DU NOM DU CANTON
La paroisse de Saint-Jean l’Evang&iste de Thurso passa longtemps pour un des boulevards du protestantisme dans la province de Quebec, mais grace k Dieu, depuis quelques annfes l’influence des catholiques y grandit et semble destinee k devenir pr^dominante.
La premiere fois que nous ayons eu l’occasion d’entendre parler de Thurso c’est en 1848, k l’occasion de la visite de Mgr. Guigues k Buckingham.
Thurso comptait alors de 30 k 40 families catholiques ; les terres y 6taient bonnes mais les protestants, quoique en minority, r^gnaient en maitres dans tout le pays.
Monseigneur forma done le projet de construire une chapelle dans cette mission. II fallait auparavant s assurer d un lopin de terre assez considerable pour satistaire k tous les besoins futurs d’une paroisse. Dans ce but, il chargea un excellent catholique, M. Galipeau, de communiquer son projet k l’hon. M. Fraser, M.P. qui possfidait de grandes terres 4 Thurso, et de lui demander son concours.
Ce concours ne fit point d<Taut. M. Fraser, aussi habile negociant que catholique gen^reux, s’empressa d’envoyer k Mgr. Guigues, qui se trouvait encore k Buckingham, la lettre suivante :
“(Thurso) Lochaber, 13 octobre 1848.
“ Monseigneur,
“ Lorsque j’eus le plaisir de vous entendre et ensuite le plaisir de vous voir & Terrebonne et ensuite k Sainte-Th6r6se, je ne pensais pas pouvoir un jour vous aidei dans votre dioefese futur. Je me trouve cependant en ce moment plac6 de mani&re k favoriser votre troupeau et 4 vous etre personnellement agreable. Je possfede un lot de terre qui est au centre des catholiques, qui commande une vue avantageuse de la locality et rdunit toutes les qualites n^cessaires pour 4riger une chapelle et y 6tablir un cimeti&re dans un endroitelev^ et sablonneux, tr^s sur. Je viens vous
taire les offres les plus liberales qui solent en mon pouvoir et j’ose me flatter que vous les agrberez.
“ Je donnerai deux arpents de largeur depuis le chemiri du roi, au trait carre, & prendre k un arpent et demi de ma ligne est, ce qui fera prhs de quatre arpents. Et ensuite, deux arpents de largeur sur dix de profondeur & prendre k trois arpents nord du chemin du roi, avec un chemin de 50 pieds pour y communiquer. Ce terrain ne sera pas immediatement vis-^-vis de l’bglise afin de me procurer l’avantage de concfeder des emplacements.
“ Je m’obligerai aussi, Monseigneur, k vous donner 26 louis soit en argent, soit par l’ouvrage de mes dbbiteurs, pour vous aider k batir. Si, plus tard, la Providence me le permet, j’aurai beaucoup de plaisir k vous aider h orner votre chapelle.
“ Cette lettre vous sera donnee par M. Galipeau chez qui j’ecris. II vous dira mieux que moi les avantages que vous aurez k accepter ces offres qui sont faites de tout coeur.
J’ai l’honneur d’etre,
John Fraser.”
L’ofTre de ce gbnereux catholique fut acceptbe avec reconnaissance. C’est ainsi que la paroisse de Thurso est devenue proprietaire d’un vaste terrain de vingt-quatre arpents. Malheureusement quand on en prit possession, il se commit des erreurs dans le bornage, si bien que la chapelle fut construite en dehors du terrain concede, erreur qui, d’ailleurs, fut reparde plus tard k l’amiable, par quelques ardents. La chapelle fut batie en 1854 et 1855. Voici en quels termes Mgr. Guigues parlait de cette mission : “ 1855, Thurso. — M. Fraser a donne, par acte authentique vingtquatre arpents, dont quatre au village de Fraserville (ce nom n’a point prdvalu) et vingt, en bois debout, pour l’usage de l’^glise et du cur4. Une dglise en bois, bien decente, a 6te £levee, grace aux soins de M. Galipeau qui y a fait des d^penses, et grace, k M. Michel qui fait terminer actuellement cet ouvrage.
Nous avons parle de l’influence des protestants. Ils etaient fort fanatiques. Un nomme Tucker, h Papineauville, et un M. Cameron, proprietaire d’une scierie k Thurso, cherchaient k per-
vertir les pauvres canadiens. Les suisses venaient y faire des assemblies auxquelles ceux-ci itaient invitis. Cet itat de choses inquiitaient fort le vigilant iveque. Lorsque M. Michel fut parti, le curi de Saint-Andri-Avellin fut charge de le remplacer, ce qui itait peu commode. “ Le curi de Saint-Andre-Avellin, icrivait en juillet 1857 Mgr. Guigues, vient ici une fois par mois. Ce n’est point assez. II faudrait un curi. M. Galipeau s’offre de le nourrir pendant un an. Beau terrain, chapelle convenable, 80 families, tant k Thurso qu’& Saint-Sixte ; beaucoup de gens negligents k leurs devoirs. Un curi risidant ferait du bien et aurait tot fait de payer la dette et de batir un presbytere.”
L’annbe suivante (juin 1859) il ajoutait cette note : “II faut un pretre k Thurso, d’ici k deux ans, pour contrebalancer l’influence protestante. Depuis que M. David visite la mission, l’itat de chose s’ameliore un peu.”
En 1861, les habitants pititionnerent pour avoir un pretre. Mgr. se dicida k leur donner le curi de Saint-Philippe, M. Jouvent, qui devait desservir en meme temps Sainte-Malachie. Toutefois cette nomination fut suspendue comme premature. M. Jouvent fut envoyi, peu apris (1862) & Bucking-ham, et ce ne fut qu’en 1864 que Thurso devint difinitivement une paroisse.