‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa (volume 2)Chapitre 13 sur 189 · LES COLONS DE L’OTTAWA · texte numérisé non relu

LES COLONS DE L’OTTAWA

A page suivante de M. Rameau de Saint-P^re, va servir de prologue d ce chapitre.

“ La paix suivit, en Amerique, celle qui fut conclue dans toute 1’ Europe, apres la chute de Napoldon (1815.) L’Angleterre, desireuse d’asseoir plus solidement sa domination dans 1’ Amerique du Nord et d’y preparer un contre-poids serieux k la puissance si menacante des Etats-Unis, reprit aussitot ses projets d’immigration. Quelques riches Anglais, avec ce patriotisme intelligent qui distingue leur nation, consacrerent leurs ressources et leurs efforts k seconder cette oeuvre, et tout contribua bientot d donner une vive impulsion k l’immigration anglaise au Canada. Beaucoup de distributions de terres furent faites aux officiers et aux soldats que la paix avait rendus libres ; plusieurs seigneurs ecossais ddmembrerent leurs clans, devenus trds nombreux, et vinrent eux-memes, k la tete de leurs vassaux, prdsider k leur installation dans cette nouvelle patrie ; on commenga, d£s lors, k voir naitre ce mouvement considerable d’emigration qui, chaque annee, vient grossir les habitants du Haut-Canada ; meme dans le Bas-Canada, beaucoup de colons vinrent se joindre aux Anglais et aux Ameriricains ddjd dtablis en ce pays ; et c’est k cette dpoque que se rapporte l’oiigine ou le ddveloppement de presque tous les groupes agricoles anglais disperses, gh et li, dans quelques comtds du Bas-Canada.

“ Les premiers colons de Perth, (comtd de Lanark) furent des Ecossais sortis des regiments qui avaient combattu contre la France, en Espagne et en Belgique, durant les ann^es 1809-1815. Perth est le nom d’une des villes les plus cdRbres de l’Ecosse.

“ Les Canadiens-franqais, pendant toute la fin du dix-huitidme sidcle et le commencement du dix-neuvidme s’entassdrent dans les seigneuries des bords du fleuve. En 1831, ils commenc^rent 4 deborder. De 1831 4 1840, quarante mille emigrferent. Dans l’Ontario, les premiers envahissements se font par Vaudreuil et Soulang-es, dans Glengarry, Prescott, Russell, Carleton, et par 1’ Ottawa.

“ Des 1844, des noyaux importants sont formes. La seigneurie de l’Orignal et les cantons environnants comptent quinze cents Canadiens.

“ D’ailleurs, les voyageurs, draveurs, navigateurs de 1’Ottawa sont presque tous Canadiens. Ils forment de petits dtablissements sur le bord du fleuve. A Bytown, ils occupent la basse-ville. Dans les quatie comtes, ils comptaient, en 1844? environ 3,400 dmes, dont 900 dans Glengarry. ”*

11 y a de l’emphase dans cette page, qui generalise un peu trop, surtout au sujet des seigneurs dcossais, mais on n’y tronve pas moins un tableau vivant du mouvement de colonisation en Ontario, 4 l’epoque qui nous occupe. L’histoire detaillde de ce mouvement va faire le sujet de ce chapitre.

Nous n’avons point 4 raconter ici la guerre de 1812, entre le Canada et les Etats-Unis, avec ses peripeties si glorieuses pour les Canadiens-francais. Ce serait sortir de notre sujet.

Cette guerre alarma gran dement l’Angleterre ; et, mSme aprds la signature de la paix, le gouvernement britannique continua de porter son attention sur le peu de soliditd de sa position en Amdrique. Les dangers de la proximite de Montreal et du Saint-Laurent de la fronti^re americaine, devinrent dvidents 4 tous les yeux. Rien n’etait plus aisd, pour les Americains, que d’intercepter les communications fluviales, les seules possibles alors, entre le Haut et le Bas-Canada.

Dans ces conjonctures, on prit deux resolutions : la premiere, d’arreter le ddfrichement de la rive sud du Saint-Laurent, afin que la foret vierge y demeurat comme un rideau infranchissable 4 une

* Rameau de Saint-P^re : La France aux Colonies. lip. 140.

