‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa (volume 2)Chapitre 60 sur 189 · PLANTAGENET · texte numérisé non relu

PLANTAGENET

Nous possedons des details intdressants sur les origines de la mission de Plantagenet. Un vieux colon centenaire, M. Etienne Chdtelain, ancien soldat de 1812, 6tabli depuis lors dans ce pays, raconte que les premiers missionnaires qui visit^rent l’Orignal, avaient coutume, dgalement, de faire mission dans le canton de Plantagenet, et disaient la messe dans diverses maisons, k la convenance des rares habitants. Le premier service regulier date de 1839, et fut inaugurd par le Rev. M. Lefaivre, qui faisait, tous les quinze jours, k pied, le voyage de l’Orignal, par les rudes sentiers de la foret.

Voici la liste des missionnaires qui out desservi Plantagenet, telle qu’on a pu la dresser en controlant les signatures des actes

paroissiaux.*

Rev. Lefaivre . du 4 janvier 1839 au 16 mars 1841.

W. Dolan . du 2t mars 1848 au 6 octobre 1842.

Charles Cassidy. ... du 31 mai 1842 au 6 octobre 1844.

P. Lefaivre . du 4 ddcembre 1842 au 6juin 1844.

Pat McEvoy . du 7 juillet 1844 au 4 aout 1844.

M. Monagham . du 21 janvier 1845 au 4 mai 1846.

John Farrell . du 5 mai 1846 au 26 septembre 1847.

Alex. MacDonell... du 14 janvier 1848 au 6 mai 1849.

Nous retrouvons la plupart de ces noms k l’Orignal. Toutefois il parait que M. Monagham a rdsidd pendant quelques mois k Plantagenet. M. Lefaivre est done considdre, k bon droit, comme le fondateur de cette mission. C’est lui qui construisit la premiere chapelle et qui tint les premiers registres, 1839.

Cette chapelle drigee dans l’emplacement du cimeti^re actuel de Saint-Paul de Plantagenet, £tait d’une construction fort bizarre. On l’avait juch^e sur des poteaux, k une. douzaine de pieds de hauteur, dans l’intention de batir subsdiquemment un rez-de-

* C’est le systikne que nous avons g4n£ralement adopts dans cette histoire. Nous ne possedons pas les actes de nomination des missionnaires, qui ne furent point conserves Le premier acte signt^ par eux dans les registres paroissiaux, suffit pour fournir une date satisfaisante.

chaussde qui put servir de pied-fi-terre au missionnaire. Ce projet ne fut jamais mis k execution, et quelques anndses plus tard, un charpentier, mande expr^s de Bytown, scia ces longues ^chasses et fit glisser, par un plan incline, la chapelle jusqu’au sol.

Par les soins de M. Dolan un petit presbytfere fut alors construit.

Le premier registre de la mission, pr^cieusement conserve dans les archives de Saint-Luc de Curran, porte ce titre : “Registre des baptemes, manages et sdgultures pour Plantagenet, Alfred et Cumberland ce qui prouve que la juridiction des missionnaires de POrignal s’etendait sur les deux comtds de Prescott et Russell. II s’ouvre par les actes de bapteme de deux protestantes converties. Nous reproduisons le premier, traduit en frangais : “ Le 4 janvier 1839, je, pretre soussignd, ai baptisd Elisabeth Fitzpatrick, agde de 72 ans, epouse de Joseph Baxter, fermier Plantagenet. Parrain, David Bellair. Signd : P. Lefaivre, ptre.” Le second acte est le bapteme de Rose Fragan, a gde de 90 ans. Un autre acte important est celui de l’election des premiers syndics de la mission, le void : “A une assemble, ce trois fdvrier 1839, ont 6t<b dus Georges Ryan, syndic en charge, Duncan McGregor et Wm. Baxter, syndics assistants. Signd, John Baxter, secretaire,”

Le 5 fdvrier 1840, Mgr. Gaulin, dveque de Kingston fit la premiere visite pastorale k Plantagenet. Le 8 juillet 1842, les RR. PP. Lefaivre et Ch. Cassidy, procdddent k l’drection d’un chemin de croix dans la chapelle de la mission.

