‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa (volume 2)Chapitre 17 sur 189 · LES MISSIONS SUR L’OTTAWA AU XIX SIECLE · texte numérisé non relu

LES MISSIONS SUR L’OTTAWA AU XIX SIECLE

OUS avons suivi avec interet les premiers pas de la colonisation dans la vall6e de l’Ottawa ; il est temps d’dtudier les origines de l’organisation religieuse dans ce pays.

“ Les missions, dit M, l’abbe Ferland dans ses ‘Observations sur un ouvrage... n’ont jamais etd ubliees ni delaiss^es par les eveques du Canada ; plusieurs d’entre eux ont pu meme se glorifier du titre d’dveques-missionnaires.

“ Avant la conquete, les Jesuites avaient dtendu leurs courses apostoliques dans une grande partie de l’Amerique du Nord ; le seminaire de Quebec btait charg^ de missions aux Illinois, sur le Mississipi et dans l’Acadie, missions auxquelles il continua de pourvoir jusque vers l’annee 1789. Mgr Hubert, avant d’etre eveque, avait dte missionnaire aux Illinois et au Detroit, d’oti il avait rapporte les fievres tremblantes. Les eveques de Quebec pourvoyaient, autant qu’ils le pouvaient, aux besoins spirituels des catholiques de Terre-Neuve, du Cap-Breton et de 1’ile du Prince-Edouard.”

Cependant, les Eveques de Quebec comprenaient, mieux que personne, qu’4 mesure que la population augmentait, le besoin de diviser leur immense diocfese se faisait de plus en plus sentir. Mais le gouvernement d’alors, jaloux et ombrageux, opposait des obstacles insurmontables 4 cette division. Une lettre de Mgr. Cleary, archeveque de Kingston, eclaire d’un jour lumineux cette question delicate. Nous la traduisons ici, en l’abr^geant.*

* Letter of Archbishop Clear} to the Catholic Register , Toronto, daUe de Picton, octobre, 7, 1894.

IO

“ D4s le 24 octobre 1789, Mgr. J. F. Hubert, 6veque de Qubbec, ouvrit des ndgociations avec le Saint-Sibge au sujet du d^membrement de son diocese, qui s’dtendait sur une longueur de plus de 4,500 milles, et qu’il n’avait pas achevd de parcourir encore, apr4s dix ann^es de visite pastorale. La grande difficult^ que rencontrait ce projet de demembrement se trouvait dans les mauvaises dispositions du gouvernement britannique. Le dernier quart du dix-huitibme sibcle fut en effet une sombre epoque dans l’histoire de l’Angleterre. Toutes les lois les plus odieuses, bdictdes contre les catholiques dans les temps passds, restaient en vigueur. L’existence du vieux cardinal Henri, due d’York, dernier rejeton male de la maison royale des Stuarts, servait de pretexte 4 Hgitimer toutes les mesures d’oppression contre les catholiques, . qu’on reprbsentait comme ses partisans determines.

“ Au Canada, en ddpit des stipulations du traite de Paris qui garantissait aux catholiques le libre exercice de leur religion, “ le catholicisme, ^crivait Mgr. Hubert au Saint-Siege, etait k peine toldre, quoique ce fut, ajoutait-il, la religion des dix-neuf-vingtiemes de la population.” II 6tait done inutile de penser k la formation de nouveaux dioefeses et k l’institution de nouveaux eveques dans le mode ordinaire ; inutile egalement de penser 4 la creation de vicariats apostoliques. Le plan que caressait l’eveque de Quebec dtait la nomination de quatre coadjuteurs, investis du caractere Episcopal, avec residence : l’un en Nouvelle-Ecosse, l’autre k Montreal, le troisifeme quelque part dans le Haut-Canada, et le quatribme, enfin, dans les regions lointaines du Nord-Ouest. Ce plan qui devait rencontrer moins d’obstacles de la part des autoritds civiles, ne fut point agree ni trouve praticable par les autorites eccHsiastiques.

