‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa (volume 2)Chapitre 166 sur 189 · NOTRE-DAME DE GRACE DE HULL · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME DE GRACE DE HULL

Nous avons parle, dans un chapitre precedent, de la petite chapelle des chantiers de Hull, qui s’elevait seule au milieu des bois, sur la grdve de l’Ottawa, en face du parlement. II convient de raconter maintenant l’origine de la paroisse et de la ville de Hull.*

Chacun sait que la mort de Philemon Wright et l’ouverture du canal Rideau porterent un coup funeste 4 l’ceuvre de cet homme extraordinaire. Tandis que Bytown croissait, il ne resta plus de 1 autre cotd de 1 Ottawa, qu une petite agglomdration connue alors sous le nom de village des Chaudidres. C’dtait 14 que demeuraient les ouvriers de M. Ruggles Wright, l’un des fils de Philemon, qui possedait une scierie sur l’emplacement des manufactures actuelles de M. Eddy.

En 1846, le Pdre Durocher, qui connaissait les offres gdndreuses faites, maintes fois, par M. Wright 4 M. Brady, et qui

* Nos sources pour ce travail sont : 1° un document trouvd dans les archives de l’archevdchd ; 2° quelques notes de Mgr. Guigues ; 3° un article du Spectateur , ier octobre 1892, intituld : “ Une page de l'histoire de Hull ” avec quelques annotations du Rdv. Pdre Lauzon supdrieur de la maison des Oblats de Hull. Les archives paroissiales ont disparu dans le grand incendie de Hull, 1888.

avait rdsolu de construire une chapelle pour les jeunes gens des chantiers, vint demander k cet industriel le terrain n^cessaire k cette oeuvre. Celui-ci le lui accorda volontiers, k la condition que la chapelle servirait, en meme temps aux gens du village et des environs. Le P£re Durocher, montant alors sur les cages, fit souscrire par les voyageurs, la somme de mille piastres, grace auxquelles il put construire, cette ann6e meme, Edifice projet6.

Nous n’avons point k revenir ici sur la description, taite ailleurs, de l’dglise des chantiers.

Chaque annde les PP. Durocher et Brunet venaient de Montreal visiter les bucherons dans la for£t, chaque printemps lls accueillaient les voyageurs dans leur chapelle. A partir de 1855, croyons-nous, une messe fut dite regulierement, chaque dimanche,

4 la chapelle de Hull, soit par les missionnaires des chantiers, soit par des prltres de I’ev6ch6, soit par des P6res du college. Vers l’annde i860, un village considerable comment k se former dans ce que nous appelons aujourd’hui la ville de Hull. Ottawa, devenue capitale, employait aux constructions monumentales de son parlement, une foule d’ouvriers qui cherchaient, dans les faubourgs, des logements peu dispendieux ; les fiorissantes manufactures d’Eddy occupaient aussi un bon nombre de catholiques ; les pouvoirs d’eau des Chauditbres etaient utilises par 1 industrie et beaucoup de ceux qui travaillaient dans ces nouveaux moulins etaient des canadiens qui tenaient k demeurer dans leur chere province de Quebec. Le Pere Frain, * puis le Pere Reboul furent charges de desservir de l’eveche, tous ces catholiques qui affluaient, chaque jour plus nombreux, k la petite chapelle.

En 1868, le Pere Reboul voyant s’affirmer de plus en plus les brillantes destinees de Hull, commenga, sur les plans de l’architecte Lecours, la construction d’une vaste dglise en pierre. La foret s’etendait encore alors tout au nord et au nord-ouest du palais du justice ; elle ne tarda pas a 6tre remplac6e par des rues populeuses. L’annee suivante (1869) le soubassement du nouveau temple fut livr6e au culte, et vers la fin de 1870, Mgr. Guigues, de

* Le Pibre Frain ne r&ida qu'un an k Ottawa, 1861-1862.

retour du concile, eut la joie de procdder & la benediction solennelle de realise.

Le Pere Reboul n habitait plus k I’dv6ch6. Depuis quelques mois, il s’dtait install^ avec un compagnon aupr^s de sa nouvelle dglise ou l’appelait un actif ministfere. Le temps etait venu pour Hull d etre erigd en-paroisse separee. On lui donna pour limites au sud l’Ottawa, au nord la paroisse de Chelsea, k Test le ruisseau Leamy, k 1’ouest le onzhbme lot du canton de Hull, en ligne droite depuis l’Ottawa jusqu’aux limites de Chelsea. Quels seraient les desservants de la nouvelle paroisse ? Dbs le io avril 1870, une petition de deux cent quatre-vingts catholiques avait fait connaitre les voeux de la population qui demandaient le maintien de ses fideles missionnaires.f En consequence, par ddcret du 14 novemore 1870, Mgr. Guigues chargea la communautb des P^res Oblats de la desserte de Notre-Dame de Grdce de Hull et lui transmit la propriety des terrains paroissiaux en meme temps que la charge des dettes de 1 eglise qui etaient fort dlevdes. Telle est l’origine de la paroisse de Hull.

Deux ans plus tard, la population augmentant sans cesse et le revenu des bans s’accroissant bgalement, on songea k computer l’eglise. Le mur du fond fut renversb, l’eglise mise k sa longueur normaie et les travaux de l’intdrieur furent finis.