Comme nous l’avons dit plus haut dans l’histoire delaparoisse de l’Orignal, Mgr. Guigues, cddant aux instances de M. McDonell et des habitants de Plantagenet, nomma le 10 juin 1849, k cette mission, un jeune irlandais rdcemment ordonnd, le R6v. Patrick McGoey. Le sdjour k Plantagenet du premier pretre rdsidant fut loin d’etre heureux ; et bientot l’dveque de Bytown regut lettres sur lettres, tant du missionnaire qui se plaignait de mourir de faim et qui demandait des subsides, que des paroissiens, qui l’accusaient de vivre en ermite, et de refuser le gram qu’on lui portait.

Cependant Mgr. Guigues dprouvait une grande inquietude au sujet de l’emplacement de la chapelle. M. McMartin, propridtaire

du moulin cle Saint-Paul de Plantagenet et du terrain sur lequel la chapelle dtait situde, refusait toujours, malgre les pressantes sollicitations du curd et de l’dveque, d’en ceder la propridte k la corporation dpiscopale. Dans ces conditions, c’eut dte folie de songer A y faire un dtablissement sdrieux. D’ailleurs la colonisation s dtendait surtout au sud du canton. Monseigneur se decida done k accepter une offre de cinq arpents qu’on lui faisait a quelques milles delfi et donna ordre d’y transporter la chapelle.

Cette nouvelle, k laquelle ils dtaient loin de s’attendre, exaspdra les gens du moulin, tant catholiques que protestants, qui craignaient pour l’avenir de leur village. Leur colere monta un tel point qu’ils profdrdrent des menaces de mort contre quiconque serait assez malicieux pour s’emparer de la chapelle. Mais les colons de Curran, conduits par le vieux soldat Etienne Chatelain, ne se laissdrent point intimider, et forts de l’autorisation episcopale, ils se remirent bravement au moulin, ddmolirent la chapelle, la transportdrent chez eux et la reconstruisirent sur le site qu’occupe actuellement l’eglise. Les choses n’en resterent pas lfi. Comme on voulait placer la chapelle sur des fondations solides, on acheta 4 cet effet quelques toises de pierre, destinees aux murs du soubassement. Mais quatre ou cinq de ces toises furent volees par les mdcontents ; et les coupables, cites en justice eurent la criminelle audace de se parjurer et de nier leur delit (avril 1853). Tous ces ddboires amenerent le depart de M. McGoey, qui fut remplacd le 7 septembre 1863, par le Rev. M. O’Boyle. M. McGoey devint curd de Wakefield.

M. O’Boyle ne demeura que deux annees dans cette mission divisde par des haines mortelles, et ne fit que terminer l’intdrieur de son presbytdre. M. Almdras, pretre fran^ais nouvellement ordonnd lui succdda (12 septembre 1855). Comme on l’avait chargd de la desserte de Lochaber (Thurso), sur l’autre cotd de la rividre, Mgr. lui adjoignit un assistant. Ce fut d’abord M. Sterkendries, qui venait de quitter, abreuvd d’amertumes, sa paroisse de Saint-Andrd-Avellin. Mais le pauvre homme ne tarda pas k tomber malade (12 avril 1856) et fut transportd l’hopital d’Ottawa ou il mourut (fevrier 1857). Aprds lui vint k Plantagenet

un nouveau vicaire, M. Deligny, qui ne fit que passer, et qui n’a pas laissd de traces dans le diocese. Puis ce fut le tour de M. Hand, jeune pretre irlandais (25 mai 1856-14 d^cembre 1857) que nous retrouverons cur£ d’Aylmer.