“ Cependant, Mgr. Hubert mourut avant la fin du dix-huitihme si^cle, et ses successeurs, Mgr. Denaut et Mgr. Plessis, continubrent ces negociations.

“Ce fut sous l’administration de ce dernier pr61at, si z6\6 et si instruit, que les dispositions du gouvernement anglais 4 lYgard des catholiques prirent une tournure plus favorable. La mort du cardinal Henri, arrivtie en 1807, laissait la maison de Hanovre sans competiteur. La ferme et loyale attititude des Canadiens-

franpais dans la guerre de 1812 contre les Etats-Unls, faisait en Angleterre la meilleure impression et deruisait bien des prdjuges contre notre sainte religion. L’action patriotique et vigoureuse du Rev. Alexander MacDonell, alors curd de Saint-Raphael, dans Glengarry et plus tard premier eveque de Kingston, qui leva par mi les gens deux regiments ecossais, lesquels firent bonne figure dans maintes rencontres sur la frontidre d’Ontario, touchdrent profonddment »les cceurs des bommes d’etat du Foreign Office et du gouvernement general k Quebec. Une pension lui tut accordee k perpetuite, et h ses successeurs sur le siege de Ki ngston.

“ Un autre element de reconciliation entre les catholiques et le gouvernement protestant d’Angleterre fut la conduite loyale et heroique des soldats irlandais pendant les long'ues guerres de 1’ Empire. I Is verserent, sans compter, leur sang sur tous les champs de bataille pour l’Angleterre, prouvant ainsi plus eloquemment que par des paroles leur fidelite.

‘ ‘ Mais ce qui contribua plus que tout le reste k changer le cceur de l’Angleterre fut l’attitude du Pape Pie VII k propos du blocus continental. Pendant que tout l’Europe tremblait devant le despotisme de Napoleon, lui seul resista au nom de la justice, et ne voulut point rompre ses relations avec l’Angleterre. On sait ce qui lui en couta : son enldvement de Rome et cinq ans de dure captivitd.

“ La noblesse de sa cause et celle encore plus admirable de son attitude ravit le cceur de l’Angleterre, qui s’habitua, des lors, k voir dans la papaute la colonne la plus forte de l’ordre social.

“ Ces circonstances providentielles fournirent une excellente occasion d Mgr Plessis pour mener k bonne fin l’exdcution du plan de la division de son diocdse. Ainsi done, apres trente ans de negociations infrectueuses, aidd puissamment par le secretaire d’Etat aux colonies, le noble lord Bathurst, il parvint, avec l’autorisation du gouvernement britannique, k obtenir la creation de deux vicariats apostoliques dans les provinces maritimes, et la nomination du Rdv. Alexander MacDonell en qualitd de vicaire gdndral dans le Haut-Canada, avec le caractdre dprecopal, pour

dormer plus d’dtendue k ses pouvoirs. La bulle du Pape Pie VII constituant le Rev. Alexander MacDonell, Eveque de Rhaesina (i. p. i.) vicaire general de Mgr. Plessis pour le Haut-Canada, est datde du 19 janvier 1819.

“Ainsi le Haut-Canada appartenait encore au diocese de Qudbec ; et le seul changement effectue dans l’etat de Mgr Mac¬ Donell, vicaire general depuis tant d’anndes, etait sa consecration dpiscopale.

“ Enfin, le 27 janvier 1826, le Haut-Canada, par bulle du Pape Ldon XII, fut erigd en diocese, avec Kingston pour siege et Mgr MacDonell pour dveque.

“ Presque immddiatement apres, Mgr MacDonell demanda le Rdv. Thomas Weld pour coadjuteur, et, le 6 aout de la meme annee, ce dernier fut sacre eveque d’Amyclee (i. p. i.) cum futura successione. Mais Mgr Weld ne vint point au Canada ; il fut cred cardinal par Pie VIII, 25 mai 1830 ; le premier apres le cardinal Polus, scellant ainsi l’amitid entre l’Angleterre qui venait d’emanciper les catholiques, 23 avril 1829, et le Saint-Siege apostolique. ” Ainsi s’exprime Mgr Cleary. Nous n’avons plus que quelques mots k ajouter, comme epilogue, k cette lettre.

