COMTE DE RENFREW ET DISTRICTS OCCIDENTAUX
OUS avons peu de choses 4 dire, pendant cette decade, du comt£ de Renfrew et des districts avoisinants ; la colonisation ne faisait que d’y commencer, ainsi que le montre le recensement cidessous. Ce pays, bien moins fertile que les comt6s de Prescott, de Russell et de Carleton, Test pourtant beaucoup plus qu’on le croit g£n6ralement. Sans doute, la montagne y commence, le sol y est sablonneux et rocheux ; il semble que les immenses forets qui le couvrent soient la seule vdgdtation qui puisse y prospdrer ; toutefois, on a constatd que la realitd est meilleure que l’apparence, et 1 on voit aujourd hui des cantons entiers, que Ton croyait incultivables, couverts de belles fermes, dues k l’industrieuse opiniatretd des colons prussiens et polonais. Ces colons, en effet, habitues k une vie dure et pauvre r^ussissent sur des terres que les canadiens et les anglais abandonnent, sur les “ brM6s ” dont l’humus a 6t£ d^vord par les feux de forets.
D’ailleurs, m^me au milieu de ces terrains de mediocre quality il en est d’autres excellents, et c’est sur ceux-ci que la colonisation s’est portae, tout d’abord.Citons la valRe de l’Ottawa proprement dite, la vallde inRrieure de la Madawaska, la valine de la Bonnech&re, une bande de terre sur les bords du cdlbbre Op6ongo Road, chemin de colonisation, ouvert alors de la Madawaska inferieure aux lacs Op6ongo ; en sorte qu’aujourd’hui iln’yagufere que les cantons montagneux du sud qui soient en friche et sur
lesquels les colons renoncent k s’dtablir. Seulement, tandis que dans Prescott, chaque canton renferme plusieurs paroisses, dans Renfrew, au contraire, une paroisse s’dtend sur plusieurs cantons. II est vrai que les protestants y dominent et que leur majority s’y maintient sans diminution.
Le premier recensement de ce pays date de 1851. Le voici :
COMT^ DE RENFREW.
Canadiens.
Irlandais Total
Catholiques. Catholiques-
Protestants.
Population
totale.
Comme on le voit, les catholiques ne comptaient en 1851 que pour le tiers de la population totale. Ils n’ont point gagni de terrain depuis. La majority de ces catholiques est irlandaise. Quelques centaines de families polonaises se sont dtablies, depuis, k Renfrew et dans le canton de Hagarty ; quant aux canadiens ils habitent les villes des bords de l’Ottawa. Nous les verrons plus tard reprendre, dans le district de Nipissing et sur les deux cotes du Pacifique Canadien, leurs progr^s interrompus.
Le premier missionnaire du comtd de Renfrew fut M. McNulty. II y resta seul pendant prsbs de dix ans (de 1843 k 1852) et quand on songe k l’etat du pays alors, une foret vierge d’immense etendue, k peine entam^e, sur certains points, par quelques centaines de colons, on ne peut s’empecher d’admirer son courage.
C’est au Rdv. McNulty que Ton doit les premieres chapelles de Saint-Patrick, de Renfrew, de Douglas, de Brudenell, d’Osceola et d’Eganville. Lui-meme avait sa residence k Mount Saint- Patrick.*
Sans doute M. McNulty ne fut point proph&te, et la plupart de ses emplacements d’dglise, mal choisis, durent etre abandonnds plus tard ; on dit meme que, lorsque, en 1849, Mgr. Guigues vint
* M. McNulty naquit en 1807, au diocese de Tuam, Irlande, et arriva au Canada en 1842. En 1843 il commen^a, dans le haut d'Ottawa, une vie de missionnaire qui dura jusqu’en 1852. A cette Apoque il passa au diocese de Toronto. Plus tard, il fut nommA cure de Caledonia, diocese d' Hamilton, oA il mourut.
avec lui visiter la chapelle d’Eganville, ils eurent beaucoup de peine 4 la retrouver, au milieu des bois ; mais chacun sait combien il est difficile de prevoir l’avenir d’une ville ou d’un village, et combien ces premiers dtablissements sont ndcessairement aldatoires et temporaires. Mgr. Guigues lui-meme, malgrd son flail et son admirable instinct, s’y est trornpd maintes fois, comme il l’avoue ingenument dans ses notes.
M. McNulty eut deux successeurs, les RR. Strain et Bouvier, qui se partagerent son vaste territoire. M. Strain dtablit sa residence a Douglas, d’ou il desservit les missions d’Osceola, d’Eganville et de Brudenell.f
M. Bouvier demeura & Renfrew et visita les missions de Mount Saint-Patrick de Springtown et des environs.
En 1859, M. Strain quitta le pays pour les Etats-Unis d’ou il ve.nait, et fut remplacd par M. Byrne, dont nous pleurons encore aujourd’hui la perte. Quant k M. Bouvier, il fut successivement, cure de Renfrew (1852) et de Portage-du-Fort (1854) jusqu’en 1861, epoque de sa nomination k l’Orignal. Nous le verrons revenir, en 1863, dans le comtd de Renfrew, pour ne plus le quitter jusqu’d. sa mort. M. Byrne qui lui avait succddd k Renfrew (1854) s’etablit en 1859 k Eganville, dans les missions de M. Strain, et fut remplacd lui-meme k Renfrew, par M. Almdras, cure de Curran, de 1859 k 1863.
Plus k l’ouest, sur les bords de l’Ottawa, deux missions furent erigdes en paroisses durant cette decade : la Passe, 1858, curd M. de Sauhac, et Pembroke, 1855, curd M. Gillie.
Apres les notions gendrales dont la connaissance dtait ndcessaire, il convient d’etudier maintenant en particulier chacune des premieres missions du comte. Nous commencerons par la plus ancienne de toutes, Mount Saint-Patrick, et nous continuerons dans notre ordre ordinaire, c’est-d.-dire en allant de 1 est k 1 ouest.