‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa (volume 2)Chapitre 29 sur 189 · chapitre ont tfii puis& aux archives de · texte numérisé non relu

chapitre ont tfii puis& aux archives de

par it ‘nane fteVn'T6* L?fti?ue« k, Montreal le 20 join 1777, fut noiW par le pape Fie VII, le ier ftNrier 1820, eveque de Telmesse en I vrie

CLerg-tt)aUXlllaire dC Qu^bec Pour le district de Montreal’. (Rip. G6n. dJ

diocese. Ordonne pretre le 30 novembre 1822, toute sa vie s’ecoula auprfes de celui qui l’avait choisi pour secretaire et dont il fut Fame et le conseil. Devenu 4 son tour eveque de Montreal, il se rnontra puissant en paroles et en oeuvres et joua dans les affaires ecciesiastiques du pays un role preponderant. Le diocese d’Ottawa, en particulier, lui doit l’existence. Mgr. Bourget se demit, comme on sait, de son siege, le 1 1 mai 1876 et termina, le 8 juin 1885, dans la solitude du Saut-au- Recollet, la plus sainte et la plus feconde des carrieres.

La valiee de l’Ottawa attira de bonne heure l’objet des sollicitudes de Mgr. Lartigue et de son successeur. Leur attention s’y porta sur deux objets bien differents : la conversion des quelques milliers de sauvages infideies qui en peuplaient les solitudes k l’ouest, et la preservation des colons qui affluaient tous les jours en plus grand nombre sur ses bords. C’est k 1’ etude de cette double evangelisation, d’une importance bien inegale, que nous allons consacrer ce chapitre.

LES SAUVAGES DE L’OTTAWA SUPkRIEUR.

La valiee de l’Ottawa ne fut jamais densement peupiee, et apres la mine des tribus algonquines par les iroquois, en 1650, elle resta longtemps deserte, du moins dans sa partie inferieure. Au commencement du dix-huitieme siede, les sulpiciens etablirent 4 Oka, dans leur seigneurie du lac des Deux-Montagnes, un villaee sauvasre ou les debris des anciennes tribus trouverent un refuge et un abri.

Ces sauvages d’Oka, pendant tout le cours du dix-huitieme siede, et au commencement du dix-neuvieme, se considererent comme les propridtaires des territoires de chasse de l’Ottawa et des lies meme de cette grande riviere. I Is parcouraient ces immenses contrdes en tout sens et revenaient k Oka charg6s de riches fourrures qu’ils vendaient aux traitants. Ils etaient tous chretiens depuis de longues amides.

Dans le haut de l’Ottawa, au contraire, les Algonquins du Grand-Calumet, des Allumettes, des forts Coulonge et William, du Nipissing, du Tdmiscamingue et de tous les pays du nord, depuis les sources du Saint-Maurice jusqu’4 la baie d’Hudson, dtaient demerits pai'ens et sauvages. Nous n’avons pas l’intention de faire ici leur histoire et de sortir des bornes que nous avons trac^es 4 cet ouvrage ; mais nous faisons des vceux pour que quelqu’un des missionnaires Oblats qui ont charge de ces indiens, s’emploie k un si utile travail.

Depuis 1818, les missionnaires de la Rivi£re-Rouge, en remontant ou en descendant l’Ottawa, eurent 1’occasion, maintes fois, de s’arreter, soit k Mattawan, soit aux diffdrents postes de la baie d’Hudson, et d’exercer leur saint ministere aupres des commis, des voyageurs et des bucherons catholiques qu’ils y trouvaient. I Is exposaient ensuite k l’eveque de Montreal l’extreme urgence qu’il y avait d’envoyer 14 des missionnaires.

En 1835, Mgr. Provencher, eveque de Juliopolis, descendant k Montreal dans un voyage ad limina , profita de l’occasion pour btudier ces pays abandonnes. Le resultat de son etude fut un expose lumineux de l’etat des peuplades sauvages, de leurs besoins spirituels, ainsi cjue de ceux des quelques canadiens et irlandais diss^minbs dans ces regions. Des lors, une mission annuelle sur 1 Ottawa fut rbsolue. C’etait le temps propice ; la societe de la Propagation de la Foi s’etablissait k Quebec, 1836 ; elle n’allait pas tarder de s’etablir 4 Montreal, 18 avril 1835. Le Pbre Brunet, missionnaire de la Petite-Nation et le Pbre Cannon, alors vicaire de Bytown requrent l’ordre de visiter le pays et les cantons nouvellement btablis sur les bords de la riviere jusqu’au fort Coulonge. Partis au commencement de 1836, ils furent accueillis avec enthousiasme par les catholiques qu’ils rencontnbrent un peu partout. A la Passe, surtout, ils turent fort surpris de trouver un nombre relativement considerable de families auxquelles ils administrerent les sacrements.