Les Peres Oblats avaient acquis la partie du terrain vacant k cote de l’dglise, entre les quatres rues, de manibre k possdder tout le carrd. C’est 1 k qu’ils batirent un vaste presbytfere en pierre qui formait avec l’bglise meme un monument d’un magnifique aspect. Ils y entrerent dans l’dte de 1872 apr&s avoir habitd pendant deux ans une maison rue Inkerman, sur le lot occupe aujourd’hui par la residence de M. Simon. Ils avaient achete bgalement k une certaine distance de la ville, dans la direction de la Gatineau, une vaste propriete de cent arpents, dont une partie fut consacrbe k l’drection du grand cimeti^re. Les P6res oblats de Hull btaient charges k cette epoque de la partie de la ville d’Ottawa

t Cette petition fut faite 4 la suite d'une mission de jubiH pre:cht5e par le R^v. P4re Royer, alors superieur des oblats 4 l’^vech^. Nous tenons ce detail du v^n^rable religfieux lui-meme.

connue sous le nom de Flats, mais la creation de la paroisse de Saint-Jean-Baptiste les soulagea bientot de ce pdmble mims-

t6re.

La communaut^ de Hull se composait dfes lors (1871) de trois religieux : le Pfere Sharpeney, supdrieur, les PP. Rebou* Phaneuf, auxquels deux autres pretres furent adjoints, les P -

Marion et Amyot.

C’est de Hull que le Pfere Reboul, chaque. hiver, partait pour aller, avec un compagnon, visiter ses chers jeunes gens des chantiers. II mourut k la fleur de l’dge, en 1877, k Mattawa, et ses ddpouilles mortelles furent transports dans l’dglise de

Hull.

Les soeurs-grises s’etablirent 6galement a Hull des 1870. Elies ouvrirent dans l’ancienne chapelle, une dcole ou les eniants ne tardferent pas k affluer. En 1874, le Pere Reboul leur fit construire sur la rue Division une residence qu’elles occuperent l’ann^e suivante. A peine en possession de leur dglise, les religieux oblats s’empresserent de crder toutes les oeuvres de pietd qui s’imposent dans une paroisse bien tenue : congregations de Sainte-Anne, de lTmmacul6e-Conception, societe Saint-Joseph, etc.

SAINT-FRANgOIS DE SALES DE LA POINTE-GATINEAU.

La paroisse de la Pointe-Gatineau etait torobde, vers 1S60, dans un deplorable dtat. Les annfies suivantes, l’anarchie ne fit qu’augmenter. Tout le monde gouvernait dans l’figlise, excepte le cur£. Les choses en vinrent au point que, le 20 janvier 1864, dpoque de la vente des bancs, deux individus pouss&rent l’audace jusqu’fi proceder, de leur propre autorit£, la dite vente, et lorsque M. Ginguet voulut s’interposer, sa voix fut fitoufffi sous les hudes de la populace. En face d’un tel scandale qui rappelait les scenes dont l’dglise de Bytown avait donn6 jadis le honteux spectacle, Mgr. Guigues se crut obligfi de faire un grand exemple en se r6servant lui seul le droit d’absoudre en confession les coupables.

L election des marg'uillers donna occasion (14 fdvrier 1865) & la repetition des scenes aussi ddshonorantes pour l’autorite eccldsiastique, et Mgr. Guigues intervenant une seconde fois, se crut oblige de casser le conseil de Fabrique et de remettre l’administration de la paroisse exclusivement entre les mains du curd.

Un tel etat de choses dtait devenu intolerable. M. Ginguet se sacrifia pour le bien des dmes, et remit entre les mains de Mgr. sa ddmission (24 fevrier 1864). Le 3 mars suivant, il etait nomme cure de la Passe.

La Gatineau n’etait plus digne de possdder un pretre rdsidant. L’dveque d’Ottawa en fit une mission dont il confia la desserte k M. Chaine, curd de Saint-Joseph d’Orldans.

Cette punition dura un an (4 mars 1865-avril 1866) et tout nous donne k penser qu’elle produisit d’heureux effets. Aussi, lorsque, au mois d’avril 1866, M. Dusserre Telmon, pretre franqais recemment arrive, fut appeld k la cure de la Pointe-Gatineau, il fut accueilli avec un esprit bien different de celui qu’on attribuait partout, dans le pays k ce village.

M. Dusserre demeura huit ans k la Gatineau, jusqu’au 25 aout 1874, epoque de sa nomination k la paroisse de Mount Saint- Patrick. Il fut alors remplacd par un jeune vicaire de la cathddrale, M. Isidore Champagne, qui occupe encore aujourd’hui ce poste.

On doit k M. Dusserre trois importantes mesures : 1’achat d’un cimetiere, l’etablissement des soeurs-grises et l’agrandissement de la chapelle.

C’est au mois d’aout 1872 que les religieuses prirent possession de 1’ecole de la Gatineau. La maison, quoique en bois, est fort considerable, et les soeurs y font la classe k un grand nombre d’enfants.

La population augmentait sans cesse et s’ameiiorait en proportion de son accroissement. Des 1869, Mgr. Guigues constatait la ndcessite urgente de construire une nouvelle dglise ou d’agrandir considdrablement la chapelle existante.

En mai 1872, on comptait k la Gatineau quatre cents families, dont quarante irlandaises. Les bancs s’etaient vendus la somme

4norme de treize cent soixante-douze piastres. On se risolut done 4 entreprendre les travaux. Seulement, comme la population dtait composde, en grande partie, de pauvres ouvriers vivant au jour le jour, ont eut peur d’ob^rer la paroisse, et, au lieu de construire une dglise de toutes pieces, on se contenta d'ajouter, au fond de la chapelle en bois, un transept et un vaste choeur en pierre, derriere lesquels fut placde l’ancienne sacristie (1873). On esperait que plus tard, la chapelle en bois serait remplacde, k son tour, par un avant k l’eglise construit dans le meme style que le chevet. Nous verrons k quoi devaient aboutir ces calculs inspires par une necessity facheuse.

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