Cependant la colonisation faisait chaque ann£e des progrfes, et la vieille chapelle etait devenue absolument insuffisante k contenir la foule des fiddles. Malgrd les pressantes sollicitations de Mgr., les catholiques de Curran retardaient sans cesse de batir l’eglise en pierre qu’ils avaient promis de construire. Les gens du moulin crurent l’occasion favorable pour prendre leur revanche et pour obtenir la reintegration du pretre et de l’6glise dans leur village. Profitant done d’un voyage en France du cur6, M. Almeras, 1857, et de l’inexpdrience de son vicaire, M. Hand, ils se hat^rent de souscrire des billets pour un montant considerable, et M. MacMartin, genereux par interet, leur fit don de huit arpents de terre. Pour plus de precaution, ils vinrent emprunter au

secretaire du conseil, une somme d’argent assez ronde, qu ils em-

porterent avec eux.

Ainsi equipes, nos gens se presentment hardiment k Ottawa et demanderent la permission de batir une belle eglise en pierre. Mgr. Guigues qui ne prenait les mesures de rigueur qu’4 son corps defendant, voyant l’argent qu’ils avaient en main, la somme qu’ils avaient souscrite, et le terrain qu’ils possedaient, ne crut pas devoir se montrer inflexible et leur accorda 1 autorisation desiree. Triomphants, les dengues rentr&rent k Plantagenet et commencerent immediatement les travaux. Ils pensaient bien que les gens de Curran, surpris et d6sar?onn4s par cette attaque imprdvue, perdraient courage et s’uniraient k eux, tot ou tard. La benediction de la premiere pierre de la nouvelle 6glise se fit solennellement, le 14 juillet 1857. Tout marcha d’abord comme par enchantement ; k la fin de l’automne, les murs se trouvbrent montes. Mais voili que tout-A-coup les travaux furent interrompus. Les fonds etaient 4puis6s, l’argent du conseil 6tait rentre dans sa caisse, les billets des pauvres ouvriers du moulin ne valaient rien ; et pour comble de malheur, les catholiques de Curran, fermiers k l’aise, ne se rendaient pas.

Ceux-ci en effet, avaient flair<£ un pikge et s’dtaient tenus obstin6ment k l’dcart. Sans eux on ne pouvait rien faire. L’entreprise fut done ddfinitivement abandonnee, et les grandes murailles de l’dglise de Saint-Paul de Plantagenet et restkrent pendant vingt ans ddmantel^es, dclatant tdmoignage de la d^faite de ses habitants.

Alors Curran vainqueur commen^a k s’agiter, et demanda k son tour, l’autorisation de batir. Mais Mgr. Guigues devenu mdfiant n’y consentit, 9 juillet i860, qu’aux conditions suivantes : “ i° qu’on ajouterait trois arpents aux cinq que passedait la paroisse ; 20 que l’on construirait l’eglise en pierre, ou du moins en brique ; 3° qu’elle aurait cent vingt pieds de long, avec la sacristie, ou cent dix pieds, si la sacristie se faisait sur les cotes ; 4° que les fondations seraient terminees en i860, et l’eglise livree au culte en 1861 ; 50 que des syndics responsables des depenses seraient dlus en assemblee ; 6° que les catholiques du moulin ne seraient point mis k contribution pour cette dglise, monseigneur conservant l’espoir que tot ou tard, ils pourraient l’achever lk de leur propre.” Les conditions furent acceptees ; les murs furent elev^s en 1862 et l’^glise de Saint-Luc de Curran fut solennellement benite le 19 janvier 1864, comme nous verrons.

M. Almdras n’dtait plus cure de Plantagenet depuis le 13 septembre 1859. Ddgoutd d’une paroisse ou tout etait querelles et intrigues, ou la foi s’en allait et ou le pretre n’avait meme pas de quoi fournir k ses besoins, il avait demande son changement et desservait la mission de Renfrew.*

Son successeur, M. Bertrand, recemment ordonne, plus habile en matures finaneikres que ceux qui l’avaient prdeedd, trouva moyen de prosperer.

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