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arm^e ennemie marchant sur Montreal ; la seconde, d ouvrir, au nord, entre les deux provinces, par l’Ottawa, une route nouvelle, non plus de canots mais de navires, d l’abri d’un coup de main. Pour obtenir ce dernier objet, trois choses 6taient necessaires : premidrement, coloniser la valine de 1 Ottawa , secondement ob\ le^ k l’obstacle des rapides qui embarrassait la riviere, par le creusement de petits canaux lateraux ; troisiemement, enfin, relier, par un canal, le lac Ontario k l’Ottawa. C’est k quoi le gouvernement anglais se r£solut, en 1816.

Au due de Wellington est du le premier mouvement serieux d’emigration en Canada. Les secours en bois et en ble que le Canada avait fournis k l’Angleterre, firent connaitre les immenses ressources de ce pays si dedaigne, et comprendre l’avantage qu’il y aurait de ddtourner le courant d’emigration, vers une colonie britannique, au lieu de le voir se perdre aux Etats-Unis, sans profit pour la mdre-patrie.

Devenu premier ministre, Wellington conqut un plan qui lui rdussit mieux qu’au mardchal Bugeaud en Alg^rie. Ce fut de former des colonies militaires. Choisir des vieux soldats ayant du gout pour 1’ agriculture, leur donner des terres, les instruments agricoles indispensables, et des rations de vivres pour plusieurs anndes, telle fut sa politique. On a dit que beaucoup de ces soldats se d^couragdrent et vendirent leurs lots pour une bouteille de brandy, qu’il se fit un agio effrdne sur ces concessions du gouvernement, et que presque toutes ces terres changdrent de main. Cela est vrai assurement, et nous confessons volontiers que la seule grande colonisation est la colonisation fibre, entreprise par des fermiers de bonne volontd, comme celle qui commenqa dix ans plus tard. Mais cela n’empeche pas de proclamer le succ&s relatif du due de Wellington. C’est d la colonisation militaire que les comtds de Lanark et Carleton doivent leur existence.

En meme temps que les soldats, et k leur suite, arriverent des lairds ^cossais, pauvres gentilhommes campagnards qui s’y 4tablirent avec un certain nombre d’hommes de leur clan. Le plus cdldbre d’entre eux fut MacNab, qui se fixa d la chute des Chats, et forma le canton qui porte encore aujourd’hui son nom. La capitale de tout le pays fut Perth.

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“En 1815, dit Benjamin Suite, un appelfutfait en Angleterre, aux classes susceptibles -.d’dmigrer dans les colonies. On promettait monts et merveilles. Les pauvres diables qui se laissdrent engluer par les prospectus eurent k s’en repentir. A leur arrivde ici, iis \ irent de suite, qu on n avait pris encore aucune mesure pour les etablir. Un grand desappointement s’ensuivit. Ddjfi nous commencions enseigner aux Strangers la voie qui mene aux Etats-Unis. Ni chemins, ni outils, ni nourriture pour les colons. On fut deux anndes 4 tatonner, avant de leur donner des terres. Pendant ce temps la plupart des immigrants se mettaient k la ration que le commandant de troupes voulut bien leur accorder par un sentiment de pitie, les autres repartirent. Enfin on s’imagina avoir conpu un plan de colonisation sans pareil, et pour l’exdcuter, vers 1817, pres de mille soldats, veterans des guerres d’Espagne et de France, repurent des terres dans la region de Perth, aujourd’hui k quinze lieues en arriere d’Ottawa. Le plus grand nombre de ces guerriers attendirent qu’ils eussent le droit de vendre, ou que le gouvernement cessat de leur fournir des rations, puis ils decamperent. On vit vendre des lots de terres pour une bouteille de rhum.

“ De 1816 k 1825, un assez fort contingent d’Ecossais prit possession des terres aux environs d’Ottawa.

“ Plusieurs officiers et soldats des Meurons, si je ne me trompe, soldats franpais et suisses, au service de l’Angleterre, repurent des billets de location dans cette partie du pays. M. l’abbe de la Mothe, chapelain des Meurons, se fit donner des concessions pres de Perth.”

Mais entrons dans de plus grands ddtails sur des dvdnements intdressants pour notre histoire.*

Aprds les grandes guerres de l’empire, la paix universelle, qui suivit, permit de licencier l’armee anglaise trop considerable pour les besoins actuels. A Qudbec, les deux rdgiments 99 et 100, furent fondus en un seul. On offrit k la foule des vdterans, soldats et officiers reformes, de leur conceder des terres dans le Haut- Canada.

*Ces details sont tirds du New Historical Atlas of Carleton Country .

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