‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa (volume 2)Chapitre 40 sur 189 · L. L. Moreau, Pter. Secr. ad hoc · texte numérisé non relu

L. L. Moreau, Pter. Secr. ad hoc

Pour ces raisons de notre propre mouvement, de notre science certaine apres mure deliberation et dans la plenitude de notre autorite apostolique, nous erigeons un nouveau siege episcopal dans la dite ville de Bytown, et nous le soumettons k l’archeveque de Quebec.

Or nous voulons que le nouveau diocese comprenne :

i°. — La partie occidentale du diocese de Montreal qui s etend depuis le canton dit de Chatham inclusivement, jusqu’4 la hauteur des terres ;

2°. — Une portion de terre d’une largeuT de dix milles environ, sur la rive meridionale de la riviere Ottawa, dans le dioc&se de Kingston, depuis le canton dit d’Hawkesbury jusqu’4 la riviere Maskinonge ;

30. — Le territoire qui s’etend 4 partir de l’embouchure de la dite riviere jusqu’4 la Severn, et de 1 k jusqu’4 la chaine des Montagnes oil se trouvent les lacs dits Turtle Lakes, lequel territoire appartient aux dioceses de Kingston et de Toronto et se trouve dans le bassin de l’Ottawa ;

4. — La partie du district du nord-ouest, entre les dioceses de Quebec, Montreal, Toronto et la baie d’ Hudson jusqu’au promontoire appeld cap Henriette-Marie, sur la cote occidentale de la dite baie.

Nous accordons aux Aveques qui seront promus par nous et par le sifege apostolique k ce nouveau diocese, tous et chacun des droits, facult6s et prerogatives propres aux eveques... suivent les formules d’usage.

Donne k Rome, k Sainte-Marie-Majeure, sous l’anneau du Pecheur, le 25 juin de Pan MDCCCXLVII, le deuxieme de notre pontificat.

A. Card. Lambruschini.

Ces limites furent modifiees peu de temps apr&s (avril 1850) 4 la demande des dveques de Kingston et de Bytown.

Nous produisons egalement cette petition accordee et sanctionnee par le Saint-SRge, k cause de l’importance des changements :

“ Les Eveques de Kingston et de Bytown demandent 4 Sa Saintet6 de changer les limites du diocese de Kingston en faveur du diocese de Bytown. Le motif de cette supplique est que les locality ci-dessous indiqudes sont, 4 cause de l’obstacle des montagnes, tr£s difhciles 4 administrer de Kingston et tr6s faciles, au contraire, 4 visiter de Bytown.

“ Ils demandent done humblement que : i°. — Tout le district appel6 district d’Ottawa ;* 20. — Tous les cantons d’Osgoode, de

Les comt^s actuels de Prescott et de Russell.

Goulbourne, de Huntley, de Ramsay, de Packenham, de Darling, de Lavant, et toutes les terres qui, depuis cette derni^re locality, s’dtendent en ligne droite jusqu’4 la riviere Severn, et renferment toute la partie septentrionale du diocese de Kingston, soient attribuees au diocese de Bytown.”

L’homme qu’avaient eiu les dveques du Canada etait, en tout, digne de leur choix.

Monseigneur Joseph-Eug^ne-Bruno Guigues naquiten France, 4 Gap, chef-lieu du departement des Hautes-Alpes, le 1805. 11

etait Fame de trois enfants. Son p4re, M. Bruno Guigues, servait dans la grande-arm^e en quality de capitaine de cavalerie. L’enfant fut eleve pieusement et lorsqu’il eut grandi, sa famille le plaqa, pour ses etudes classiques, au petit seminaire de Forcalquier. C’est 14 qu’il sentit naitre en lui, la vocation sacerdotale. Ayant fait la connaissance de quelques missionnaires de la compagnie des Oblats-de-Marie-Immaculee, recemment fondee, il demanda a etre admis dans cette congregation. II eut pour compagnon de noviciat, le cardinal Guibert, archeveque de Paris, dont il resta, jusqu’4 la fin, l’ami de cceur. Le 28 octobre 1824, le jeune Guigues fit sa profession religieuse, 4 Aix, en Provence ; et le 26 mai 1828, il fut ordonne pretre, dans la meme ville, par Mgr. Fortune de Mazenod, dveque de Marseille, oncle et predecesseur du saint fondateur des oblats.