L’annee 1818, deux missionnaires, suivant les traces de M. Tabeau parti en 1816, remontaient, en canot d’ecorce, le cours de l’Ottawa ; c’etaient MM. Provencher et Dumoulin que Mgr Plessis envoyait, k plus de six cents lieues de Quebec, sur la Riviere- Rouge, fonder une mission pour Canadiens et les Metis perdus dans les immenses plaines du Manitoba et du Nord-Ouest. M. Provencher partait avec le titre de vicaire general ; mais le ier fevrier 1820, il fut nomme, h Rome, eveque de Juliopolis, suffragant et auxiliaire de l’dveque de Quebec, et vicaire apostolique du Nord-Ouest.

Enfin, pour compldter le plan de Mgr. Plessis, M. Jean- Jacques Lartigues dtait nomme par le pape Pie VII, le ier fevrier 1620, dveque de Telmesse en Lycie, et suffragant et auxiliaire de 1’dveque de Qudbec pour le district de Montreal. Ddsormais la partie de notre province eccldsiastique actuelle d’Ottavva sise dans l’Ontario, dtait placde sous la juridiction de Mgr. MacDonell, et la

partie situee dans la province de Quebec, passait sous la houlette de Mgr. Lartigue.

Nous allons etudier, tout d’abord, les origines religieuses de notre province, dans l’Ontario.

Depuis la conquete, de nombreux missionnaires s’^taient succedd sans interruption dans le Haut-Canada. D’abord trois recollets, le P<bre Potier, le Pere Didace et le Pere Simple Boquet, puis quatres pretres seculiers, M. Hubert, devenu ensuite eveque de Quebec, M. Payet, M. Frechette et M. Dufaux.

Du Detroit et de l’Assomption de Sandwich, ou ces missionnaires avaient leurs principals residences, ils faisaient des courses apostoliques, d’un cote vers la Rivifere-aux-Raisins, et dans les postes environnants, de l’autre jusqu’h. Michillimakinac.*

Comme on salt, Sandwich et le Detroit sont situes des deux cotes de la riviere, en face l’un de i’autre.

Au Detroit, le Pere le Simple, fut remplacd, en 1783, par M. Payet ; et celui-ci, en 1786, par M. Frechette. En 1796, apr&s la division du diocese de Quebec, la mission du Detroit passa au diocese de Baltimore, et un Sulpicien franqais, M. Levadoux, grand vicaire de Baltimore, succeda k M. Frdchette.

A Sandwnch, M. Hubert, arrive en 1781, ayant £te nommd coadjuteur de Quebec, fut remplace, en 1785, par le sulpicien M. Dufaux, lequel mourut k son poste en 1796, et eut pour successeur un autre sulpicien, M. Marchand, de 1797 k 1825.

Des 1793, un dmigre, l’abbe Philippe Desjardins qui mourut vicaire general de Paris, avait fonde la mission du Niagara.

En 1800, un sulpicien, M. Gaiffe, avait dej4 fait trois visites i Kingston.

Enfin, M. Burke, plus tard premier vicaire apostolique de la Nouvelle-Ecosse, avait fait des missions, d’abord k la Riviere-aux- Raisins, 1794, ensuite k Niagara, 1798, puis k York, (Toronto,) 1800, et 4 Kingston, 1801.

Au-dessous de Kingston deux pretres dcossais exerqaient le saint ministtbre. C’fbtaient le P<bre Rodrigue MacDonell, cure de

*Mtknoire sur les missions de la Nouvelle-Ecosse, par un comity d<3 pretres de Quebec. Darveau, editeur 1B95, p. 113, et suiv.

Saint-R6gis, et le Pfere Alexander MacDonell, missionnaire de Stormont et de Glengarry.

