‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa (volume 2)Chapitre 84 sur 189 · SAINT-COLOMBA DE PEMBROOKE · texte numérisé non relu

SAINT-COLOMBA DE PEMBROOKE

La ville de Pembroke, chef-lieu du vicariat apostolique de Pontiac, merite que nous consacrions une notice ddtaillee.

Cette florissante petite ville de cinq mille ames occupe un site extraordinairement remarquable, meme en une region oil, pourtant, les beaux paysages abondent. Etalee, toute en longueur, sur le penchant du coteau qui longe POttawa, lequel s'est elargi en un vaste lac, elle semble contempler la grande lie des Allumettes qui emerge 4 peine des eaux, et qu’encadrent agreablemet les lignes severes des Laurentides. On dirait que les arbres et les maisons de Pile surgissent du lac meme qui les reflate. Deq4 et del4, quelques legeres embarcations deploient leurs voiles ; et des panaches de fumee signalent le passage d’un steamboat qui remorque peniblement des billots.

Pembroke est coupe par un ruisseau, ddcharge de ce fameux lac du Rat-Musque que suivaient jadis les voyageurs desireux d’eviter les detours et les rapides de la Grande-Riviere. Sur le Musk-Rat river et sur POttawa, des moulins et des manufactures sont en pleine activite. f

* Nous avons puise nos renseignements sur Pembroke dans un article de la Revue Canadienne, dont la daie nous <k:happe, et surtout aux archives de Pembroke et d’Ottawa.

t Citons ici une note interessante de M. l’abbci Proulx, sur le lac du Rat-

Musqu^ : , . , ,

“ On prenait ce lac pour raccourcir et surtout pour eviter les nombreux

rapides, du Portage-du-Fort aux Allumettes. Du lac, on suivait la rivRre du Rat-Musqu4, qui se jette 4 Pembroke. Ce fut la route des missionnaires i^suites des voyageurs des grands canots, des travailleurs dans les chantiers, et en ce's derniers temps, de Immigration et de la civilisation. Arrives a deux milles de Portag'e-du-Fort, vous quittiez POttawa traines d abord par des boeufs puis par des chevaux qui vous conduisaient au pied du lac des Rats, (auiourd’hui Cobden). Li, un chaland, puis un vapeur vous portauent a travers les eaux fougueuses du lac et de la riviere des Rats, que les anglais appellent Musk-Rat. A trois milles de Pembroke, i Jackson Grove, on quittait le vapeur pour reprendre la voiture jusqu’i la ville. Cela^ a dure jusqu au Canada Central,” 1870, aujourd’hui chemin de fer du Pacifique.

Enfin de longues rues ombragd-es, bordees de residences encore dans toute leur fraicheur, parmi lesquelles on admire le couvent, la cathedrale et l’evl:che, vdritables monuments, donnent 4 la capitale du comte de Renfrew un air de richesse et de prosp6rite qui fait bien augurer de son avenir.

Comme nous l’avons dit plus haut, les premiers habitants de Pembroke furent quelques Emigrants, qui, apr&s l’incendie de leur patrie, vinrent chercher fortune dans cette partie du Canada, en 1825. Peter White, leur chef, se lan<;a dans le commerce du bois et s’etablit k 2 milles en bas de la ville actuelle, dans la Lower Town qu’il appela Miramichi, en souvenir de sa patrie (1828.) Apres lui, de 1835 k 1841, des hommes entreprenants : D. O’Meara, Alex. Moffat, Sam. et Jos McKay installment des moulins et des industries dans ce village qui fut connu successivement sous les noms de Campbeltown, Sydenham, Moffat et Pembroke. Pembroke ou Uppertown, de l’autre cote du Musk- Rat River, finit enfin par l’emporter.

L’origine religieuse de la ville est plus recente. Elle ne date que de l’arriv^e de MM. Jeannotte et Lynch k 1’ile des Allumettes, (1845-1846) quoique dej& avant eux les missionnaires l’eussent visit^e. On disait la messe chez M. McNeil bourgeois de chantiers. En 1846, Pembroke comptait 20 families catholiques. D&s cette 6poque la population commenpait & delaisser la Lowertown pour la Haute-Ville, et, lorsqu’il fut decide que Ton batirait une chapelle, la question de l’emplacement de cette chapelle amena de grosses difficult^. Mg. Phelan, administrateur de Kingston, prit un moyen terme, et donna ordre de construire au lieu ou Ton sait, sur un arpent de terre donne par un protestant g^nereux, Daniel Fraser. La chapelle fut commencee en 1847. Elle eut 45 pieds de long sur 35, et fut benite, l’annee suivante, par le Pere Durocher.

En 1851, un comity de trois citoyens charges du temporel de la mission acheta trois autres arpents tout pr£s du premier, mais de 1’ autre cot6 de la rue. C’est sur ce terrain que M. Gillie batit plus tard le presbyt^re.

La chapelle 6tait dans un tel dtat, en 1849, lors de la premiere visite pastorale de Mgr. Guigues, que l’6veque fut oblige de

dire la messe dans une maison privde.* Ndanmoins, deux ans plus tard, en 1851, grdce aux travaux qu’y avait fait faire M. Lynch, il l’approuva et y donna les exercices de la mission.

L’annee 1852 faillit etre t^moin de sanglants combats k Pembroke. Les orangistes qui venaient d’obtenir de la legislature le droit de parader publiquement le 12 juillet, fete de leur roi Guillaume, ayant manifest^ l’in'tention d’user de ce droit nouveau, les catholiques irlandais r^solurent de s’opposer par la force k leur manifestation.