Une mission plus importante se pr^parait. Un sulpicien de grand m^rite, M. de Bellefeuille, qu’un long- s^jour au milieu des sauvages d’Oka avait mis en 6tat d’apprendre l’algonquin, fut

charge de pousser jusqu’au grand lac Tbniiscamingue. On lui adjoignit paur compagnon, un jeune pretre de l’eveche, M. Dupuis, qui nous a laisse une curieuse relation de leur voyage. *

Partis de Montreal le 20 juin 1836, nos deux voyageurs arriverent au Temiscamingue le 13 juillet suivant, et furent parfaitement accueillis par les commis du poste de la compagnie de la compagnie de la baie d’Hudson. M. de Bellefeuille commenqa des lors, son office de missionnaire de l’evangile, tandis que M. Dupuis ignorant l’algonquin, s’occupa 4 faire construire une petite chapelle en bois, de 32 pieds sur 22. Cette premibre mission fut tres fructueuse. Les sauvages accoururent au nombre de plusieurs centaines, ecouterent avec docilitb la parole de la verite. M. de Bellefeuille et son compagnon firent 142 baptemes, dont 19 d’adultes, 4 mariages, et administrbrent la communion 4 28 fideles, tant irlandais que canadiens, se reservant de donner ’annee suivante, une instruction plus solide 4 leurs nbophytes, avant de les laisser s’approcher d’un si auguste sacrement.

A leur retour, les deux missionnaires s’arretbrent 4 tous les postes de la riviere, notamment au fort Coulonge et dans Pile du Calumet, et evangbliserent avec beaucoup de consolations les sauvages et les blancs qui accouraient sur leur passage. Ils rentrerent 4 Montreal, le 16 aout 1836, epuises de fatigue mais pleins de joie.

Nous donnons ici, pour le plus grand profit du lecteur, des extraits du rapport de M. Dupuis sur ce premier voyage au lac Temiscamingue. Ils fournissent quelques details intbressants sur 1’btat de notre riviere 4 cette bpoque :

“ Le 20 juin 1836, M. Dupuis prend le steamboat 4 Lachine, passe par le petit canal de Ste-Anne, arrive 4 Oka, ou M. de Bellefeuille monte 4 bord. A Carillon, canal de vingt arpents ;

* J. B. Dupuis naquit 4 Contrecceur le 15 septembre 1804. Ordonnb prbtre i Montreal en 1832, il fut nommb vicaire a cette meme bpoque. En 1836 il devint professeur de thbolog-ie 4 l'bvechb ; en 1841 il fut chargb de la redaction des Melanges Religieux ; en 1846 on lui confia la direction du college de l'Assomption. Il mourut, en 1879, curb de l’importante paroisse de Chatnbly. (Repertoire General du Clerge.)

nouveau steamboat plus petit ; deux petits canaux, 4 la chute 4 Blondeau et 4 Greeces Point. Canal de Grenville ou au Long- Saut, long de deux ou trois lieues, remonte en barge. Jobs petits villages de Grenville et d’Hawkesbury. La Nouvelle-Longueil, ou pointe 4 l’Orignal, est un joli village avec deux dglises, l’une catholique l’autre protestante. Les rives de l’Ottawa, pres de la Gatineau, sont bien dtablies, surtout par des fermiers protestants. Bytown est dechird par de grandes querelles entre canadiens et irlandais, au detriment de la religion.

“ Au village des Chaudieres, on monte en diligence et Ton gagne Aylmer-Place ou Turnpyke, sur le lac des Chaudieres ou des Chenes. Les protestants sont nombreux ; les catholiques, fort delaisses, parlent de batir une chapelle. M. Syms, un protestant, leur offre un emplacement.

“ D’ Aylmer, on monte en steamboat jusqu’aux chutes des Chats. M. de Bellefeuille dit la messe k Fitzroy : nombreuse assistance. Fort Mondion. On remonte les rapides et l’on arrive au lac des Chats. Le canot d’dcorce est ddsormais l’unique vehicule, mais on parle de mettre un steamboat sur le lac. II y a quelques catholiques 4 l’embouchure des rivieres Mississipi, Madawaska et Bonne-Ch&re. On atteint le Portage-du-Fort et 1’ile du Grand- Calumet. Des colons m^thodistes s’dtablissent sur la rive nord, en tace de 1’ile. Au-dessus du Calumet les colons sont catholiques. Sur les deux rives de la Passe-au-Fort-Coulonge, environ deux cent cinquante catholiques. A notre arrivde au fort Coulonge, une trentaine de sauvages, fabricants de canots, accourent des lies voisines pour nous saluer.