Le Pere Rodrigue ytait arriv^ d’Ecosse en 1785, et, depuis ce temps-la, ^vangelisait Saint-Regis et les environs avec une activity infatigable. Le Pere Alexander, son cousin, arrive l’annee suivante, 1786, avait suivi, dans 1’emigration, une troupe de ses concitoyens et principalemenf de ses anciens paroissiens. Get homme, aussi recommandable par sa naissance et par ses talents que par ses vertus, fut le veritable fondateur de la colonie ecossaise de Test de l’Ontario. Sous sa conduite, les deux missions Saint-Andre et Saint-Raphael prirent un grand essor et devinrent les plus florissantes paroisses du Haut-Canada.

Les yveques de Quebec n’avaient pas pu, naturellement, visiter en personne leur diocese qui s’etendait sur tout le Dominion du Canada et sur une partie du territoire americain. Ils avaient, neanmoins, tenu 4 connaitre, autant que possible, les regions nouvellement ouvertes 4 la colonisation. C’est ainsi que, des l’ete de 1801, Mgr Denaut s’etait rendu k Kingston et jusqu’au Detroit. En 1802, il etait alle faire la visite pastorale dans les deux paroisses de Saint-Raphael et de Saint-Andre, dont nous venons de parler, et il s’etait convaincu, de plus en plus, de la necessity qu’il y avait de donner un eveque h l’Ontario.

Mais comme il n’entre point dans notre plan de faire ici l’histoire du dioctbse de Kingston, nous nous tiendrons strictement dans les limites de notre sujet.

Le premier pretre dont il soit fait mention dans les annales de cette partie du diocese d’Ottawa, et encore, exyrqa-t-il, plutot son ministhre sur nos frontieres, futun Franqais : M. Pierre Jacques de la Mothe ; ordonny en France, le 27 fevrier 1790 ; arrivy le 6 juin 1813, h Quebec, aumonier du regiment de Watteville, missionnaire en 1816, sur la riviyre Rideau ; puis k Perth, 1817 ; rentre k Kingston, 1821-1824 i cure de Sainte-Scholastique en 1825 ; retird en 1831 ; ddcede au meme lieu le 22 octobre 1847, & l’age de 84 ans.*

Repertoire general du clergd canadien de Mgr Tanguay.

Nous avons trouve les lettres de pouvoirs de ce pretre, sign^es Quebec par Mgr. Plessis Elies datent du 13 juin 1813. Aumoniei* du regiment franco-suisse des Meurons, apres la fin de la guerre americaine et le licenciement des troupes, il se trouva sans emploi. En 1816, il fit un assez long sejour chez M. P^rinault, missionnaire de Kingston. C’est de lfi qu’il partit pour Pertfq au commencement de 1817. C’etait un btablissement nouveau, et les rares catholiques qu’on y trouvait fitaient perdues au milieu des protestants.

M. de la Mothe demeura Perth, non en permanence, mais d’une fapon assez reguliere pendant trois ans : de 1817 k 1820. D’un caractbre impressionnable, et presque totalement ignorant de l’anglais, il semblait peu fait pour reussir dans une tache aussi difficile que celle de fonder une mission.

Dans une lettre k Mgr. Plessis, 2 ffivrier 1817, M. de la Mothe raconte son long et penible voyage “ sous les ombres de la foret vierge.”f

En approchant, dit-il, de Perth, des Ecossais accourent et incontinent lui demandent de leur precher un sermon. C’etait trop pour ses forces ; il balbutie quelques phrases d’un anglais des plus incorrects. Ses ouailles ne se deconcertent point pour si peu, et le missionnaire les entend s’ecrier : “ What a happiness, we have

got a priest ! ” : Quel bonheur, nous avons un pretre ! Il baptise plusieurs petits enfants.

A huit milles des cabanes de ces catholiques, s’blbve la ville naissante ou plutot le village de Perth : soixante maisons, quatre auberges. Des Canadiens ne tardent pas k apprendre son arrivbe , ils accourent et lui offrent leurs hommages. Ils estiment que le nombre des catholiques, dans un rayon de dix milles, s’elfeve k trois cents ; mais c’est une exageration bvidente. La population totale des quatre cantons, autour de Perth, s’filbve dejfi k deux mille habitants ; et ce nombre se grossira d£s cette ann£e, de deux ou trois regiments licences. Parmi ces derniers, le ioqe — presque tout canadien.

t Archives de l'archevech^ de Quebec. Correspondance de 1 evech^ de Kingston.