Des lors, le P. Guigues commenpa une vie laborieuse de missionnaire 4 travers les dioceses d’Aix, de Marseille, de Tr6guier, de Gap, de Grenoble et de Valence, qui dura pendant seize ans, avec de grands fruits de conversion. Nommd, tout jeune encore, superieur de la maison de de Notre-Dame de l’Osier, dans des circonstances difficilles, il sut, par son tact et la dignity de son caract4re, se concilier l’estime et l’affection du clerge de Grenoble, qui nourrissait, tout d’abord, des preventions contre sa congregation. *

* Archives des P4res Oblats. Archives de l’archev^che d’Ottawa. Mgr. Guigues — Sa vie , ses oeuvres, brochure sans nom d’auteur, publi^e 4 l’occasion de la mort de cet (Aeque. Cette petite brochure a the souvent consult^ par nous avec beaucoup de profit.

Cependant la fondation du Canada, qui prenait, chaque jour, une importance plus considerable, reclamait k sa tete un homme d’une sagesse et d’une habilitd peu communes. Le P. Guigues, eprouvd avant l’dge par un long supdriorat de dix anndes, semblait tout designe par la Providence, au choix de ses supdrieurs. Ils s’adressdrent en effet k l’obeissant religieux et lui commanderent de renoncer pour toujours k une carriere qu’il aimait et 4 une patrie k l’dvangdlisation de la quelle il s’dtait voue. Le P. Guigue=> obeit sans murmure et, le 18 aout 18441 '1 arrivait au Canada, avec les titres de supdrieur de Longueil, de provincial ou visiteur extraordinaire, et muni de presque tous les pouvoirs du supdrieur gdndral lui-meme.

Monseigneur Bourget et ses collegues ne tarderent point k estimer le P. Guigues k sa juste valeur et k ddcouvrir en lui toutes les qualitds qu’ils chercbaient pour l’homme appele k fonder un diocdse dans un pays ou tous les dldments semblaient faire defaut. L’dvdnement se chargea de leur donner raison. L’histoire ecclesiastique du Canada ne manquera point non plus de les reconnaitre en ce prelat.

Monseigneur Eugene-Bruno Guigues, quoique suffisamment instruit, n’dtait ni un savant ni un brillant orateur. C’etait un homme d’ceuvres, avec un extdrieur modeste. Enclin k la douceur, il ne faisait jamais de repoches, il gagnait le cceur de ces pretres par ses procedes paternels. Ndanmoins sa tenacite etait extrdme. Volontiers il eut empruntd la devise de son illustre ami l’archeveque de Paris : Suaviter et fortiter. Esprit fin et delie, il etait plein de ressources, et les gens de mauvaise foi trouvaient en lui un adversaire difficile k tromper. Ceux qui le connaissaient admiraient la clartd de ses vues, sa penetration, sa prevoyance. Si sa parole n’dtait pas brillante, elle etait noble et grave. Dans sa vieilliese il imposait plus que du respect : de la vdneration. On lui a reproche ce qu’on appelait de la parcimonie, mais c’est grace k cette parcimonie, qu’avec presque rien, il est parvenu accomplir une oeuvre gigantesque. En rdalitd, il n’dtait pauvre et parcimonieux que pour lui-meme. Il n’a point dpargne ses peines. Les chemins manquaient alors, et pour faire ses visites dans son immense diocdse, il devait choisir forcdment la rude saison de

l’hiver. II ne se traitait pas mieux que le dernier des siens. On le voyait, de grand matin, disant son chapelet en marchant, k la porte de l’^glise, avant d’entendre les confessions ; le soir, il rentrait au presbyttbre aprtbs tousles autres; il se faisait oublier; on l’aimait. Bref c'etait vraiment un homme de Dieu, et les vieux pr^tres qui l’ont connu n’en parlent encore aujourd’hui que les larmes aux yeux. Sa bont6 d’ailleurs, n’a jamais dbgener^ en faiblesse, le zele de la maison de Dieu fit 6clater en lui parfois de saintes coleres, coleres rares sans doute, mais ofi se r^velait fame ardente du fils du soldat et de l’enfant passionnd de la Provence. Au physique, figure fine et distingu^e plutot que belle, que le bronze a heureusement perpetu6e parmi nous.

Tel etait le grand eveque dont nous allons raconter les tra-

vaux.

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