“ L’lle des Allumettes commence 4 etre habitde. C’est la limite extreme de la colonisation. Au fort William, une cinquantaine de sauvages viennent 4 nous, et dcoutent notre predicatian. Passage du canal profond appeld la Rivifere Creuse ; k peine cinq ou six cabanes sur les bords. De la Riviere Creuse au Temiscamingue, trois petits chantiers et deux pauvres forts de la compagnie : Pun 41a bouche de la riviere du Moine, l’autre 4 celle de la Mattawan.

On dit la messe 4 Mattawan devant une assistance d’une quarantaine de voyageurs.”

“ Au retour, les missionnaires logent k Miramichi (Pembroke) chez un M. McNeil. Vingt catholiques 4 Miramichi, soixante dans l’ile des Allumettes. Ils font une mission k la Passe.

“ Deux ans plus tard, 2 septembre 1938, M. de Bellefeuille, dans une mission au tort William, drigea une croix de bois, en presence d une centaine de sauvages convertis.”

Encourage par ce premier succ&s, M. de Bellefeuille fit, en 1837, une nouvelle mission, cette fois, sans compagnon, par motif d’economie.

Apres avoir visite le Temiscamingue, il poussa, le 4 juillet, jusqu'au lac Abbitibi, oil il parvint, le 14 du meme mois. II baptisa 32 enfants et 2 adultes, pendant les neuf jours qu’il demeura dans ce poste, et il entendit la confession de plusieurs voyageurs canadiens, au service de la compagnie, qui n’avaient pas vu de pretres depuis plusieurs annees.

Les fruits de cette seconde mission furent extremement cansolants. Le missionnaire fit go baptemes d’enfants, et 100 de sauvages adultes, 41 mariages, et 34 premieres communions.

L’ann^e suivante, 1838, le pieux sulpicien fit un troisitbme voyage dans ces lointaines regions, avec un plein succ&s. Mais les grandes fatigues qu’il avait eprouvdes l’^puis^rent. Il mourut a Montreal, victime de son z41e apostolique, peu apr£s son retour ; octobre 1838. * * * §

M. de Bellefeuille eut des successeurs. Mgr. Bourget envoya k Oka un jeune diacre de talent, M. Moreau, avec ordre d’apprendre la langue des sauvages, fdvrier 1839. Ce jeune eccldsiastique avait pour professeur un sulpicien, M. Flavien Durocher, qui s’etait voue aux missions sauvages, et qui, pour satisfaire sa vocation, devait en 1843, entrer dans la congregation des Oblats.§

* Louis-Charles de Bellefeuille naquit 4 Montreal, le 12 janvier 1795 ; il

fut ordonn^ pretre, le 5 juin 1819 ; entra 4 Saint-Maurice le 31 janvier 1821, et

mourut 4 Montreal, le 25 octobre 1838, 4 l’4g'e de 43 ans.

§ Hypolite Moreau, nd 4 Saint-Luc, le 8 mars 1815 ; ordonnt^ 4 Montreal, le 16 mars 1839 ; missionnaire sur l’Ottawa jusqu’en 1845 : curt^ des C4dres,

Le P£re Durocher comprit bien vite qu’une mission de l’irnportance de celle qu’on entreprenait, ne pouvait reussir qu entre les mains d’un ordre religieux et, dfes le 28 f^vrier 1839, il s en ouvrit & Mgr. Bourget, lui sugg^rant meme de s’adresser aux PP. j6suites. Mgr. Bourget camprit la sagesse de ce conseil. S’adressa-t-il aux j^suites ? Nous l’ignorons ; le voyage du P£re Duranquet au lac Abbitibi en 1843, semblerait le faire croire. Quoiqu’il en soit, il finit par remettre la desserte des sauvages entre les mains des Oblats qui Font conservde jusqu’4 nos jours, pour le plus grand bien de l’Eglise et de ces peuples.

Deik le pr61at s’^tait adress6 k la campagnie de la baie d’Hudson, k Londres, pour lui demander la permission d’etablir des missionnaires catholiques dans ses territoires domaniaux. Les directeurs de cette puissante compagnie qui avaient resolu, des lors, de reserver aux missionnaires anglicans les rives memes de la baie d’Hudson, comme nous le verrons dans la suite, accueillirent 4 moiti6 cette demande.