A mesure que M. de la Mothe connait mieux son troupeau, le decouragement s’empare de lui. Les catholiques l’abandonnent, sans doute & cause de son peu de facility h parler l’anglais. II se demande s’ils sont encore des catholiques. On les voit frequenter les meetings des protestants, les auberges, et s’abandonner k tous les vices.

Mgr. Plessis, en apprenant ces tristes nouvelles, se rdsolut k frapper un coup, et envoya aux fiddles de Perth un mandement severe dans lequel il les rappelait k leurs devoirs.

La parole de l’eveque fit un grand effet chez ces gens dont la foi n’etait qu’endormie ; il y eut un mouvement de retour vers le bien, et le missionnaire put donner au prelat des nouvelles plus consolantes.

Mgr. Plessis £crivit alors k ces enfants perdus de la foret la lettre suivante, qui fait le plus grand honneur k sa paternelle sollicitude.

Lettre pastorale de Mgr. l’eveque de Quebec aux habitants des rivieres Rideau et Cananoquoui dans le Haut-Canada, Quebec, 16 ddeembre 1817.*

“ Joseph-Octave Plessis par la misericorde. . . .etc., etc.,, dveque de Quebec, k nos chers enfants les fideles catholiques etablis h Perth et dans les environs des rivieres Rideau et Cananoquoui, .... Salut .

\ ous etiez disperses nos tres chers enfants, comme des brebis qui n ont point de pasteurs, et faute de bien connaitre celui que nous vous avions envoye, vous refusiez de vous ranger sous sa houlette ; vous courriez sans savoir ou vous alliez, faisant societe tantot avec une secte, tantot avec une autre, toujours exposes k vous egarer en suivant des guides que le del ne vous a point donnes et qui ne pouvaient vous conduire que dans le precipice. Cependant, nous dtions prosternds devant Dieu, le suppliant d’eclairer vos esprits, de toucher vos cceurs, de ne pas vous laisser perdre de vue, qu’ayant le bonheur d’etre catholiques, e’est-i-dire membres de la vraie Eglise, de la seule que Notre-Seigneur Jdsus-

* Registre de I'4v6ch4 de Quebec. H.

Christ ait etablie sur la terre, vous deviez sans hisiter en pratiquer les lois et en remplir les devoirs, assures que Dieu, fidele a ses prdmesses, vous recompenserait, dans I’autre vie, de touts.ee que vous auriez fait, dans celle-ci, pour son amour.

“ Ce n’est pas en vain que nous avons forme ces veeux et ces desirs. Vous avez enfin montre de la dociliti, et prete l’oreille k la voix du zele pasteur charg'd du salut de vos ames. II nous a dernierement rempli de consolation en nous apprenant que vous vous dtiez reunis et que vous proposiez de commencer prochainement une chapelle, pour y entendre la parole de Dieu et remplir les devoirs de la religion. Charme de vous voir decides k l’entreprise d’une oeuvre aussi intdressante, nous nous proposons d’y contribuer de quelque chose, afin de vous donner tout l’encouragement qui peut dependre de nous. Mais souvenez-vous nos tres chers freres, que ce n’est pas assez d’avoir commence, et qu’il faut perseverer dans le bien ; que celui qui met la main 4 la charrue et regarde derriere lui n’est point propre au royaume de Dieu. Nous continuerons done de supplier le ciel qu’il vous donne de la perseverance, qu’il vous fasse aimer, de plus en plus, la religion sainte que vous professez ; qu’il vous convainque de l’obligation ou vous etes d’honorer cette religion par des mceurs pures, et de vous distinguer par la saintete de votre vie, aussi bien que par la purete de votre foi, des sectaires qui vous environnent. — Sera notre presente lettre pastorale lue et publiee par M. l’abbe de la Mothe dans une de vos assemblies de dimanche ou de fete.”

