. Ce fut une grosse perte pour M. Brady quhne fut jamais remboursd totalement des fonds que son inexperience lui avait fait perdre.

Lorsque, en juillet 1857, Mgr. Guigues vint visiter le nouveau temple, la vue des maux dont souffrait Buckingham le frappa si fort, qu’il exigea la construction immediate d’un presbytere 4 cote de l’eglise, sous peine de retirer le pretre et d’abandonner les habitants.

On obeit sans enthousiasme. La nouvelle batisse avanpa lentement et lorsqu’elle fut terminde (en 1859) l’eveque constata avec chagrin qu’elle ne faisait honneur ni aux pasteurs ni aux fideles.

Dans ces tristes conjectures, les dissensions croissant sans cesse au lieu de s’apaiser, M. Brady crut de son devoir de se retirer du ministere (mars 1862). II fut remplacd par M. Jouvent, curd de Saint-Philippe.

Ce vieillard vdnerable vdcut longtemps encore, et lorsque en 1880, il termina saintement sa carridre, il fut unanimement pleure de ce meme peuple qui l’avait autrefois tant fait souffrir.

SAINT-JEAN l/kVANGELISTE DE THURSO. - (ANCIENNEMENT LOCHABER

Page 1