Ils se prdtendirent heureux de pouvoir contribuer & la propagation du saint dvangile : mais, sous pr6texte qu’une residence de missionnaires aux lacs T6miscamingue ou Abbitibi, manquerait du n6cessaire, ils conseill&rent d’installer, plutot, un missionnaire k demeure, au fort William, non loin de File des Allumettes. 17 f6vrier 1839. Mgr. Bourget dut done se contenter, pour le moment, d’envoyer, chaque 6t6, ses missionnaires dans ces postes dloign^s.

M. Moreau, k peine ordonn^ pretre, requt. avec un compagnon, M. Poir6, le titre de missionnaire des forts Coulonge, William, T6miscamingue, Abbitibi et du Grand-Lac. Ils lurent munis d’amples instructions : “ L’objet de la mission k laquelle je vous nomine, par mes lettres du 26 avril dernier, 6crivait l’dveque

puis de Saint-Eustache ; en 1S53, chanoine, doyen du chapitre et vicaireg^n^ral de Montreal ; d^ct^d^ le 30 juillet 1880.

Flavien Durocher, n^ i Chambly en 1800 ; ordonnd en 1823, entra en 1827 au sdminaire de Montreal ; missionnaire, en 1S29, i Oka ; entr^ chez les PP. Oblats en 1843 . missionnaire, l’ann^e suivante, au lac Abbitibi ; puis chez les montagnais de Bgtsiamis ; supt^rieur des Oblats, 4 Saint-Sauveur de Quebec, en 1854, ou il mourut en 1879. (Repertoire General du Clerge.)

de Montreal, en date du 13 mai 1839, est de visiter les postes ou M. de Belleteuille a, ces trois dernikres annkes, heureusement plante la foi, et ou se trouve une chrktientk naissante qui semble devoir porter beaucoup de fruits.”

Les deux jeunes missionnaires partirent done pour le Tkmiscamingue et pour le haut de l’Ottawa ; par leur zkle et leur succks, ils se montrerent en tout, dignes de leur saint predkeesseur.

Conformkment k la volontk de la compagnie de la baie d Hudson, on choisit une residence permanente pour les missionnaires, aux environs du fort William, dans 1’ile des Allumettes. Dans une lettre du ier decembre 1839, le Pkre Durocher kcrivait d’Oka k Mgr. Bourget les lignes suivantes : “ Pour ce qui est de 1’ile des Allumettes, les voyageurs affirment que le chenail le plus considerable est celui de la rive sud. C’est lk que se trouvent les pins riches etablissements et les plus nombreux colons. Vis-k-vis, sur la rive du Haut-Canada on aperqoit d’autres ktablissements, qui semblent considerables (Pembroke). Pendant longtemps une seule eglise suffira pour les sauvages et pour les colons. Votre Grandeur a compris l’importance qu’il y a d’ktablir dans cette lie une mission permanente. Ce sera la clef de missions sauvages. De lk les voyages seront moins dispendieux et plus rapides. C’est l’opinion unanime des sauvages du fort William, et de M. Moreau.”

Telle est l’origine de la mission des Allumettes. Cette meme annee le Rev. M. Brady, au nom des syndics et de soixantesix families catholiques de 1’ile, demandait k Mgr. l’kveque de Montreal la permission d’y construire une Eglise, laquelle, d’ailleurs tarda longtemps k s’klever.

Les RR. MM. Poirk et Moreau et leurs compagnons continukrent pendant plusieurs annkes leurs missions, 1839 k 1844, kpoque k laquelle ils furent definitivement remplacks par les PP. Oblats. *

* M. Poirk vit encore . Nk A Saint-Joseph de Lkvis, le 4 aout 1810 ; ordonne en 1833, A la Rivikre-Roug-e, Manitoba, ou il fut missionnaire, il fut nommk en 1839 k la cure de sa paroisse natale. Chaque ktk, pendant cinq ans, il allait faire mission chez les sauvages de l’Ottawa. Curk, pendant de longues annees, de Sainte-Anne de la Pocatikre, supkrieur honoraire du college de ce nom, dont il fut la providence, vlcaire-gknkral honoraire de Saint-Boniface, il a StS revetu, en 1887, du titre de camkrier d’honneur de Lkon XIII. (Repertoire Genkrale du Clergk.)

Nous reparlerons de leurs travaux ; arretons-nous ici, pour le moment, et continuons l’histoire plus importante des missions parmi les colons de l’Ottawa.

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