Au repu du mandement episcopal la joie, dit M. de la Mothe, 8 fbvrier 1817, fut universelle. Les souscriptions pour batir une chapelle k Perth, augmentirent. Toutefois, il fallait avouer que les ressources etaient minimes. Une misire affreuse rignait dans le pays, et le gouvernement se voyait obligi de prolonger de six mois ses distributions de rations aux colons.

Toutes les lettres subsiquentes du missionnaire sont du meme ton. Enfin, decourage et abreuve d’amertume, il annonce, en 1820, son depart difinitif de Perth. La chapelle n’itait pas encore construite.

Ajoutons un mot sur Perth. Le P&re Sweeny succede 4 M. de la Mothe. GrAce aux efforts de M. Benjamin de l’Isle, la souscription pour la chapelle se grossit. L’eglise est commencee et avanqe rapidement, 1820. En juillet 1821, le Pere Sweeny dcrit que le nombre de catholiques s’accroit consid6rablement. En avril 1823, le Pere John MacDonald, missionnaire 4 Perth, se plaint que l’eglise ne soit pas encore achevee.

Enfin, par une lettre du 20 mars 1825, le meme P£re Mac¬ Donald, a la joie de constater que la mission miserable de Perth est maintenant devenue une paroisse bien dtablie ou rien ne manque.

Le lecteur nous excusera de nous etre etendu sur l’histoire d’une mission qui n’appartient pas meme 4 notre province. Elle est sur la frontiere, et le missionnaire avait juridiction sur la colonie de Richmond. II convient d’ailleurs de connaitre contre quelles difficultes les pionniers de notre eglise naissante avaient 4 lutter.

Mgr. Alexander MacDonell, dit le Repertoire, naquit en Ecosse, le 17 juillet 1762, et fut ordonne dans ce pays, le 16 fdvrier 1787. A peine arrive en Canada, en 1803, il fut employe aux missions de Saint-Raphael ou il succ^da 4 son illustre homonyme et parent. L’eveque de Quebec lui envoya, en 1807, des lettres de vicaire general, pour le Haut-Canada. Nous savons le reste, et comment, en 1819, il fut nomme eveque auxiliaire de Quebec, pour l’Ontario.

Nous trouvons, dans la correspondance de ce missionnaire, avec l’eveque de Quebec, quelques documents de haut interet.* Dan« une lettre datee de 1819, il ecrit en parlant du Pere Salmon, qu il le croit peu propre 4 l’administration d’une paroisse considerable, comme celle de Kingston, mais qu’il le juge suffisant pour Perth et pour New-Richmond .

Dans une autre lettre, du 4 novembre 1S19, il lvalue 4 six ou sept cents les catholiques de Perth, et 4 cinq cents, ceux de Richmond.

* Archives de l'archevech^ de Quebec. Correspondance de 1’tNech^ de Kingston.

Ces derniers demandent un pretre, et il propose de leur envoyer le Pere Salmon.

Les lettres suivantes, k l’bveque de Quebec, sont si prbcieuses que nous en donnons un resume dbtaille.

“ Riviere Ottawa, 18 septembre 1820. Voici une vingtaine de jours que je suis en cours de visite sur cette riviere. II y a quelque temps dejd que nombre de protestants bienveillants et de catholiques d’Hawkesbury, de la seigneurie de Longueuil (l’Orignal), et d’autres lieux des bords de 1’Ottawa, me sollicitaient de visiter leur pays, promettant de contribuer k l’erection d’une chapelle, en un lieu convenable. Ma mauvaise sante a longtemps retarde mon voyage.

Enfin je suis parti, et j’ai le plaisir d’annoncer h Votre Seigneurie que les difficultbs que je redoutais se sont ^vanouies. De notables protestants, MM. Georges Hamilton et Grant sont entrbs dans mes vues. Grace k eux, j’ai obtenu, d’un protestant, un terrain magnifique, au prix de cent cinquante louis. Une souscription est ouverte. MM. Hamilton et Grant ont donne chacun cent vingt piastres. II y a un canadien, propribtaire, du nom de Saint-Julien, et plusieurs autres canadiens qui semblent enchantes de la perspective d’avoir une eglise k leur portee, et qui feront tout en leur pouvoir pour l’acheyer. •

J’ai done nomme, le dit Saint-Julien et un M. McDonald, de la colonie ecossaise de la seigneurie, agents et syndics de l’eglise future.