Heureusement l’^veque de Bytown eut connaissance k temps du conflit qui se preparait. II lanpa (8 juin 1852) un mandement aux catholiques, leur disant que puisque les anciennes interdictions, autrefois en vigueur, avaient ete enlevees, il ne leur restait plus, & eux catholiques, amis des lois, qu’4 supporter avec calme ce qui n’etait plus un delit. Les catholiques eurent la vertu d’obdir h l’ordre de leur eveque et un grand malheur fut ainsi £vit6.

Cependant Pembroke grandissait et prenait de l’importance. Il se fit alors de l’agitation pour avoir un pretre rdsidant. Mgr. Guigues voulant satisfaire k une demande si legitime, nomma M.

■ Michael Lynch qui venait d’etre ordonne (18 mars 1855) vicaire de son frere aux Allumettes, avec la charge spdciale de Pembroke, mais cette demi satisfaction ne fit qu’augmenter les ddsirs des

* Void en quel termes Mgr. Guigues s’exprimait dans sa premiere visite pastorale, 1849. “ Je n’ai fait que peu de s^jour a Pembroke et j’en ai eu du

regret, lorsque le matin, a la messe, j'ai vue 1 4glise pleine, et, parmi les iilandais, bon nombre de canadiens qui auraient eu besoin de se confesser. Je me suis ’propose de faire, l'ann^e prochaine, en cet endroit une bonne station. La situation de Pembroke est admirable. Cette place est dans ses commencements mais elle deviendra probablement bientot tr^s considerable. Heureusement la religion catholique a pu y dresser son drapeau, et je dois des doges a M. Lynch pour le zde quil a di^ploy^ en choisissant un bel emplacement pour l'eglise et en relevant sur un plan convenable. Cette place forme deux villages : celui du cot(^ nord compte 10 families catholiques et 15 protestantes. L’eglise possfede 4 arpents dont un fut donrd et les 3 autres furent achetes SO louis. M. Egan avait offert 4 arpents gratis. On ne profita pas de son offre, et, peu de temps apr&s, on fut oblige d’acheter. L'eglise a 42 pieds sur 36 3 fenetres gothiques de chaque cote qui sont trop grandes. Sous peu, >1 sera n^cessaire de l'agrandir. Heureusement il sera facile de 1 allonger de 2s a 30 pieds sans difficult^. Comme cette locality preudra bientot de 1 importance, il sera avantageux de finir l’eglise et de batir un presbjtere pour y fixer un pretre.”

habitants. En novembre de la meme annee une petition rddigee par Dan. O’Meara, le principal catholique du village, et signee d’une foule de chefs de families fut envoyde k Ottawa. On y exposait respectuensement d Monseigneur que la messe n’etait dite au village que tous les quinze jours. Quant k traverser la riviere pour allsr aux Allumettes, ce n’dtait pas toujours facile ni prudent. Les petits enfants grandissaient dans l’ignorance. Mgr. leur avait promis, l’hiver d’avant, de leur donner un pretre, s’ils se chargeaient de le nourrir. Eh bien, ils s’en chargeaient volontiers.

L’dveque leur rdpondit (19 novembre 1855) qu’ils l’avaient mal compris, qu’il avait promis de donner k leur intention k M. Lynch un vicaire pendant un an, et que ensuite s’ils persistaient dans leur demande, il se ferait un plaisir d’y donner suite. Ils les engageaient done k commencer une souscription qui lui serait presence au mois de fevrier suivant, lors de son passage aux Allumettes.

Cette lettre comble de joie les catholiques de Pembroke qui chargerent M. O’Meara (3 decembre 1855) de remercier leur eveque et de lui faire savoir qu’ils tenaient h la disposition de leur futur curd une maison convenable et une souscription annuelle de £120.

Le 12 mars de l’annde suivante, le Rdv. John Gillie, jeune pretre, professeur au college, faisait done son entree triomphale dans la nouvelle paroisse (1856).

M. Gillie a laissd un excellent souvenir k Pembroke. II eut k reformer bien des abus et d ramener aux devoirs bien des ndgdigents, il reussit dans cette tache ingrate sans blesser personne. En 1868, il construisit un presbytere et prolongea l’dglise de 25 pieds. Tels furent les commencements de ses nombreux travaux, dont nous trouvons la constatation dans les trois notes euivantes de Mgr, Guigues.

“ Fevrier 1858. — 139 families. Cette congregation est petite, mais grace au zdle de M. Daniel O’Meara, elle soutient honorablement son cure. Line cinquantaine d’hommes negligent leur devoir pascal, ce sont les prdtendus bourgeois, les amis des protestants. Il m a fallu tonner. J’ai eu la satisfaction de trouver 3es enfants

de chceur en bon nombre et bien dresses et d’entendre les chants d’un excellent choeur de dames et de demoiselles.

“ i860. — 140 families, dont 40 dans le village. Vente des bancs 33 louis. Le presbyt^re est maintenant peinture. On parle de l’exhausser. Le bon M. Daniel O’Meara nous a laiss6, en mourant, 500 louis pour la future 6glise. Je veux que cette 4glise soit belle et en rapport avec l’avenir de ce beau village ; c’est pourquoi il faut attendre. Le pretre est aim6, les homines reviennent au devoir, les ceremonies se font selon les rubriques.

Hiver de 1861 h 1862. — “ L’^glise de Pembroke a ete b6nite. Elle est maintenant assez grande pour attendre avant de construire l’eg'lise en pierre h laquelle seront consacr^s les 500 louis de M. O’Meara.”

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