De li j’ai poursuivi ma route, en canot sur l’Ottawa, jusqu’d Hull. De Hull nous avons pousse jusqu’d la colonie de Richmond, portant alternativement sur notre dos, mon serviteur et moi, le porte-manteau qui renfermait nos ornements et les vases sacres.

Je cblebrai et je prechai, dimanch dernier, k Richmond. Le •major Burke, surintendant, me fit mille politesses. * A la suite d’une correspondance avec moi, il avait ouvert, depuis quelque

* Le colonel Burke (itait catholique, son fils, James Henri Burke, fonda en 1854 ce journal catholique : The Ottawa Tribune , et contribua beaucoup k la colonisation de notre valUe. Il mourut pr^matureiment en 1858.

temps dej k, une souscription pour l’entretien d’un pretre dans la colonie ; souscription au bas de laquelle s’btaient inscrits la plupart des officiers en demi solde.

Comme les catholiques eux-memes, sont, pour la plupart, des soldats licencies, nouvellement etablis, et trop pauvres pour pouvoir faire beaucoup, j’ai nomine trois d’entre eux, les plus respectables, syndics, avec charge de recueillir ce que les gens pourront fournir pour le support du P. Sweeny ou de tout autre pretre qui les visitera de temps en temps, jusqu’4 ce qu’ils soient capables d'en faire vivre un k demeure.

J’ai done ecrit au P. Sweeny, l’informant de ce que j’avais fait, et lui demandant de visiter aussi souvent que possible cette mission naissante.

Dans sa -derniere visite a Richmond le gouverneur-general a promis d’y envoyer un ministre protestant et de pourvoir k ses besoins.

Nos catholiques croient avoir les memes titres que les protestants h la solicitude de Son Excellence, ayant conscience qu’ils n’ont jamais bte inferieurs k eux au service du roi, dans l’accomplissement de leurs devoirs, k l’heure du danger ou au jour du combat ; ils vont done faire k Son Excellence une petition en ce sens, et j’ai confiance que Votre Grandeur les appuiera.

II y a beaucoup de colons irlandais et canadiens dans les cantons de Hull, de March et de Nepean, sans compter les families disseminees sur les deux rives de l’Ottawa, depuis la seigneurie de Longueil (l’Orignal), jusqu’aux Chaudibres. S’il y avait deux pretres, 1 un k 1 Orignal et 1 autre h Richmond, ils se partageraient cet espace et visiteraient tous ces colons. Toute cette vaste contree si belle etsi fertile, est maintenant ouverte h la colonisation. Le torrent de 1 emigration semble vouloir se diriger de ce cotb, k dots presses. II est temps de prendre des mesures pour s’assurer des missionnaires et des emplacements pour les bglises. Si nous ne le faisons pas, les ennemis de notre sainte religion s’empareront de tout, et une fois qu’ils auront pris pied et qu’ils seront devenus les maitres, ils teront tout pour nous fermer la porte, en sorte que les

pauvres colons catholiques, abandonnt^s de leur mfere l’Eglise, l’oublieront et mourront dans le peche.

. Je suis, Monseigneur. . . .Alexander MacDonell.

Saint-Raphael, 3 octobre 1820,

Monseigneur, — J’ai eu l’honneur d’^crire h Votre Grandeur, des bords de l’Ottawa, l’informant que j’ai jet6 les fondements de deux nouvelles missions dans cette partie du pays. Ces pauvres gens connaissent bien le zele de Votre Grandeur pour la cause de la religion et ce que vous avez fait pour d’autres regions plus lointaines encore que la leur. Ceci leur fait entretenir l’espoir que vous ne leur refuserez point l’aide dont ils ont tant besoin. Je puis bien leur consacrer mes efforts personnels, dormir pour eux dans les bois, porter moi-meme, avec raon domestique, ma valise depuis Hull jusqu’h Richmond, faute de moyens de transport, mais ces travaux seront inutiles si Votre Grandeur ne me prete sa puissance cooperation et n’emploie pas les moyens que la Prpvidence a mis en ses mains pour faire son oeuvre. J’ai mentionne k Votre Grandeur les dons genereux que nous ont ont fait certains protestants ; ils stimuleront, je l’espere, le z&le des catholiques.

J’ai repu votre lettre et tous les papiers (relatlfs k sa promotion k l’dpiscopat). Je ne saurais jamais assez remercier Votre Grandeur de la bont6 qu’elle m’a toujours temoignde, depuis que je suis sous sa juridiction.

Quant aux bulles du Pape je suis perplexe, et j’ai peur de les accepter dans l’etat de pauvrete ou je me trouve. Je crains de deshonorer l’Eglise, le gouvernement anglais ne m’accordant toujours point les fonds promis, et le gouvernement provincial me desappointant sans cesse.” (Signe) Alexander MacDonell.

Saint-Raphael 2 novembre 1820. Dans une lettre toute pleine de sentiments £levds et de la plus touchante gratitude, il annonce son acceptation de l’episcopat et son depart pour Quebec.

Saint-Raphael 6 mai 1821. Le nouvel ^veque de Rhaesina annonce le retour du Pere Sweeny qui apporte avec lui le recensement des catholiques- de Perth, Richmond, Lanark, etc., etc. Ils

sont 1,198 Ames. Les colons encore pauvres, ont donne un peu de grain, mais pas d’argent ; le Pere est en haillons ; il lui faut vingt louis pour s’habiller. Les gens sont A dAblayer le terrain que l’Aveque a obtenu du gouvernement pour la mission, ils vont Alever une chapelle en troncs Aquarris, mais il faudrait leur faire l’aumone de tous les objets nAcessaires au culte.

L’Aveque a requ maintenant des concessions de terrains, pour le service du culte et du pretre, dans les trois colonies militaires de Perth, de Lanark et de Richmond ; la population augmente rapidement mais elle est miserable. Avec un peu d’argent, on aurait IA, dans quelques annees, trois missions florissantes.

Saint-Raphael 1 6 juillet 1822. Mgr MacDonell envoie le Pere Haran A Richmond ou Ton demande un pretre A grands cris. Il va envoyer sous peu le PAre O’Mara A Perth. Ce M. Haran fut le premier missionnaire de Bytown.

Saint-Raphael avril 1823. M. Haran crie famine dans sa mission de Richmond.

York (Toronto) 16 decembre 1826. Lettre desolee de Mgr MacDonell. Il vient de visiter la vallAe de l’Ottawa. Ce pauvre pays est abandonne. Que peut-il faire seul ? Il se tue depuis deux ou trois ans, A courir les bois. Partout on lui demande, A genoux, d’envoyer des pretres. Les gens meurent sans sacrements. Faut-il laisser perir ainsi des ames rachetAes par le sang de JAsus-Christ ?

Ainsi termine la correspondance de l’Aveque apotre.*

Population Catholique du Haut-Canada en 1819.

Saint-Raphael .

Saint-AndrA .

Mathilda, Prescott, Brockville Perth et Rideau settlements . .

New-Richmond .

Hamilton et Curran .

*Tous les documents que nous avons citAs sont extraits des archives de ’archevechA de QuAbec. — Correspondance de Kingston.

Hawkesbury et vallee de l’Ottawa. . - . 1,500

Kingston, Guananoqui, baie de Quintd . 2,000

York et lac Simcoe . 300

Niagara, Queenstown, Fort Erid, Tete du

lac Ontario . 250

Sandwich et d’autres points de l’ouest . 2,000

Soit pour le diocese d’Ottawa, Perth, Richmond et valine de l’Ottawa 2,260 Catholiques. Nous avions done raison lorsque, au chapitre precedent, nous donnions comme probable le chiffre de 2,560 catholiques pour la partie ontarienne du dioefese, en

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